CIRCUIT VIETNAM

Circuit au Vietnam : Traditions séculaires de l'ancienne Indochine

Héritier d’une histoire mouvementée et tumultueuse, le Vietnam affiche un nouveau visage. Optez pour un circuit sur ses terres et venez découvrir les reflets de son passé : cité de Hoi An, cité impériale, les temples Cham (vestiges d’une civilisation disparue)… Découvrez aussi ses beaux paysages naturels.
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Vos récits de voyages au Vietnam

Concours Récits de Voyages : week-ends et repas gourmands à gagner ! Je participe

En plein préparatifs du mariage de notre fille, nos copains nous annoncent qu'ils préparent un voyage d'un mois au Vietnam avec leur groupe de randonneurs, voyage sur mesure du sud au nord Vietnam. De Chau Doc à Hanoï, baies d'Halong terrestre et maritime, visite des Hauts Plateaux, chez les "Mhongs" noirs et fleuris, notre rêve va devenir réalité - ce n'est pas vraiment le bon moment mais... on fonce !

Quelques jours au Cambodge et embarquement vers Chau Doc ! Déjà l'aventure commence, on tombe en panne au milieu du Mékong en pleine nuit, les pêcheurs travaillent au lamparo, et après de trèssssss longues minutes, une réparation de fortune, le bateau repart et on accoste, sportivement, sur la terrasse d'un café au bord de la rive, valse des bouteilles et des plats, mais sereinement, les Vietnamiens ramassent le tout et se réinstallent. En bons européens on est scotchés de leur "zénitude", ce n'est que le début !!!

De jour en jour nous apprenons à vivre au rythme de nos Guides. Avions, train de nuit, bus, sampans, c'est surtout en observant la sérénité des différentes ethnies rencontrées que nous comprenons nos différences. Nous avons l'air de fourmis agitées à côté d'eux et on finit par se caler avec bonheur sur leur rythme et leur indéfectible sourire, même lorsque mine de rien ils cherchent à nous "entourlouper" ! c'est le jeu du tourisme !
Le temps passe vite entre visites de temples, monuments, découverte des marchés et coutumes toutes plus insolites les unes que les autres. Enfin nous arrivons à Hoi An !
Cette ville de toutes les conquêtes a miraculeusement survécu à toutes les invasions et à toutes les guerres.

j'en rêve depuis plusieurs jours ! la ville du jade et de la soie "sur mesure", Commandez votre petit haut le matin, vous êtes livrés à 15 heures, un luxe inaccessible en France !

Notre guide Phy, petit homme svelte et déterminé nous donne un billet d'entrée dans la vieille ville dont les maisons donnent souvent sur deux rues, (pratique pour disparaître prestement)!

Nous restons 3 jours à Hoi An, et bien sûr nous voulons y revenir tous seuls ! pas de souci nous dit Phy, vous pouvez revenir demain sans billet, on vous reconnaîtra ! C'est certain, il se moque de nous, mais bon.
Le lendemain dès potronminet (je savais bien qu'un jour je pourrais le placer ce mot-là !) nous arrivons au porche - Personne, on passe, un peu surpris - on s'attend à tout moment à voir un policier, un contrôleur, rien, on passe le célèbre pont de bois! rien !

J'ai promis à mes filles de leur ramener un bijou en jade, il faut dire que c'est le moment où jamais ! toutes les boutiques offrent des bijoux plus beaux les uns que les autres.
Hier j'avais hésité sur plusieurs modèles, on rentre dans le magasin, et là, la jeune vendeuse se précipite sur les modèles que j'avais choisis, dispersés aux quatre coins du magasin - elle se rappelait même la couleur de mon chemisier, surprise !!!!

Interloqués mais flattés quand même, on fait notre choix et on repart.
Hoi An est la ville des petites brodeuses. En quelques heures, elles reproduisent n'importe quel motif avec une dextérité inouïe. On passerait des heures à les regarder manipuler des écheveaux aux mille couleurs, on dirait que les fuseaux volent sans effort, ils ne s'emmêlent jamais. Assises en tailleur ou une jambe repliée, elles travaillent avec art et sérieux. Elles ne lèvent jamais la tête de leur "oeuvre", le mot n'est pas trop fort. Choisissez vos motifs, vous êtes satisfait dans la journée.

