BILLET D´AVION NEW YORK
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Gérard DUSSOUBS, 45 - Loiret :
" NEW-YORK, CINEMA PERMANENT "
" Cela fait maintenant une heure que ce damné Boeing, train d'atterrissage bloqué, tourne comme un oiseau fou dans la nuit américaine...En bas, Kennedy Airport scintille de mille diamants et nous invite à sa sensualité complice. Mais ici dans la carlingue, c'est plutôt l'angoisse, lancinante, implacable, suractivée par la chaleur suffocante d'un air conditionné déréglé.
Je me repasse le film des heures précédentes: la longue attente à Roissy, la queue interminable aux guichets de contrôle, le décollage énergique mais surtout, la joie fantastique du départ pour l'Aventure, bonheur furtif et unique en soi que seule peut vraiment ressentir cette race d'"hommes-bougeotte" à laquelle j'appartiens, ces dignes descendants modernes des Christophe Colomb et autres Marco Polo. Le trajet aurait dû se dérouler sans histoires et pourtant, maintenant, si près du but, cette attente anxieuse...
Ouf! Le train d'atterrissage vient de se débloquer, piste et avion peuvent enfin s'offrir, au grand soulagement de tous, la plus douce et la plus espérée des étreintes..
L'arrivée donne instantanément une idée de la logistique et de l'organisation habituelles américaines, puissantes et massives: sur la piste, au pied même de la passerelle, deux énormes ambulances, tous feux clignotants, destinées...à deux passagères évanouies (un véhicule par malade, mais oui !). L'air moite et pollué de l'aéroport ne fait qu'ajouter un peu plus à l'impression de malaise qui pèse sur chacun de nous.
Les formalités maintenant : je choisis un tout jeune douanier parmi la bonne douzaine qui contrôle la sortie, croyant passer plus rapidement avec un jeune, théoriquement plus compréhensif qu'un vieux croûton pointilleux. Erreur fondamentale: la compréhension de mon gabelou U.S. va surtout aux passagers du beau sexe qu'il drague abondamment, retardant ainsi l'écoulement normal des arrivants. Attente encore devant les tapis roulants distributeurs de bagages: ma fatigue physique et nerveuse atteint là son paroxysme.
NEW-YORK, ville tant espérée, je la prends immédiatement en pleine figure, tel Nougaro naguère. A peine sorti de l'aéroport et monté dans un bus, j'encaisse les premiers chocs : des voitures gigantesques à six roues, des échangeurs autoroutiers tentaculaires et surtout, une pénétration ultra-rapide dans MANHATTAN, malgré l'intense circulation.
MANHATTAN ! Cette fois j'y suis et le spectacle continue: ici, un alerte septuagénaire fait son footing dans la rue; là, les plaques d'aération du métro fument en permanence. A l'hôtel, première manifestation d'un racisme latent : le liftier noir se fait traiter de "stupid negro" par le réceptionniste blanc parce qu'il ne fait pas rentrer assez vite à son goût le chargement de nos valises dans l'ascenseur de service.
Que de surprises dans la chambre: air conditionné, baignoire, frigo-bar, radio, TV à chaînes multiples. Machinalement, j'allume le téléviseur pour tomber sur un film...français ! Rideau. Je suis en vacances, non ? Vite, un bon bain et au lit !
Le lendemain, place à la dérive. La rue à NEW-YORK, c'est tout un poème, un spectacle, une maîtresse exclusive qui vous prend et ne vous lâche pas de si tôt.
D'entrée, je me bute quasiment dans un énorme policeman harnaché de pistolet, cartouchière et talkie-walkie, balançant nonchalamment une longue matraque à bout de bras. Mais il est vrai que je suis au pays des cow-boys ! Comme il faut bien manger, j'apprécie rapidement un autre coup de matraque: celui pratiqué par les restaurants, qu'ils soient italiens, mexicains, chinois ou texans. Les taxes pleuvent sur tout ce qui s'achète à NEW-YORK, y compris la"bouffe", mais question variété, par contre, il y en a pour tous les goûts.
