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CIRCUIT BIRMANIE

 
 
 

Circuit en Birmanie : Les mille visages du Myanmar


Un circuit en Birmanie, c’est parcourir un monde rempli de trésors. Découvrez Mandalay et les anciennes capitales royales, et l'antique citée de Pyay. Un vrai pays de merveilles avec les pagodes de Kakku, ou l'immense plaine archéologique de Bagan et ses deux mille temples des XIe et XIIIe siècles.
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VOS RECITS DE VOYAGES

jean zucchet, 36 - Indre :

" Klamié "

" C’est au marché que j’ai rencontré Klamié. Il a dix ans. Crâne rasé, coupe à offrande en métal blanc sous le bras, robe safran. Il est bonze. En fait, aucun engagement, aucun serment ne le lie au monastère où il habite depuis quelques mois. A chaque instant, demain peut-être, il peut reprendre la vie civile. D’ailleurs, comme la plupart des jeunes religieux birmans, il ne pense pas grandir sous l’habit. Il est simplement en vacance du quotidien.
Très fier, il m’a montré la photo de son ordination. Toute la famille en grande tenue. Une journée entière de fête pendant laquelle tout le village a défilé, mangé, bu, écouté l’orchestre devant l’estrade d’honneur. On s’est endetté chez lui pour cette cérémonie mais un enfant bonze, n’est-ce pas un coin de nirvana gagné pour les parents ? Alors, qu’importe la dépense ?
Pour Klamié, les 227 règles bouddhistes se résument à quelques prétextes : se raser le crâne, porter l’habit, habiter le monastère, suivre l’enseignement religieux et mendier sa nourriture.
Cette dernière obligation est loin de lui déplaire. Chaque matin, très tôt, il vient ici dans le marché qui longe les rives de l’Irrawaddy, se mêle à la foule et commence sa tournée… Chaque commerçant offre quelques piécettes, un fruit, un beignet, qu’il place dans sa lotha de métal. Union très profonde entre le peuple birman écrasé par la dictature et son clergé. Générosité de tous. En fait, pour Klamié, l’unique souci est de rentrer avec une lotha aussi bien remplie que celle de ses jeunes confrères. On est bouddhiste, certes, mais on a pas pour autant abandonné tout esprit de compétition …
Je suis Klamié le long des étals colorés. Légumes, fruits, objets de vannerie… restaurants en plein air… Les femmes se protègent la peau avec une sorte d’argile jaune dont elles se dessinent des motifs circulaires sur les joues. Fleurs fixées dans les cheveux. Sourires ébauchés entre deux bouffées d’énormes cigares à l’odeur âcre. En haut, sur le talus, on aperçoit les buffles qui hissent de lourds troncs d’arbre arrivés par flottage.
Le jeune bonze qui trottine devant moi pénètre dans un petit enclos de bambous. Bruits rythmés d’un martellement. Ici on bat l’or pour le réduire en feuilles. Dans une cuvette, flotte une demi noix de coco percée qui se remplit lentement ; lorsqu’elle coule, l’ouvrier sait combien de coups ont été donnés. Il se repose alors quelques instants, vide la noix et le maillet frappe à nouveau le minuscule morceau d’or avec une régularité de métronome. Peu à peu le métal s’écrase et devient d’une exceptionnelle finesse. Tout près, des femmes aux doigts particulièrement habiles constituent de petits rectangles qui seront vendus pour être fixés, en guise d’offrande, sur les statues ou sur les parois des pagodes.
Encore quelques ateliers, quelques échoppes et Klamié qui vient de retrouver deux amis, se retourne pour me lancer un petit signe d’adieu amical. Les trois robes s’éloignent rapidement en direction du monastère.
C’est ma même intimité bon enfant avec le sacré que l’on retrouve à la Swédagon de Rangoon, la plus grande pagode de Birmanie.
Sur le niveau inférieur aux débordements baroques, on vient en famille faire le tour de la terrasse et verser quelques gobelets d’eau sur la tête des statues. Les bonzes conversent bruyamment, les enfants apprennent les gestes de la prière puis vont courir au milieu des pigeons pour faire naître de grands envols. Cris de joie, froissements d’ailes des oiseaux. L’immense stupa d’or s’enflamme dans les derniers rayons du crépuscule. Avec un peu d’imagination, on devine le rayon vert de l’énorme émeraude du bourgeon fixée au milieu de 4000 diamants…
Sur la terrasse supérieure, le silence n’est rompu que par le tintement des clochettes dans le vent et par la vibration des bronzes que l’on heurte d’un marteau de bois. Scintillement du métal précieux, silhouettes safran et rouges des moines sur fond de ciel noir de mousson. Offrandes modestes déposées près des parois recouvertes de feuilles d’or.
Méditation. Concentration. Oubli de soi.