Hier j'ai acheté 2 nappes, et je décide d'en acheter 2 autres pour les offrir.
Bien sûr, j'essaie de nouveau de négocier "un bon prix", et là, le petit bout de bonne femme qui me toise me dit "hier je vous ai fait un bon prix de 3 $ de moins, aujourd'hui ce sera le prix juste !"
Bon d'accord, c'est de bonne guerre ! mais comment avec la foule de touristes qui fréquentent sa boutique peut-elle se rappeler de ce détail ????? et de moi ? Wouah, quelle mémoire !
Je me sens devenir Miss Marple et mine de rien je scrute les plafonds, pas de caméra cachée, toutes ces maison en "bois de fer" ressemblent à des repaires aux mille recoins !
Je choisis un modèle "Lotus" mais il y a 5 brodeuses sur le modèle qui ne sera prêt qu'en fin de journée, elle se propose de le livrer à notre hôtel, pas de souci. Je veux lui donner l'adresse, elle me fait comprendre que ce n'est pas la peine, elle sait où nous logeons. Alors là ! On tombe des nues ! Comment font-ils ?
Il est déjà 13 heures. On s'assoit à la terrasse d'un petit restaurant où l'on vous sert des chefs-d'oeuvre, ananas en forme d'oiseau des îles, carottes artistiquement sculptées, tout est bon et raffiné.

Le personnel ne parle pas Français, mais on se comprend, par gestes et sourires interposés.

Je m'aperçois qu'il nous manque les serviettes de table. Je dis à mon mari entre haut et bas : "tiens ils ont oublié les serviettes brodées aujourd'hui !", et là, la jeune fille adossée au mur à côté de moi, me regarde en souriant et me montre qu'il y en a derrière moi !!

Et là, je me souviens ! le matin de notre arrivée, notre guide a voulu faire une photo du groupe, un petit souvenir !!!

Bonjour Hoi An, souriez vous êtes filmés !

Ce voyage était merveilleux ! Des palais des NGuyen à l'authenticité des Mhongs fleuris, de la rivière des Parfums aux merveilles de la baie d'Halong, nous avons engrangé des souvenirs inoubliables. Nous y retournerons un jour, avec des photos... actualisées !!!! et qui sait, la petite brodeuse se rappellera peut-être de l'année de notre séjour !!!!

