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VOS RECITS DE VOYAGES
VTS, 94 - Val-de-Marne :
" Une Chine hors du temps... "
" je ne pouvais m'imaginer qu'à peine sortie de Kunming, j'entrai dans une autre vie : une vie rurale, avec des rizières en terrasse, des maisons en latérite rouge et surtout, surtout, un peuple qui semblait vivre un peu hors du temps. Je me trouvais nez-à-nez avec une Chine qui n'a pas quitté l'ère du troc et de la culture vivrière. Si je n'étais pas assise dans ce minibus, certainement j'aurai cru à un retour dans un passé de la Chine méridionale: les gens rencontrés sur les bord des routes qui menaient leur troupeau de brebis paître, les charrues de boeufs qui labouraient les rizières en plaine, les enfants dans leur habits traditionnels qui jouaient avec des cerfs volants en forme de dragons, tout sur cette route me fascinait. Quel contraste avec Kunming!
Et plus nous avancions, plus je me sentais transportée: la route, ou plutôt la piste, sillonnait les montagnes qui flirtaient les 2000 à 2500 m d'altitude et nous offrait des paysages indescriptibles, tant ils me semblaient irréels. Le léger brouillard qui enveloppait le col des montagnes ajoutait à cette atmosphère. Et soudain, au détour d'un virage, entre ciel et terre, le scintillement d'un lac contrastant avec les parois de latérite rouge qui l'encerclait me coupa le souffle! Et par-ci par-là, on pouvait aussi apercevoir des terrasses de maïs, de riz et de fleurs jaunes.
Comment ne pas tomber amoureuse de ce que je voyais? le sourire béat aux lèvres, les yeux brillants, je ne pouvais m'arrêter de "manger" du regard tout ce que je voyais!
Et quand nous arrivâmes enfin à destination, un village Yi, perdu parmi les champs de tabac et d'hévéa, ce que j'y découvris me confortait dans la pensée que j'avais vraiment fait un voyage dans le passé. En fait de village, il s'agissait de 3 ou 4 hameaux de briques rouges fabriquées maison, et qui dataient certainement du siècle dernier... Pas d'électricité, pas d'eau courante. Tout était dans la nature: le bois pour le feu et l'éclairage, une source à quelques minutes de marche dans les champs leur servait d'eau potable et de salle de bain. Quant aux besoins naturels, il y avait les champs. Xiao Zhang qui nous accueillait pour la nuit dans sa demeure nous avait préparé un festin: pas moins de 8 plats différents comme il est de coutume.
Malgré sa pauvreté(sa famille gagnait moins de 50 euros par an) elle a souhaité nous honorer. Ce premier repas m'a donné des larmes. Si pauvre mais si généreux... Et tout au long de mon court séjour parmi ce peuple, je n'ai eu de cesse que d'être admirative devant tant de générosité. Oui, c'est comme si j'avais été transporté dans une autre dimension, un autre monde, ou donner signifiait vraiment donner. J'ai eu la chance de vivre une autre Chine que celle des médias. Une Chine hors du temps. "
jean zucchet, 36 - Indre :
" Pei Lan "
" L’interminable cortège serpente silencieusement. Un simple soldat veille à son écoulement régulier. En rang par quatre, la Chine défile devant Mao. Visage rosé, quelque peu bouffi, un rien carton-pâte. Dans les regards de la foule, plus de curiosité respectueuse que de vénération semble-t-il. On vient ici feuilleter l’album de famille en essayant de ne garder que les bons souvenirs, on vient ici pour tourner la page.
Au sortir du mausolée à l’architecture austère, retour sur Tien-an-Men, l’immense place conçue pour le théâtre des manifestations de masse, pour les grandes machineries. Ciel blanc brûlant que ponctuent les silhouettes colorées des cerfs volants en forme d’oiseaux. Tout au fond le portrait du Grand Timonier sert de décor à la traditionnelle photo qui immortalisera le voyage à Pékin. Elle sera accrochée près de celle prise devant un dragon de la Cité interdite ou sur une barque du lac du Palais d’été.
Les chinois se sont découvert une passion : se photographier. La Chine se regarde.. Etre seul ou en famille sur un petit rectangle de papier glacé, hors du groupe, hors de l’uniformité. Se distinguer n’est plus un délit.
La « movida » chinoise est avant tout redécouverte du moi, de l’individu. Ne plus être fondu, assimilé, gommé.
Si l’attitude devant l’objectif est encore posée, figée, crispée parfois, dans la queue des candidats au portrait, un soldat a troqué sa casquette réglementaire contre un chapeau de paille ; quant à la fille qui l’accompagne, sa minijupe n’éveille apparemment ni réprobation, ni curiosité. Comble de l’audace, certaines épaules commencent à se dénuder.
De l’autre côté de l’avenue, près du Beijing Hôtel, sous les affiches peintes qui vantent les mérites de la technologie audiovisuelle japonaise, une femme âgée un costume noir s’appuie sur le bras d’une jeune fille en short. Mi-bas couleur chair malgré la chaleur, mode oblige. Les chaussures à talons essaient vainement de s’adapter au rythme des minuscules chaussons…
Les bicyclettes passent devant la copie fidèle de Maxim’s. Sur les panneaux muraux, les journaux titrent sur le défilé de mode d’un célèbre couturier français.
Près d’un petit marché libre, un jeune homme aborde discrètement les touristes pour leur proposer un change de devises au noir…
Comme dans la chanson de Bécaud,ou à cause d'elle, ma guide-interprète s’appelle Nathalie. Enfin c’est le prénom qu’elle a choisi dans son activité. Son vrai prénom c’est Pei Lan, qui signifie : « il faut apprendre à aimer le bleu ». Tout un programme.
Elle porte un corsage de soie rouge et retient d’un geste gracieux sa capeline que le vent lui dispute. Français parfait. Elle parle de Maupassant, de Jean Michel Jarre, de ses futures études à l’école de la Diplomatie. Aucune réticence dans les réponses aux questions parfois perfides. D’ailleurs, j’avais déjà remarqué pendant sa traduction d’un discours « sur mesures » d’un responsable d’une commune populaire, un petit sourire embarrassé qui en disait long sur son esprit critique.
Elle veut que je lui raconte Hong Kong qui semble la fasciner. Pourvu qu’un jour elle ne découvre pas l’Occident en commençant par cette folle métropole d’un capitalisme débridé ! Je préfère l’inviter à diner pour évoquer la vieille Europe, les maisons blanches de Bretagne, les oliviers de la campagne toscane, le carnaval de Venise. Elle ne m’interrompt que pour se moquer gentiment de la maladresse avec laquelle je manie les baguettes…
Quand la Chine explosera…
Un quart de la population du globe a refermé un petit livre pour en ouvrir un autre. Et sa lecture rique d’être brutale…
Pei Lan, il faut apprendre à aimer le bleu, on apprend vite, tu verras "
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