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CELIA LAHERRERE, 33 - Gironde :
" CAP VERT : LES ÎLES SINGULIERES "
" Cha Das Caldeiras - Après une heure de montée en 4x4, j’arrive à Cha Das Caldeiras. Le village est au pied de volcan. Le silence, l’espace, les coulées de lave séchée coupent littéralement le souffle. Cha - comme la nomme ses habitants – se compose de maisons basses au confort sommaire, sans eau chaude ni chauffage.
Mon auberge se trouve à l’entrée du village. La « pousada » est tenue par Patrick, un ancien cuisinier Français aux airs de vieux marins et installé à Cha depuis 15 ans. La petite auberge est ici la principale source d’emplois et de revenus. Au fil des ans, elle a acquis une sérieuse réputation à l’internationale et attire aujourd’hui des touristes amoureux de tranquillité et de sports extrêmes venant avant tout pour se mesurer au volcan.
Je rencontre Alcindo. A 24 ans et comme la plupart des jeunes hommes de Cha, il a choisi de rester dans son village et de travailler comme guides de randonnée. A l’instar de l’ensemble des gens de Cha, il exprime un amour indéfectible pour son volcan. « Nous sommes ses enfants. Nous le connaissons et nous savons anticiper ses colères mieux que n’importe quel expert.» Lors de la dernière éruption de 1995, seuls les habitants de Cha avaient refusé de quitter l’île, arguant que la coulée épargnerait le village. Ils avaient raison. De leurs origines métissées, tous ont la peau mate et les yeux clairs, la force et le magnétisme de leur terre. Sans doute davantage encore que les autres capverdiens, ils ont appris à s’adapter à l’isolement et aux caprices de la nature.
Le village produit un vin réputé dans tout le Cap vert. A l’opposé des vignobles traditionnels, les ceps de vignes poussent éparpillés sur le sol basaltique. Rouge ou blanc, le « Cha » est excellent. Il porte le caractère du lieu : fort, profond, à la robe rouge sombre pour le rouge, au goût de fruits mûris sous le soleil brûlant pour le blanc.
Je suis surprise de goûter un vin si exceptionnel dans un endroit aussi atypique et regrette que sa consommation reste confidentielle. Je tiens à rencontrer le viticulteur. Celui-ci m’explique que la petite production ne permet pas d’exporter au-delà de l’archipel. Mais peut-être est-ce mieux ainsi. Peut-être est-il nécessaire de le maintenir préservé, de le mériter, de faire le long chemin jusqu’ici pour pouvoir en apprécier ses subtilités.
Je quitte Cha Das Caldeiras pour une descente de quatre heures à pied jusqu’à Mostreiros, au nord de l’île. « Tu verras, c’est comme la jungle ! » m’avait-on dit. J’allais découvrir un véritable paradis. Une barrière annonce le début de la descente. Je croise un jeune garçon d’une dizaine d’années. « Mostreiros ? » lui dis-je en passant le portique. Ses yeux clairs me fixent intensément : « De longe… !» me répond-il simplement, comme si, inconsciente, je m’apprêtais à entreprendre un voyage sans fin. Je suis un peu troublée. Ses deux mots résonnent encore dans ma mémoire.
Après une marche sous un soleil chauffé à blanc et sur un sol caillouteux, je m’enfonce dans une brume épaisse et humide à travers laquelle je devine un foisonnement d’arbres et de verdures. L’odeur des eucalyptus est presque palpable. En quelques minutes, je suis passée de la Lune à l’Eden, d’un monde à un autre, si différent mais tout aussi merveilleux.
La petite musique
Aéroport de Praia – 1h de matin: L’heure du retour a sonné. Je n’ai pas encore quitté l’archipel que je me sais déjà profondément attachée à cet endroit. Santiago et Fogo vous charment lentement par leur douceur et leur complexité. Il faut prendre le temps de les découvrir pour comprendre leur beauté et leur singularité. Elles restent en mémoire comme une petite musique apaisante. C’est sans doute cela qu’on appelle « Sodade », un air nostalgique qui demeure en mémoire et qui ne vous quitte plus. Nul doute que ces îles ont quelque chose de magique. A très bientôt, « Cabo Verde ». "
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