Mamoune du Kerpont

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Nostalgies Vietnamiennes

Mon père, Saigon 1939. J’ai vu le jour en 1963 à Marseille, à quelques pas du Vieux Port et de ses navires. Notre signe astral, le chat. Elevés tous les deux chez les religieux, là sont nos seuls points communs.
L’Indochine de l’époque élève les petits viets à l’école de Jules Ferry, celle de “nos ancêtres les Gaulois”, et de la liste des départements français. Les colonies sont encore importantes bien que l’empire d’outre-mer commence à voir poindre son crépuscule. Le crépuscule des dieux occidentaux. L’Orient se réveille. Mon Orient est méditerranéen. D’Est en Ouest, des Colonnes d’Hercule à Palmyre, de Socrate à Léon l’Africain. Je me suis réveillée au bord de la Grande Bleue, mes premiers pas m’ont portée sur les rives du Maghreb, l’extrême droite au Moyen Orient. Mes racines sont de sable et mes sens dans le couscous et le rhassoul. Depuis plus de quinze ans, je parcours sans répit, de déserts en dunes, d’oasis en palmeraies, les régions asséchées et taries de ce sud qui ne cesse de mourir. Lui me parlait de rizières et de mousson. De traditions qui ressemblaient à des légendes de mes contes de 6è. Son terrain de jeu, le Delta du Mékong, les arroyos et le fleuve. Son habitat, un sampan, une jonque. Ses aïeux, de riches mandarins, notables vénérés de la population locale. De vieilles photos les présentaient en habit de cérémonies, les ongles très longs, signes distinctifs de richesse. Un univers opposé au mien. Je m’habillais en touareg, la tête enturbannée d’un chèche vert ou bleu, une tunique flottante et des babouches. La débâcle française, la ruine, la saisie de leurs bateaux. Finie l’opulence et l’oisiveté. Gagner son pain, ou plutôt son riz dans la rue, l’exode des exilés vers d’autres colonies françaises encore épargnées par le souffle de la révolte et de l’indépendance. Ceux qui restent et attendent la libération. Les communistes sont là, font peur, saisissent le peu qui subsiste. Le départ inespéré vers cette Europe dont on attend tout. Cette métropole dont l’enfance s’est nourrie avidement, celle qui fait rêver, que l’on a imaginée jour après jour sur les bancs de ces écoles ouvertes aux vents de la mousson et de la récolte. La France. Une carrière brillante, internationale. Une famille.
L’orient est relégué au rayon des histoires sans paroles, incomprises, obscures, et si loin de ce que je suis. L’Indochine n’est plus; les racines sont enterrées avec les aïeux qui ne cessent de se perdre dans l’oubli, dans les niches de leurs autels enfumés d’encens, lancinant et entêtant.
Quarante ans plus tard, le père rentre au pays qui n’est plus son pays. Et qui ne sera jamais le mien. Je suis française et méditerranéenne. Je suis une fille du sud, pétrie dans la glaise du Sahara. J’habille mes yeux noirs d’un trait de Khôl, et organise des après-midi entre amies dans les hammams à la mode. Je revendique le passage des Maures sur mon île maternelle, et en fait mon étendard. Oui ! Je suis sûrement un peu arabe. Novembre 1995. Le hasard me conduit en Thaïlande. Premier contact avec l’Asie. Un tour-opérator, 40 millions de touristes, un supermarché en plein air, l’attrape-nigaud organisé. Évitez-le ! Soudain, au détour d’une route de campagne : un long ruban puissant, houleux, chargé de terre et d’alluvions, drainant dans ses entrailles boueuses le sel de l’Asie, et la richesse des contrées qu’il traverse. Le Mékong. Il existe. Bien réel, ce n’est pas une image d’Épinal, ni une légende dorée. Il est fort comme un dieu de l’Olympe. Mon sol chavire à son passage, son grondement couvre le bruit de ma voix, cette voix qui me murmure “ tu es d’ici”. Non, je suis de chez moi, et chez moi, il n’y a pas d’eau.... Retour en Europe. Voyage en Mauritanie. Mais le Dieu du fleuve a dormi une nuit près de moi, et a enfanté le doute. Qui suis-je vraiment? Printemps 2006: Je dois partir. Il faut que je sache. Telle l’enfant adoptée, je dois savoir ce qui se passe là-bas, pourquoi je me sens si différente d’eux. Pourquoi je ne suis pas eux, ni comme eux.
3 Septembre 2006... . L'Airbus A320 de la Thaï Airways survole les montagnes du nord. Aux confins de la Chine, du Laos et du Vietnam, ces reliefs montagneux sont vallonnés et ronds comme le ventre d’une femme. L'œil ne discerne rien si ce n'est une végétation sombre, touffue et drue. Flash back. Novembre 95. Le triangle d'or. Trafics d'opium et contrebande. Quelle vie se cache dans ces contrées? Quel peuple fait vibrer l'âme de cette jungle impénétrable ? Dans l'avion, les hôtesses sont belles comme des déesses. Vêtues de l'habit traditionnel thaïlandais, sarong, veste cintrée et écharpe en soie sauvage, leur grâce n'a d'égal que leur sourire enchanteur. Les mystères de l'Orient, ai-je entendu toute mon enfance. Nostalgies de coloniaux. Sous-entendus. Oui, les filles à soldats suivant derrières les colonnes militaires! C’est ça leur vieille nostalgie! Et pourtant, ces vestales orientales n'ont rien de filles faciles. Un émerveillement pour le capteur d'images que je suis. Le commandant annonce notre descente vers l'aéroport de Hanoi. Je reste de marbre. Aucune émotion visible. Mon regard, à travers le hublot scrute le sol avec acharnement. Quelle sera la première image qui marquera ce voyage ? Rien ! Un minuscule aéroport de province pour nous recevoir. Rien à voir avec ces gigantesques plates-formes internationales qui ont jalonné mes différents séjours. Contact avec la douane communiste. Pas un sourire. L'œil inquisiteur: Qui es-tu ? Toi l'étrangère ? Tu t'es enfuie, ou serait-ce ton père ? Traître à l’Idéologie, tu n'es pas des nôtres. Mais je ne suis pas d'ici. Je suis de chez moi, là-bas en Europe. Pourtant, tu ressembles aux filles de chez nous. Parles-tu notre langue ? Non, je ne la comprends pas. Je ne connais que le mot sacré "Com", "riz" "manger". Coup de tampon brutal sur mon passeport, et me voilà en terre vietnamienne. A partir de cet instant, ma vie va se décliner à l'Orientale.
Le taxi qui m'emporte vers ce pays de rizières traverse à vive allure la banlieue industrielle et économique. Inattendu. Les images défilent. Un pays en plein développement. Hyperactivité débordante. Une jeunesse fière de son pays, entreprenante, au fait des dernières découvertes technologiques et scientifiques, en relation permanente avec le reste de la planète, branchée mode et jeans relookés. Des centaines de panneaux publicitaires : Telecom, Internet, écoles internationales... des milliers de motos, de vélos. La vie va à 100 à l'heure. Un tourbillon. Dernier no man's land avant la capitale.

