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Gabrielle Narcy, 78 - Yvelines :
" Lombard Street - San Francisco "
Photo de Gabrielle Narcy
" Série : la découverte de San Francisco
Lombard Street
J’avais passé la journée avec Valentina, une jeune fille russe de 21 ans que j’avais rencontrée le matin même par l’intermédiaire d’un forum de voyageurs. Nous avions passé la matinée avec un ami américain qui nous avait conduit un peu partout dans San Francisco à bord de sa voiture pour nous faire découvrir ses endroits préférés de la ville.
Lorsqu’il nous a quittées dans l’après-midi, Valentina et moi avons continué à explorer San Francisco, marchant dans les quartiers touristiques et entreprenant l’ascension des rues aux pentes les plus abruptes, si typiques de San Francisco.
Valentina m’avait appris une technique redoutable d’efficacité pour gravir ces rues sans trop m’épuiser. Il s’agissait de parcourir le trottoir en zigzagant, de telle sorte que l’on ressent moins les effets de la pente. Elle m’avait expliqué qu’un guide de randonnée lui avait appris ça un été en Russie, alors qu’elle gravissait une montagne, et que depuis elle avait appliqué cette méthode à chaque fois qu’elle devait marcher dans les rues vertigineuses de San Francisco. Nous marchions donc l’une derrière l’autre en zigzagant, sous le regard franchement interloqué des riverains qui passaient, eux, en voiture.
Lorsque je quittais Valentina vers 19h, je me trouvais dans Lombard Street, totalement épuisée par nos longues heures de marche. Le brouillard avait commencé à envahir la ville et la température avait chuté de manière spectaculaire. Je ne connaissais que peu San Francisco où j’étais arrivée 3 jours auparavant, et j’avais cru repérer un itinéraire en bus pour regagner mon appartement. Il s’avéra que je m’étais trompée et que je du commencer à remonter Lombard Street à la recherche d’une ligne de bus qui pourrait enfin me permettre de rentrer. J’étais en fait assez perdue, je ne comprenais pas le réseau de bus et de trams appelé MUNI qui parcourait toute la ville, les lignes étant beaucoup trop nombreuses et complexes, et ce même pour la parisienne rompue à l’exercice des transports en commun que j’étais.
A l’est, Lombard Street est située dans le magnifique quartier de Russian Hill, l’un des plus chic de la ville, qui surplombe la baie du haut de sa colline. Cette portion de la rue est l’un des endroits les plus fréquenté de tout San Francisco à cause des huit virages qui en font la route la plus tortueuse de la ville et des magnifiques hortensias géants qui la bordent. Toute la journée, des centaines de touristes défilent, à pied ou en voiture, pour descendre cette rue mythique et admirer la vue imprenable que l’on a sur la baie et le reste de la ville.
Cependant, alors que je cherchais un moyen de rentrer chez moi, j’étais loin de cette portion de la rue envahie de touristes. L’endroit où je marchais se trouvait à l’ouest de Lombard Street et avait davantage l’allure d’une grande artère bruyante et sinistre que d’un endroit où des milliers de touristes se ruent chaque année dans l’espoir de prendre un bon cliché.
Après 20 minutes de marche sur cette grande avenue, j’avais enfin repéré ce que je cherchais : un arrêt de bus indiquant que le n° 28 passait par là. De Lombard Street, j’avais vu sur ma carte que cette ligne remontait vers le Golden Gate Bridge puis redescendait à travers le Presidio puis le Golden Gate Park , avant de s’arrêter à seulement deux blocks de chez moi, sur la 19ème avenue. Je me sentie soulagée, me disant que je pourrais enfin bientôt regagner mon appartement.
Une jeune fille qui attendait à l’arrêt de bus m’indiqua alors que si j’attendais le MUNI n°28, personne ne savait quand est-ce qu’il passerait, ni même si il passerait du tout étant donné qu’il y avait un problème sur la ligne.