« A l’origine de la douleur universelle est la soif d’exister » Bouddha Premier sermon à Bénarès. "

Gérard SALERT, 13 - Bouches-du-Rhône :

" Pérégrinations birmanes "

" Le pays est magnifique autant par l'authenticité de ses habitants qui circulent encore en char à boeufs que par sa géographie si variée qui va des rizières et marais dans les deltas du sud proches du Bangladesh jusqu'aux contreforts himalayens avec des sommets avoisinant les 6000 m. d'altitude!
Que dire encore de sa population charmante aux us et coutumes emprunts de la sagesse bouddhique: les femmes dont les joues et le front se parent des dessins circulaires jaune pale de tanakha, ce produit issu du bois qui pilé et humidifié forme une pâte qui protège la peau du soleil et régule le sébum.
Il apporte à toutes celles qui le portent un charme exotique devant lequel on ne peut rester de . . . bois pour nous faire craquer!

La Birmanie est avant tout le pays de la beauté. On peut voir l'or ruisseler de partout sauf dans un triangle d'où il a disparu pour scintiller jusque dans la lumière foudroyant les aurores. C'est encore lui qui habille de bronze les temples et pagodes en les caressant de ses rayons lorsque le soleil se couche splendide et rougeoyant sur l'horizon. Il vous suffit d'aller à Rangoon au temple Zulle près du port ou mieux encore à la plus belle pagode du monde appelée Swe Dagon. Au sommet d'une colline arasée, un stupa d'or et tout incrusté de presque 5000 pierres précieuses est desservi par 4 escaliers monumentaux. Rien n'est trop beau pour le Bouddha même et surtout si le peuple n'a rien car c'est dans ces moments là que l'on mesure la ferveur et le sacrifice.

La vie de tout birman est assujettie non pas à la junte militaire ou à tout autre tyran possible mais au culte qu'il voue à Bouddha. Chacun a fait dans sa jeunesse son noviciat dans un monastère en y parvenant vêtu tel un prince mais pour mendier ensuite sa pitance, crâne tondu, portant la robe et tendant le bol durant trois longues semaines qui vont les marquer à jamais. La loi bouddhique veut comprimer tout désir individuel pour que l'homme se concentre sur la réflexion et l'enseignement. De ce fait, le birman, bien proche du tibétain, peut supporter
n'importe quel joug et se réjouir même de l'austérité de son train de vie. Une aubaine pour le tyran et l'exploitant qui en ont bien profité jusqu'à ce jour!
On peut aller voir cette ferveur au Rocher d'or, haut lieu de pèlerinage. Haut lieu n'est pas peu dire car il est situé sur un promontoire de 1200 m. d'altitude dominant le delta de Sittang et le golfe de Martaban. Les pentes avoisinent les 20% et les fidèles montent pieds nus. Parvenus au sommet, devant un énorme rocher en équilibre au dessus du vide grâce à deux cheveux de Bouddha qui le retiennent, les pèlerins apposent des feuilles d'or sur le roc et dans une atmosphère
des plus envoutantes prient et méditent.