Puis Hanoi, Hué, Hoi An, Saigon. Une valse de marchés opulents, colorés, croulants sous les marchandises, les denrées, la bonne humeur et le plaisir de la rencontre avec l'étrangère que je suis. Mais on s'adresse à moi en viet. On rit de mes surprises et de mes étonnements permanents. Je goûte les spécialités locales, on partage, on fait passer le mot à l'intérieur du marché couvert : elle est là, la "Phàp de chez nous" (La française). Comment ne pas se laisser séduire, envoûter par un tel accueil ? Comment refuser des bras ouverts de façon si généreuse. Une commerçante me propose des beignets de farine de riz aux crevettes piquantes, enveloppés dans des feuilles de banane. Un délice comme personne n'a jamais mangé en France. Càm on, merci. Je veux les lui acheter, mais je réalise soudain qu'elle m'a offert son déjeuner de midi. Honte ! Je rougis, me confonds en excuse. Fou rire général dans le secteur alimentaire. Vite, vite, des petits pâtés pour la demoiselle. La complicité s'installe. Insidieusement, je me sens happée, quelque chose s'infiltre en moi, s'insinue. Les enfants me suivent et jouent avec mon numérique. Oui je sais, dans tous les pays du monde, c'est le cas. Mais ici, je suis "la grande sœur Thi Hai". Et je salue les dames d'un Xin Chào Ba (Bonjour Madame) avec un accent qui fait lever le regard vers moi. Qui es-tu ? Des nôtres?
Les rues du vieux quartier de Hanoi, le quartier des 36 guildes, regorgent d’étals alimentaires. Dans les bassines colorées, les anguilles, les poissons exotiques à l’aspect fabuleux, aux orbites démesurées, les crustacés de toute taille, grouillent en attendant de terminer leur fragile existence dans une assiette de riz parfumé. Les vendeuses sont assises à même le sol, on échange les dernières nouvelles de la famille, on hèle le chaland, local ou touriste. J’évite in extremis le seau qui se déverse à mes pieds, mon nez s’affole devant tant de sollicitations et mes yeux ne savent plus où donner de la tête. J’adore. Je traîne jusqu’à la rue Hang Gai, la rue du Faubourg St Honoré locale, la rue de la soie. Cela laisse rêveur. Une robe de soirée en taffetas de soie et organdi, réalisée sur mesure en 48h, coûte 60 euros. Je me laisse aller à cet égarement, et telle Pretty Woman, je rentre deux jours plus tard (le temps d’une escapade à la Baie d’Halong), les bras chargés de somptuosités « haute couture ».
Hué n’est pas en reste, et malgré son passé aristocratique, son marché couvert, Dong Ba, sur la rive gauche de la Rivière des Parfums, foisonne d’arômes sucré-salé, d’effluves fortes et saisissantes, d’images éblouissantes et cocasses. Une averse de mousson. Brutale, subite, violente, rafraîchissante. Le marché se couvre, on bâche la marchandise. Je sors mon optique, saisit au vol les réactions, les visages, joue avec les gouttes, les flaques d’eau. Je profite de cette douce ondée tropicale pour offrir à mon corps un peu de répit. Car il fait chaud, très chaud. L’air est moite, humide. Les vêtements collent à la peau. Mais le spectacle est si fabuleux qu’on en oublie les désagréments.
Hué, ville impériale, ville céleste. Sur Hué tout a été dit. Rien n’a été montré. Logique ! Hué a été détruite. Les conquêtes coloniales, les envahisseurs asiatiques ou américains, les vietcongs. Tous sont passés par là, ont généreusement largué leurs bombes ou miné le secteur. Une miniature de la Cité Interdite de Pékin… Terrain abandonné dans lequel la nature reprend ses droits sur la pierre et le faste. Mais la conscience culturelle internationale se mobilise et grâce à son statut de Patrimoine Mondial de l’Unesco, Hué va renaître. Les chantiers s’établissent, les équipes s’installent, travaillent, collaborent intimement, associent leurs efforts. Hué est une ville d’études, une ville universitaire. Une ville intellectuelle où le savoir transparaît derrière chaque mur et chaque allée. On se promène, dans ses avenues, à l’ombre des feuillages, comme dans un campus. Ça et là, des envolées de jeunes étudiantes en Ao Dai blanc traditionnel, des écoliers à l’uniforme blanc et col bleu marine, bavardant assis sur leur bicyclette. Au pied de la majestueuse citadelle qui domine les cultures de jacinthes d’eau, l’atmosphère est studieuse, et l’Unesco n’a pas choisi au hasard son terrain de restauration. L’imposante Porte du Sud ouvre sur le monde secret des autels et des alcôves. Tran, mon guide-professeur, homme de lettres, journaliste, écrivain, francophile, auteur de livres sur Hué, est intarissable. Il aime sa ville, et ses histoires me transportent à travers les légendes du fleuve, les dynasties régnantes, les mystères, le tout élégamment agrémenté de détails coquins et croustillants. Il me parle de Paris, de sa dernière conférence en France, me dédicace son livre, me recommandant certains chapitres à sensation. Ses lèvres sont pulpeuses, gourmandes, comme s’il savourait lui-même chacune de ses anecdotes et l’effet produit sur le grand enfant que je suis. Le temps d’un après-midi, je deviens épouse et concubine d’empereur d’un temps révolu…

