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Aliénor Debrocq, - :
" LA au coeur déserté "
" Downtown, un dimanche. Pas un chat dans les rues. Soleil entre les gratte-ciel, ombres inquiétantes sur le béton. Pas un chat, pas un touriste – ah si, deux, qui ont reconnu la couverture du guide de voyage et viennent échanger quelques mots.
LA. Downtown. Un dimanche. C’est le 11 septembre. C’est le 11 septembre 2011, ça fait dix ans. Ils pensaient qu’il y aurait une commémoration, des gens dans la rue, quelque chose, il n’y a rien. Pas ici, du moins. Peut-être du côté des plages, peut-être à Venice, Santa Monica, Malibu. Ici, rien. Le décor d’un film millénariste, la ville vidée de ses habitants.
Ils marchent, ils remontent les avenues d’ouest en est : Flower, Hope, Grand Avenue. Elle est barrée pour le tournage d’une pub, quatre types font des saltos arrière sur des échasses, ils regardent, prennent des photos, poursuivent leur route. Même Downtown, ça grimpe, c’est la ville des collines. En haut de la côte, c’est toujours le même désert administratif, le Starbuck’s est fermé, il n’y a rien. Que les parois étincelantes du Walt Disney Concert Hall qui ondulent paresseusement.
Soudain, au détour d’une rue, c’est la foule, une foule latino comme ils n’en ont jamais vue, qui émerge par grappes du car park souterrain. Cathedral of Our Lady of the Angels. Le plus grand lieu de culte catholique du pays. C’est dimanche, c’est l’heure de la messe, ils se fondent dans la masse des familles qui progressent calmement vers l’église XXL.
Le long du parc de la cathédrale, c’est la 101, l’autoroute, presque silencieuse, pourtant ça roule, ça n’arrête pas de rouler. De l’autre côté, à quelques blocs à peine, Chinatown, avec ses portes en bois légendaires, ses odeurs qui fouettent les narines. Un festival dans les rues, les gens flânent, déambulent, les restos sont bondés. C’est dimanche, c’est l’heure de déjeuner.
LA, Downtown, dimanche 11 septembre. Loin des surfeurs, loin de la cohue d’Hollywood, loin des maisons branchées de Bel-Air et Brentwood. Au cœur de la ville, loin de l’animation. À des milliers de kilomètres de la gravité qui, à New York, au même moment, doit mobiliser tous les habitants. Pourtant, découpées sur le ciel bleu, toutes les étoiles du drapeau flottent au vent. "
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