Brigitte Nardin, 69 - Rhône :
" les Galeries Lafayettes du bout du monde "
" Les galeries Lafayette du bout du monde.
Manille ressemble à une fourmilière, à moins qu’elle ne vibre comme un essaim géant, à l’approche de l’envol pour une autre vie. La fin de l’année est proche. Ici, Noël commence dès octobre avec les rassemblements religieux, les pétards toute la journée, et la quête du cadeau original. Le sapin de Noël aussi pousse dans les magasins asiatiques…
La circulation est pire que d’habitude. Les voitures rivalisent en nombre avec le piéton.
J’ai mis 2 heures à traverser la ville en taxi depuis mon logement à Quezon city, ville limitrophe au nord. Il a fallu négocier avec le chauffeur pour qu’il accepte la course. Trop de circulation, trop de temps, pas assez de gain. La course sera donc plus chère.
Les chauffeurs personnels patientent en écoutant la radio, protégés dans leur enclave climatisée, aux vitres tintées, tandis les jeepneys, ces énormes taxis collectifs puants et bondés appelés Rois des routes, klaxonnent sans repentir et slaloment entre les files trop lentes.
Le ciel étrenne sa parure de fin d’année entre le voile gris des nuages lourds de la mousson et le bleu, brouillé d’une pollution permanente au dessus des toits, des condominiums du quartier des affaires, ou des immeubles insalubres, aux multiples câbles tordus, entremêlés.
Je m’étonne toujours que les incendies soient plutôt rares dans ces rues surpeuplées. Comme si les prières naïves des différentes formes du christianisme pratiquées dans le pays protégeaient les habitants.
La foule multicolore est en mouvement, dans tous les sens. Ca va, ca vient, à se glisse entre badauds, ça sort, ça rentre dans les boutiques, sous les halles. Le flot humain inonde les malls érigés au bord du périphérique. Mall Sangria, Mall Robinson. Concentrés démesurés d’une pléiade de commerces, immenses, climatisés. Refuges à la chaleur éprouvante, à l’averse soudaine et brutale, catalyseurs du rêve occidental. Lieux de néons où le Ricano (l’Américain, le nom donné à tout étranger venu de l’Ouest) trouve un répit dans le regard des Philippin : le Ricano, aussi appelé le Géant, n’est-il pas chez lui, ici dans ce décor-là ?
J’étais venue vivre dans un pays d’Asie du Sud Est et je me retrouve aux galeries Lafayettes. "