Vous retrouverez la même foi en allant à Bagan. Dans la plaine de l'Irrawadi, a poussé à partir du XI° siècle une véritable forêt de temples. Il faut dire que la construction d'une pagode constitue pour un birman un des principaux devoirs afin de se voir attribuer le plus grand des mérites : le repos éternel. C'est ainsi qu'il est dénombré plus de 2000 vestiges dont certains sont restaurés merveilleusement. Il faut monter sur les toits-terrasses des plus hauts temples pour embrasser le
le panorama formé par les temples pyramides et les stuppas qui, à l'aube, émergent des brumes du fleuve voisin.
La forêt a d'ailleurs bien fini de croître depuis que les rois ont décidé au XV° siècle de s'installer un peu plus en amont et en remontant le fleuve, on parvient à Mandalay ceint d'un rempart et d'une douve. La cité est construite au pied d'une montagne sacrée et abrite des monastères où plusieurs centaines de moines ont maintenant fondé ici leur retraite.

Ne croyez cependant pas que le peuple birman se contente du culte qu'il voue à Bouddha. Cette adoration ne lui suffit pas pour qu'il n'ait pas rejeté les anciennes croyances des esprits qui peuplaient le pays. C'est ainsi qu'en sus de vénérer Bouddha, les birmans tressent des chapelets de prières pour leurs nats qui sont ces dieux-esprits qui gardent pagodes et monastères et dont le roi sait tout pour comptabiliser les mérites de chacun. Autant dire qu'ils représentent une de nos saints. Invisibles, ils ont chacun leur fief et leur domaine qu'ils hantent et sont l'objet de légendes et de fêtes dont la plus grande est le nat pwé. Il faut alors voir la population en liesse tourner autour des médiums, seuls capables de correspondre avec les nats.
Le rôle de ces médiums autrefois épouses des esprits est maintenant tenu par nombre de travestis qui par leurs facéties, leurs accoutrements et leurs transes font le bonheur ou la crainte de la population. Leur puissance est telle que pareils aux orthodoxes grecs qui ont construits leurs monastères au sommet de pitons rocheux dans les météores, un temple leur a été dédié sur un promontoire de lave s'élevant à 1500 m. d'altitude dont le nom n'est pas très catholique puisqu'il se dénomme le Mont Popa pour nous rappeler l'Attique.

Hélas, il faut redescendre sur terre ne serait-ce que pour chercher les rubis, saphirs, émeraudes et jade que les sous-sols recèlent pour prendre la route du nord sur le plateau des populations shan dont les terres constituent les jardins
maraîchers du pays. Est-il possible que la grande fertilité de ces sols aient un rapport avec la fabrication des célèbres cigares birmans? On pourrait le supposer si l'on pense que par une osmose avec la nature et ses terres si bien fumées, l'homme ait désiré en faire autant.! Toujours est-il qu'ils n'avaient nul besoin d'opium pour que s'étale à leur regard un paysage sans pareil : il faut voir sur les terres rouges du plateau les tâches jaunes des champs de sésame, celles vert foncé des choux et des maïs ou celui plus tendre des rizières et des arachides. Un vrai tableau qui aurait inspiré bien des impressionnistes d'autant que dans les vergers se fiancent les rouges des tulipiers et des flamboyants avec le bleu des jacarandas. Ajoutez à tout ceci les plumets argentés des cannes à sucre et les cotons en fleurs scintillant au crépuscule et vous comprendrez qu'il n'est ici nul besoin de grands monuments pour que les yeux se régalent de beauté.
Vous pensez avoir tout vu mais vous n'êtes pas au bout de votre émerveillement lorsque vous parvenez au lac Inlé où même les rameurs prennent leurs pieds. C'est vrai que cette technique leur fait une belle jambe surtout lorsqu'il leur faut remorquer les composts qui vont former les îles flottantes.

C'est le coeur encore chaud de la gentillesse birmane malgré l'âpreté de leur condition de vie qu'il me faut songer à partir. Qu'ils soient des ethnies môns du delta, des birmans ou karens de la plaine, des shans aux turbans muticolores des
plateaux, je garde en tête les longyis tire-bouchonnés à la taille et portés élégamment par les femmes ou négligemment rattachés par les hommes. Même les padaungs. Je les revois tous toujours souriants même agrippés aux ridelles des pick-up, ces camionnettes qui les véhiculent dans le tintamarre joyeux des klaxons des mobylettes, camions, side-car et rick-shaw. Un souvenir bien merveilleux pour que je vous recommande d'aller au plus vite les rencontrer à votre tour.

Gérard SALERT "

 
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