Je décidais d’attendre malgré tout, j’avais bien trop mal aux jambes pour pouvoir continuer à marcher à la recherche d’une nouvelle ligne de bus qui voudrait bien me ramener chez moi.
C’est alors que j’ai commencé à me sentir submergée par un sentiment que j’avais déjà vaguement éprouvé lors de précédents voyages. Un sentiment d’envie à l’égard de tous les gens qui m’entouraient. Toutes ces personnes qui semblaient savoir où elles allaient, qui appartenaient à cette ville et pour qui cette rue, cet arrêt de bus, la ligne 28 du MUNI étaient familiers et qui, en descendant du bus, retrouveraient le confort de leur appartement. Ces gens là n’étaient pas loin de chez eux, ils semblaient connaître la ville, connaître ces rues. Moi, j’étais à des milliers de kilomètres de chez moi, loin de tous les gens que j’aimais, et même si je l’avais choisi et que j’étais en train de réaliser mon rêve de découvrir les Etats-Unis, je me suis mise à souhaiter pouvoir ressentir ce sentiment rassurant d’être chez soi, dans un endroit familier. J’imagine qu’il s’agissait là d’une version assez nouvelle pour moi de ce que l’on appelle le mal du pays.
J’étais partie seule pour trois mois, et j’envisageais surtout de tout quitter pour de bon pour aller m’installer aux Etats-Unis dans les mois qui suivraient mon retour en France. A Paris, j’avais cette sensation insupportable de vivre dans l’attente de mon grand changement, de cette vie à l’étranger dont je savais qu’elle m’était nécessaire depuis des années déjà. Je ne vivais jamais dans l’instant présent et ne pensais qu’au futur, ce futur qui me permettrait, enfin, de m’exiler, d’écrire, de réaliser de grandes choses. Maintenant, à cet arrêt de bus de San Francisco, je comprenais à quel point cela serait difficile de laisser derrière moi le confort d’un pays, d’une langue et d’une culture qui étaient les miens pour sauter dans le vide vers une vie dont je ne savais encore rien et que j’aurais à construire entièrement. Et surtout, devoir laisser derrière moi ce confort de ma vie passée, ma famille et tous les gens que j’aimais depuis toujours et dont je n’étais pas certaine de pouvoir vivre sans eux.
C’est alors qu’est arrivé, après une heure d’attente dans le brouillard et le vent, le bus n°28 dont je savais qu’il allait me ramener au seul petit ilot familier que je possédais à San Francisco - mon appartement sur la 17ème avenue - et que je pus à nouveau ressentir ce sentiment délicieux de savoir où l’on va et ce que l’on va trouver au bout de la route, du moins pour les prochaines 30 minutes. "
Les photos de Gabrielle Narcy
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Priscille MEUNIER, 83 - Var :
" BANG BANG "
" San Diego
Je me souviens des palmiers immenses face au pacifique, barrières naturelles entre l'infini et downtown. Ils bordaient la highway, légèrement inclinés en un " Bienvenue Mademoiselle in the coolest city of California"
San Diego la plus belle, ni tout à fait américaine, ni tout à fait mexicaine, fille du sud ornée de fleurs, terre promise des surfeurs.
Je me souviens des avenues gorgées de soleil, de Pacific Beach, du zoo où aucun animal ne semble être en cage, des petites églises de missionnaires hispaniques.
Et ces balades en Harley, d'Escondido à Carmel, en passant par Del Mar et la Jolla. S'arrêter, poser son casque sur une table en teck face à l'océan, goûter un vin californien et repartir... Se dire que la liberté est là, dans cette exacte partie du monde où tout est possible, immense et zen.
Les frissons ne sont pas loin, L.A est à deux heures, Tijuana à trois quart d'heure, mais on revient toujours à San Diego, moins grande, moins dangereuse, reposante, enveloppante.
S.D, I miss you. "
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