La pirogue à tête de dragon bariolée file fièrement sur la Rivière des Parfums. May Linh, la fillette de 8 ans est en congé. Aujourd'hui samedi, repos. Assise près de moi, elle joue avec un fil et un bracelet de fer tressé. Elle noue et dénoue indéfiniment. Cette barque, une bobine, un fil de fer, son sac d'école sont ses jeux. Où se trouvent les placards infiniment remplis de nos enfants ? Son univers est le fleuve, les odeurs, la vie des pêcheurs qui l'entourent, la jungle. Je m'assieds près d'elle. Elle me montre ses cahiers, ses livres. Je saisis un peigne. Docile elle se rapproche. Je la coiffe comme le faisait ma mère quand j'avais l'âge de May : cheveux fins, noir corbeau. Deux petites tresses de chaque côté, bien plantées haut sur le crâne, et cette inévitable petite frange qui fait la célébrité des "petites chinoises". Je l'ai portée toute mon enfance. May me ressemble enfant. May Linh est mon miroir. Nos regards se croisent, nous nous comprenons. Mon album de famille défile. Mes photos, ces portraits. Ils sont là devant moi, vivant, me scrutant du regard, m'interrogeant : pourquoi ne parles-tu pas ? Tu ne dis rien ? Raconte-moi une histoire....
« C'est l'histoire d'une petite fille née il y a longtemps à l'autre bout du monde et qui revient un jour dans ton beau pays à la recherche d'elle-même... » May, peux-tu me comprendre ?


