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VOS RECITS DE VOYAGES
Hélène Schneider, - :
" Un bal y est donné "
Photo de Hélène Schneider
" PAKSE – Un pont sur le Mékong : quatre piliers, des armatures en fer. Le réveil d’une fin d’après-midi à la saison chaude. Bientôt la nuit va tomber. Il ne pleut pas, c’est une chance. Sur le pont, les pétarades des motos foncent vers la ville : "profiter, profiter, vite, de cette dernière heure de jour ! "
A contre-sens, comme flottant à la surface du pont, un moine orange. Sa robe, sur le vert du pont ; sa robe, sur le brun du fleuve : sa robe joue œuvre d’art. Il est suivi. Danseur malgré lui. Danseur pour mes yeux qui l’épient. Danseur parmi les siens. 1 + 1 + 1 + 1 + 1 … tout est bien réglé : une enfilade de moines, portant parapluie comme les dames portaient l’ombrelle. Ils marchent. Défilent. Petites bulles d'individualité sereines. Ils avancent. A contre-sens.
Des enfants se baignent dans le fleuve : on voit leurs joies qui dépassent.
Soudain, des cris, des hurlements. Le bruit d’un corps que l’on retourne. Qui s’abat sur la terre. Trois hommes sont sur lui. Je vois des membres qui s’agitent. J’entends, j’entends. J’entends sa terreur et sa conscience. On abat le cochon. Cela dure trop longtemps, cette souffrance nécessaire.
Puis il y a le Silence… et le fleuve, le Mékong qui va, lourd, alors que, sur le pont, les moines en ont fini de passer. "
Hélène Schneider, - :
" As-tu vu le buffle? Le buffle aux yeux tristes... "
" SI PHAN DON – 4000 îles – A la saison des pluies, 4000 devient plus petit : les îles sont sous le Mékong. Sous les 14 km de large du fleuve. Quatorze kilomètres + quelques mètres, car l’eau brune caresse les berges de ses mains grignoteuses. Quatre mille îles moins quelques îles, quatorze kilomètres plus quelques mètres : l’été joue avec les chiffres.
Au nord de l’archipel, l’île grande, Don Khong. Rurale et scandée de rizières. Paradis du buffle ? Enfer du buffle ? Le buffle, un Tantale laotien ? Un Tantale amarré sur les routes, juste à côté de l’eau, de la boue, de la fraîcheur. Juste à côté des ébats ronds avec lui-même. Juste à côté. Un Tantale cornu à la longe bien courte…
Paradis du buffle ? Enfer du buffle ? Celui-là, grimpé dans un songtaew (une camionnette ouverte aux quatre vents, servant normalement au transport d’un nombre illimité d’individus humains) ; celui-là, il est seul. Le bus, pour lui, devient taxi… se doute-t-il que cela doit être mauvais signe ?
Les buffles pourraient-ils mourir de vieillesse ? On les détacherait à la veille de leur mort... On les autoriserait à se vautrer dans la boue, dans le vert, dans la fraîcheur... On les autoriserait à écraser une seule fois le précieux riz de leur poids bientôt allégé... On les autoriserait...
Les autorise-t-on ? Non, on leur offre le camion ! "
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