Place à la promenade maintenant ! Pas question pour moi d'aller traîner mes guêtres du côté de Ground Zero : je n'ai qu'un goût modéré pour les charniers de l'Histoire...Je me rends plutôt à pied au Rockefeller Center. L'ambiance matinale de la rue est particulièrement animée. Comme à Paris, le macadam éventré par divers travaux laisse parfois contempler le triste spectacle de ses entrailles exsangues. Mon pied heurte soudain un objet au son métallique. Mince! Une pièce de 10 cents. On m'avait bien dit qu'en Amérique on roulait sur l'or, mais à ce point là ! Trouver une telle somme, si modique soit-elle, relève ici de l'exploit: il est vrai qu' on aurait plutôt tendance à regarder en l'air. "Haut, c'est haut !" comme chantait Gainsbourg. Justement, un ascenseur me conduit bientôt au sommet du "Rockfeller" à la vitesse de l'éclair. De là-haut, vue vertigineuse garantie sur les milliers de taches jaunes (les taxis) et les fourmis très pressées du bas. Alentours, la forêt de gratte-ciels bien connue, noyée dans sa gangue de pollution, me sourit sous un soleil blafard.
Je consacre mon après-midi aux visites artistiques traditionnelles: Metropolitan Museum, Lincoln Center, Soho...Plein les yeux, plein le coeur !
Broadway la nuit, maintenant. C'est encore différent. Du sexe avant tout: gogo-girls dans les bars, prostitué(e)s à l'affût, poupées gonflables dans les vitrines des sex-shops, à chacun son mythe. C'est aussi la violence, la misère: ici, quatre blacks alignés contre un mur, mains sur la nuque, surveillés par une escouade de "cops", là, une querelle de clochards qui se termine dans le caniveau; là encore, un petit vendeur "à la sauvette" transportant sur un cadre-bois fixé sur son vélo tout un attirail de colliers, de ceintures et peut-être même d'autres choses moins avouables... Mais soudain, une fille aux yeux limpides s'approche de moi, des fleurs à la main. Un peu surpris, j'ai à peine le temps de saisir le bouquet ainsi offert que ses mains ont déjà fait l'inventaire de mes poches, heureusement peu garnies ! L'Aventure, c'est aussi ça parfois. La soirée s'achève en beauté dans une de ces boîtes de salsa branchées dont cette ville fascinante a le secret.
Pour occuper agréablement ma dernière journée, je donne cette fois-ci dans le vert et le bleu: balade dans l'étonnant Central Park , flânerie dans Greenwich Village (aujourd'hui pâle copie de sa splendeur hippie passée), puis tour de MANHATTAN en bateau-mouche, avec visite d'une célèbre statue sur son îlot. A cette occasion, notre embarcation croise le sillage d'un bac qui emporte au loin les ordures new-yorkaises: mon nez gardera longtemps après, l'odeur nauséabonde qui s'en dégage!
Mais voilà que le soir tombe et que mon furtif séjour touche bientôt à sa fin. Je ne peux quitter NEW-YORK sans un pèlerinage à l'une des plus belles merveilles du monde: la vision aérienne et nocturne sur MANHATTAN. Plutôt que le coûteux hélicoptère , je choisis de me rendre à pied au bon vieux et classique Empire State Building. Il est à peine 21 h 30 et pourtant toutes les rues se sont déjà vidées. Quel flash, mes amis, que ces immenses avenues et trottoirs, véritables ruches humaines il y a encore cinq minutes et maintenant désertes, avec seulement quelques rares taxis en maraude ! Je presse le pas. Me voici enfin en haut de l'"Empire" où un spectacle grandiose et sans concurrence me fait oublier toutes les fatigues du voyage.
J'ai vu NEW-YORK, ville-lumière, je peux partir apaisé... "
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