Avide de moi-même, je continue ma route, progresse vers le sud et croise une légende. Hoi An. Ville chinoise au centre du Vietnam. Les 55 jours de Pékin : Ava Gardner. Charlton Heston. L’auberge du sixième bonheur : Ingrid Bergman. Curd Jurgens. Des clichés, certes, mais ce sont là mes seules références de cinéphile adolescente sur le sujet. Rêve ou réalité. Décor de studio ou patrimoine de l’Unesco. On entre dans Hoi An comme on entre en religion. On laisse derrière soi sa civilisation, sa culture. On se dépouille. On pénètre à pied dans la vieille ville, signe d’humilité devant l’héritage de l’histoire. J’ai réservé la chambre de Michael Caine, lors du tournage du film Un américain bien tranquille. Tout ici se décline sous le signe du mythe. L’hôtel Vinh Long I. Dès l’entrée, je traverse les âges. Un escalier raide, étroit et charpenté me conduit vers la chambre chinoise. Mobilier d’époque, paravent de bois noir, meubles laqué rouge et ivoire. Plafond à 1,70 m du sol. Les chinois sont petits. Qui l’ignore ? Mais cela change. Hoi An, enclave multiculturelle, ancien comptoir commerçant sino-japonais, avant d’être conquis par les européens, portugais ou autres. Hoi An, seule ville du Vietnam à avoir été épargnée par les bombes des destructeurs quels que soient leurs doctrines, leur profession de foi ou leurs intérêts économiques. Les bons génies veillaient, et, au plus fort de la tempête de feu, et de pluies d’agent orange, leurs grands bras constituaient un rempart pour protéger cette merveille d’architecture. On erre dans Hoi An à la recherche d’un temps perdu, d’une nostalgie qu’on ne fait que deviner, entrapercevoir. Des façades en bois, de petits balcons ouvragés, de bois noir, là encore. Des lanternes. Oui ! Hoi An est la ville des lanternes multicolores. De toutes les formes, en soie, brodées, moirées, géantes, minuscules, avec ou sans pompon. Elles sont le symbole de la ville, et ornent chaque foyer. Dans les ruelles, j’imagine les femmes en kimono et claquettes en bois, ces femmes aux petits pieds, martyrisés, tortures dédiées aux esprits du bon goût et de l’élégance de l’époque. Contradiction, paradoxe. L’histoire flirte ici avec le modernisme, et la jeunesse en moto se taille un brin de causette devant la pagode de la congrégation fondatrice du quartier. L’héritier industriel, diplômé de la grande université américaine, assure pendant ses vacances la visite de la vieille maison familiale, présente les tableaux des ancêtres devant lesquels des générations se sont prosternées. Le cybercafé, équipé de l’ADSL, jouxte la maison Tam Ky, bijou du souvenir. On se prosterne devant la beauté de la mémoire. Le petit pont japonais n’a rien à voir avec celui de la rivière Kwai, tristement célèbre, mais celui là, gardé à l’entrée par le couple protecteur singe-chien, est le ravissement des voyageurs.
Quelques mètres plus loin, le seuil de la maison du clan Tanh n’a rien à envier à « La porte de la Casbah » peinte par Matisse à quelques milliers de Km de là. A l’entrée de la demeure, l’imposante cloche de bronze, sur son socle de bois rouge, trône majestueusement, gardienne de la paix du clan familial. L’appel au respect des traditions, à la conservation des rites et des héritages. Cette alcôve semble un écrin, un coffret azur. Matisse aurait pu le coucher sur son chevalet. Photo. Peinture. Orient. Occident. Mes sources se mêlent et s’entremêlent, tel un écheveau de perles rares. Correspondance de couleurs, de senteurs. Du Maroc au Vietnam, de Casablanca à Hoi An, mon esprit s’affole. Mes gènes sont multiples, mes racines riches de trésors méconnus, ignorés, confondus. Je suis dualité, double et unique. Et si la jeune fille à la lanterne, c’était moi…

