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Hélène Schneider, - :
" Desserrer l’étreinte mouillée du Bosphore "
Photo de Hélène Schneider
" Dais de mouettes sur la nuit hurlante de la Mosquée Bleue. Les muezzins se répondent de minaret en minaret, de micro en micro. Les éclairs d’un vent humide crient de-ci de-là. Sur le toit de l’hôtel, le raki est ma couverture. Ce soir, il est trop tard. Demain, le ciel sera autre.
Chaleur annoncée, vêtements légers.
Comment aurais-je pu savoir que cette ville était si facétieuse ? De loin, à travers le prisme des livres, elle avait l’air sérieuse. L’air d’une qui, pour gérer deux continents, doit bien s’organiser. Là, je range le quartier ancien ; là, le nouveau. Que chaque tram reste à sa place ! Et vous les ferrys, pas question de caresser mes rives de trop près, attention à mes palais. Legos d’opulence. Tapis si précieux que vous n’y marcherez que les pieds emballés de plastique. Et la mer qui racle les fenêtres de Dolmabahçe et de Beylerbeyi, qu’elle se garde bien de déborder ! Il y a des dorures en jeu. Et la mer obéit. Istanbul est sérieuse.
Ou est-ce Constantinople qui, du dessous, lui chatouille la carapace ?
Chaleur annoncée. Canicule. C’est juillet. Le matin arrive. Istanbul est facétieuse.
Un couvercle de ciel bloque la porte d’entrée. Des nuages traînent dans les rues. La pluie battante rigole. Mes vêtements légers fuient cette eau blagueuse dans les couleurs du Grand Bazar. Non, je n’achète rien aujourd’hui ! Mais que j’aimerais oser photographier cette dame. Echouée comme moi dans ce dédale bariolé. Une imposante matrone voilée de bleu, trônant inutile sur ce pliant de camping qui lui disparaît entre les fesses. Sur ses genoux, ouvert, un sac plastique d’où s’échappe une cascade de loukoums. Elle a du sucre au coin des lèvres. Attend-elle vraiment que la pluie cesse ?
Le ciel se sèche. Les chats sortent. Des chats partout. Bâtards stambouliotes nourris par tous, ils dorment sur les piles de tapis des mosquées, au creux des pierres. Ils mettent bas dans les cimetières pour ressusciter au cœur des étals. Neuf vies, c’est bien ! De quoi quitter Byzance et y revenir…
Le ciel est sec. Sur la place de Beyazit, une nappe de pigeons. J’ai faim ! "
Les photos de Hélène Schneider
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