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VOS RECITS DE VOYAGES
Brigitte Nardin, 69 - Rhône :
" mon arrivée à GEO Farm "
" Mon arrivée à Geo farm, 1995
Elle m’avait dit de prendre d’abord le car pour la province de Pamgasinan. Cinq heures de voyage. Une fois arrivée à Bayambang, tu prends un pedicab.
Ce velotaxi, composé d’une siège protégé d’un abri est aujourd’hui, un système repris aux USA où il fait fureur en ces temps d’écologiquement corrects. Mais il vient des Philippines. C’est un gagne-riz pour ces citadins en précarité.
-Tu dis au pedicab : GEO farm, mangayao, ils connaissent la ferme. Je suis contente que tu viennes nous voir.
A Bayambang, le pédicab est largement remplacé par les motocab, pétaradant, polluant sur son passage. J’avise un véhicule vide, je lance au chauffeur qui me regarde venir avec intérêt, il y a si peu d’étranger dans cette ville perdue :
-« Mangayao, Geo Farm ! please »
La moto s’ébranle, dans un nuage bleu de gasole et longe les maisons de moellons aux toits de tôles, bordées de bananiers, de bougainvilliers, ombragées par de hauts manguiers ou des mahogany. La moto s’engage sur une piste de pierres et de terre, je suis secouée dans un sens ou dans l’autre, la moto zigzague entre les nids de poules et les flaques d’eau de la dernière pluie. Les maisons en moellons ont fait place à de belles bâtisses en bois ou en bambou et fibres de noix de coco. Le bambou est d’une rare solidité, sa présence variée et solide sur cette terre est un don du ciel.
Nous longeons des champs nus, sombres à perte de vue. Pas de rizière dans cette zone périurbaine.
Des cocotiers haut perchés cherchent à toucher le ciel pour offrir leurs noix.
L’engin pénètre dans une zone boisée et roule près d’une fermette, une poule au cou rasé s’enfuit en caquetant.
Puis il pénètre une longue allée ombragée, agrémentée de magnifiques arbres flamboyants.
La moto s’arrête enfin, sous une longue tonnelle de bambou, aménagée de chaises et de tables forgées, cerclée de plantes vertes, de fleurs colorées. Au bout, un tableau d’école est accroché avec quelques mots d’accueil.
Une étagère de bambou avec quelques documents.
Je paie la course au type qui repart aussitôt, indifférent à ce décor magique surgit de l’alliance entre la terre et l’esprit créatif de l’homme.
Je suis ébahie, je suis arrivée dans un oasis tropical à l’esthétisme hors du commun dans ce qu’on appelle une ferme.
Une ferme à la Prévert. Des couleurs et des formes de plantes. Une haute éolienne danse avec le vent léger, des panneaux solaires captent le soleil pour réchauffer l’eau de bassin de culture de spiruline, un gîte en bambou au dessus de la cuisine ouverte sur le visiteur, un chemin sinueux entre les massifs de plantes médicinales, et escalade vers un étang vêtu de nénuphars. C’est le lieu de la faune sauvage. Là, un grand potager pour les repas veillé par des papayers. Et là deux immenses bassins dans lesquels évoluent ces délicieux poissons tilapias.
Entourée d’arbres de toutes tailles, la ferme est un refuge pour le cœur en convalescence, une île aux trésors pour la curiosité du naturaliste, un appel à l’extase des papilles étourdies de saveurs et de parfums exotiques. Un lieu d’école de la vie, du vivant et du bon vivant.
Cette ferme pédagogique et prototype d’un centre de formation à l’écologie dépasse mon imagination et emballe mon enthousiasme de pédagogue.
Je suis contente que tu viennes nous voir…Je suis contente d’être venue. J’y resterais 9 mois. "
Puravida, 31 - Haute-Garonne :
" Amitié lointaine (Rizières de Batad) "
" Décembre 2009, un contact trouvé sur un forum qui me lie à une jeune femme de la tribu Ifugao, dans le centre des rizières en terrasse, au nord de Manille, Batad. Un SMS envoyé, car tout marche comme ça sur l'archipel, pour un premier rdv de départ en trek.
3 jours inoubliables à travers les rizières, à monter, descendre, monter encore ses marches taillées dans la terre et la pierre, trop hautes pour les petites jambes des philippins qui pourtant les avalent beaucoup plus vite que nous. Nous, Français, perdus hors du temps au milieu de villages qui ne marchent encore qu'aux rythmes du soleil et de la pluie. Autour de nous les rizières à perte de vue, de collines en collines, des buffles carabao paisibles et courageux qui foulent les terres pour les préparer à la semence, des femmes âgées qui travaillent le dos courbé, sans pouvoir se relever à force du travail d'une vie, des enfants qui courent de pierres en pierres sur les murets des rizières, insouciants du travail qui les attend pour survivre.
Et cette jeune femme qui nous guide, courageuse et curieuse. On partage nos vies si différentes avec chacune l'envie d'apprendre, de découvrir, de figer le temps. L'improbabilité de se comprendre est réelle, et pourtant son ouverture d'esprit sur un monde qu'elle ne connait que de rumeurs est immense.
Une amitié se lie, une amitié vraie comme on en a peu, pas intéressée par l'argent que l'on pourrait lui apporter, juste un partage de connaissances opposées de milliers de kilomètres.
La séparation est brutale et émouvante. Des textos envoyés au fil de l'année nous relient, et 1 an plus tard nous nous retrouvons comme si nous ne nous étions pas quittées. Toutes les questions laissées en suspens au cours de l'année fusent dans les deux sens, avec plus de liberté et d'humour. Encore une séparation. Et cette année, nous y retournons et emmenons notre famille découvrir la sienne. Ce sera sans doute la dernière fois que nous nous verrons, mais elle restera dans notre mémoire et aux bouts de nos sms, toute notre vie. "
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