Le Vietnam, un pays d’eau. La mousson, la crue, les grands fleuves et leurs deltas, riches et célèbres. Le légendaire fléau et ses deux plateaux. Parcourus par des jonques, des sampans, des youyous, des barques à fonds plat, dragueurs de sable, ou caboteurs, transporteurs de marchandises, ce sont les vedettes de ce pays aquatique. Mais un outsider se présente et brigue sa place sur le podium. Le vélo. La bicyclette. Petite reine chez nous, grande star ici. Rien à voir avec les super VTT de compétition qui règnent en occident. Assemblage hétéroclite de ferraille rouillée, de pneus râpés, de selle usée, elle émet un curieux petit couinement à chaque coup de pédalier. Compagne du quotidien, elle dispute fièrement son rôle de symbole local aux baguettes en bambou ou aux chapeaux coniques. Etroitement liée à ces derniers, ils vont souvent de paires, reflets de l'activité, ou de l'occupation du moment de leur propriétaire. En amoureux au bord d'une plage, au pied d'un palmier. Devant le seuil d'une maison. Compagnons de voyage ou de travail. Complice de la première enfance ou soutien précieux des jours plus difficiles. Les enfants en font un animal de cirque. Les jeunes femmes en tenue traditionnelle la conduisent superbement, tenant d’une main ferme et assurée un guidon plus que fatigué, et de l’autre, une ombrelle les assurant d’une douce protection contre les affres de l’astre solaire, bien terrible dans ces régions. Ici, on ne s’expose pas. On se couvre. Un peu par pudeur certes, mais surtout, contre les méfaits des rayons ultraviolets. Les bras sont gantés jusques aux coudes, les visages recouverts de masques sinistres, et les chemises se dotent de manches indéfiniment longues sous ses latitudes.
Mais revenons à notre bicyclette. Elle peut se targuer d'avoir gagné la guerre au même titre que les combattants du pays, et porte courageusement sur son dos, veau, vache, cochon, couvée.... non ! Je reprends : cochon, chèvre, oies, canards, paniers, marchandises, denrées.... tant et tant d'objets divers, multiples et variés qu'ils en sont devenus inidentifiables !
Attention, touriste ! Si tu oses une ballade à travers la campagne vietnamienne en vélo, tu t’exposes à de bien sérieuses surprises. La bicyclette ne s'adaptera pas à toi, mais toi à elle. Elle va toute seule au gré de ses envies, de ses désirs, ne respecte pas toujours la signalisation routière, flirte dangereusement avec les moto bikes, lorgne parfois périlleusement au dessus des petits ponts pour regarder nager les poissons, se moque de toi et par fantaisie traverse les rus ou autres flaques de boues tout juste abandonnées par la dernière averse. Ici, la mousson n'est jamais très loin.

Saigon. Kinh est mon guide dans le delta. Le Delta du Mékong bien sûr. De taille moyenne, une pomme d’Adam proéminente, un regard direct, sa vieille casquette bien plantée sur sa tête, tout vêtu de bleu sombre, la besace en travers. Il ressemble aux anciens facteurs de nos campagnes françaises. Il m’impressionne. Qui est-il ? Qui se cache derrière ce corps dégingandé ? Sa poignée de main est ferme, efficace. Il semble tout droit sorti d’un livre d’images. Peu expansif, il sourit avec retenu. Comme pour accorder une faveur. Il parle peu, pourtant il parle bien de son pays. L’économie, l’éducation, la femme, la famille moderne, la jeunesse, la corruption. Il est incollable quel que soit le sujet, les questions que j’aborde. Sans réserve, il répond. Un vrai bonheur. Je découvre ce pays, ses intimités. Insatiable, je me laisse séduire par sa façon d’être. Il veut me faire aimer son pays. Mon pays. Docile, consentante, je laisse le charme opérer.
Kinh va être mon sésame. Marchez dans ses traces et le sud n’aura plus de secrets pour vous. Glissez vous dans son sillage. Faites vous petit, discret, à l’affût des sensations, et Kinh vous ouvre les portes du ciel, son ciel. Le Delta. Le dragon à sept têtes. Ses vergers, ses jardins, son âme et son mystère. Le sud, Kinh le connaît par cœur. Il a une cinquantaine d’années, a servi sous les américains, puis le régime communiste. Depuis l’ouverture du pays à l’économie de marché, il s’est engagé dans le tourisme. Capitaine du Mientay, superbe bateau en bois de tek, il partage son temps entre la navigation sur le fleuve et les promenades-découvertes dans les îles de la région. Rien ne lui est inconnu. Les gens des villages le reçoive chez eux, lui offre le thé et l’hospitalité. Un orage nous jette hors des chemins de terre. On nous abrite, lui fait la conversation, parle du temps qui passe. Je ne comprends rien à ce qui se dit. Pourtant, je ne me sens pas étrangère. Je suis là, parmi eux, assise sur ma chaise d’enfant et je savoure l’air du temps. Cet air que je n’ai jamais respiré. Celui dans lequel a grandi mon père jadis, il y a bien longtemps. C’était donc cela ses terrains de jeux. Les arroyos, les bras du fleuve, les bananiers, les fruits. En pirogue, nous parcourons les recoins les plus reculés de ses îles enchantées. Les enfants nous suivent de la berge et nous adressent de grands signes de bienvenue. Une fabrique de galettes de riz, un homme à sa toilette. La vie au quotidien. Je remonte le temps et l’histoire. « Il » aurait pu être cet enfant, et cette vieille femme rinçant sa vaisselle, ma grand-mère. La même attitude, accroupie au sol, binant son jardin, dans son pantalon large et sa chemise en dentelle. Du bateau, je les aperçois de dos. Marchant. A vélo. Travaillant. C’est mieux ainsi. Je peux garder les yeux ouverts et imaginer mon histoire. Kinh me sert une assiette de fruits. Petites bananes au cœur doré, mangoustans, tranches d’ananas.
- Ça te plaît ? me dit-il.
- Comment est le paradis, s’il n’est pas ici ? même les tombes reposent sous les palmiers !
- Les bombes aussi…. Si tu veux, ce soir, on sort ?
- ….. !
- je t’emmène voir le travail de nuit, au ferry, près de Can Tho. On va boire un coup
- ….. !
- puis demain soir, on ira prendre un café en boîte
- …… !
- Amen. Ainsi sois tu.
Ce soir là, après une longue ballade nocturne dans les vergers éclairés par les lucioles, nous voilà au ferry. Il est 21h00. Sous ses latitudes le jour tombe vers 19h00. Il me semble que nous sommes au plein cœur de la nuit, noire et profonde. Dans l’obscurité, les lanternes multicolores brillent de mille feux. L’activité est intense. Les commerçants s’activent, on négocie nourriture, boissons. Aux terrasses des cafés, les clients sirotent un jus ou consomment un dernier en-cas en attendant le prochain départ. Les véhicules s’alignent devant la barrière. Les particuliers, tous chargés comme des baudets, achètent leur droit de passage. Flash. L’Amant de la Chine du nord. Le bac de la petite Duras. Le chinois. Le Mékong. J’y suis. Je comprends. Ce pays est envoûtant. Le dieu du fleuve est à nouveau près de moi, en moi. Le sortilège agit. Je reviendrai. Maintenant je le sais : Je suis ici chez moi…

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