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Spécialiste Inde : Victor Jouniaux

Inde : Vos récits de voyages

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Vincent,
Après la visite d'un temple immense très animé comme une petite ville,
Après avoir vu une femme magnifique brosser le sol en terre battue devant une divinité,
sur une petite surface 1m2 environ, puis passer de la bouse de vache non seulement pour foncer le sol mais aussi comme antiseptique.
Après que cette femme ai pris de la farine de riz blanche et s'est mise à dessiner « le kolan », un dessin géométrique en saupoudrant une ligne continue...
Après elle ait mélangé une poudre couleur safran avec de l'eau versé dans un petit pot en plastique vert...
Après avoir malaxé et formé une boule jaune qu'elle a déposé au cœur de son dessin, puis d'une petite touche de rouge, elle est venue finir ce graphisme ; signe d'accueil, de prospérité et de bonheur...
Après son sourire éclatant...
Après avoir traversé des palmeraies, des « cocotiers » au couché du soleil qui clignotait...
Après avoir avec le chauffeur grimpé dans la montagne à lacés, route vertigineuse à la nuit tombé, croisant quelques motos, un bus bondé...2 jeeps...tous phares éteints car le moteur ne tournait pas dans la descente; économie d'essence oblige...
Après avoir traversé 3 minuscules villages
Après avoir souhaité être blottie dans tes 2, mieux 4 et même 8 bras comme les dieux indiens.. pour être rassurée et aimée...
Après nous sommes arrivées dans une ancienne maison de café démontée et remontée pièces par pièce, avec de minuscules patios remplit de petits poissons rouge qui sautent. Toutes portes ouvertes nous entendons les oiseaux siffleurs, les grillons, nous entrevoyons la silhouette des grands arbres, les terrasses...des....
Après la nuit ou nous sommes seules,
Après je te raconterai...

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Mardi 2 décembre

Je suis en Inde…je suis en Inde… JE SUIS BIEN EN INDE !!
J’ai dormi toute la journée, dans les avions, les aérogares, je dois avoir 39° de fièvre, je lutte pour tenir debout. Heureusement je sais que Pradeep (le chauffeur de Jacques et Rowena) m’attend quelque part par là.
Ah ! contrôle d’identité, il faut faire la queue (environ une demi heure), j’ai déjà une heure de retard, m’aura-t-il attendu ?
Je suis la foule sans me poser de question, ce qui m’amène tout droit vers les tapis à bagages (encore 20 bonnes minutes d’attente). Maintenant il faut trouver la sortie, mais surtout « ne jamais avoir l’air perdue », je me souviens des conseils d’amis.
Si bien que, ne me permettant pas la moindre hésitation, je passe devant la sortie sans la voir et me retrouve à faire un nouveau contrôle de bagages. Cette fois j’ai repéré le panneau « Exit », vers lequel je me dirige, toujours « sans hésitation » ! Ca y est je suis sortie. Sortie des murs. Je suis blanche, je n’en vois pas d’autre autour de moi. Pourtant quel monde ! Il y a un monde fou, agglutiné à des barrières un peu surélevées. Je passe là, petite blanche malade avec mon chariot et mon sac à dos. Il y a facilement 800 personnes, et sûrement 792 hommes. Ils ont tous un écriteau dans les mains, beaucoup de noms sont en sanscrit*, d’autre en alphabet arabe, et quelque part le mien. Je cherche, parmi tous ces regards interrogateurs auxquels je ne porte pas vraiment attention mais que je sens sur moi. Ca y est, je l’ai vu ! Il est encore là ! Je lève un bras enthousiaste en signe de reconnaissance. Pradeep est sans doute aussi heureux que moi parce qu’il m’attend depuis 2 heures et qu’il est 2 heure du mat’. Quelle chance j’ai !
Nous montons dans la voiture, mais un bus s’est garé devant nous, et nous empêche de sortir. Pradeep n’est ni surpris ni énervé, bien que sûrement fatigué. Après quelques minutes nous pouvons sortir.

Me voilà sur les routes indiennes. On m’en avait parlé, mais la surprise reste entière : le premier qui klaxonne a la priorité, on double à droite, à gauche, sans lumières, on ne respecte ni les feux, ni les priorités. Une jungle dont on a intérêt à connaître les règles, mais le tout dans un calme surréaliste. Après une demi heure de « rodéo » nous voilà chez Jacques et Rowena. Il doit être 3 heures du matin, je bois un thé avec Jacques qui m’a gentiment attendue et accueillie.
Voilà ma chambre, mon lit, je rêve de lui depuis hier matin. Je me couche aussitôt et m’endors aussi vite.

Je me réveille avec l’impression d’avoir beaucoup dormi. Je regarde l’heure : 8h. Quelle horreur, j’ai dormi toute la journée, ça se fait pas ! Je me lève, il n’y a personne. Je bois un jus de fruits, je commence à m’interroger, avant de comprendre qu’il est en fait que 8 h du mat’ et que tout le monde dort. Je remonte en faire autant. Quand je me lève vers 10h30, je rencontre la dame de maison. Elle est adorable et me sert des fruits frais et du jus de fruits, ce qui me ravie. Mais je ne tiens toujours pas debout plus d’une minute. Je rencontre Rowena, également très accueillante. En voyant mon état elle me conseille de retourner au lit. J’ai dormi jusqu’au soir. Jacques est venue me réveiller vers 21h. C’est pas exactement comme ça que j’imaginais ma première journée en Inde. Heureusement que je suis arrivée chez eux. Jacques va essayer de modifier mon départ pour Katmandu parce que j’ai peur de ne pas être d’attaque jeudi.
Je me régale de chiccos, fruit dont le goût se rapproche de celui de la banane et de la poire mélangées, bien sucré, et pas cher du tout.

Mercredi 3 décembre.

Ma première sortie dans la rue. Je ne suis pas allée bien loin : juste dans le quartier autour de chez Rowena et Jacques.
Quelle drôle de sensation d’être l’étrangère. Chaque personne que j’ai croisée s’est retournée sur mon passage. Seules quelques femmes m’ont saluée, mais il y en a eu peu. Je m’apprêtais à rentrer quand une jeune fille me fait signe de venir avec elle et sa copine. Elle me dit que sa sœur connaît Rowena, et m’emmène chez elle à 2 pas de là. Je rentre en fait dans le salon de cosmétique de sa sœur. Nous échangeons quelques mots. Elle espérait sans doute me maquiller ou me faire les ongles, mais je n’avais pas pris d’argent et je crois qu’elles n’ont pas compris, ou qu’elles ne m’ont pas cru. Une fois qu’il était évident que je ne me ferai pas maquiller, elles m’ont gentiment remerciée et raccompagnée. Première expérience étrange.
Dans les rues, j’ai croisé 4 vaches, 15 rickshaws.

Le soir
Je repense à ces filles que j’ai rencontrées tout à l’heure. L’une d’elles avait le visage brûlé.
J’ai senti qu’il y avait entre nous un fossé énorme, je me sentais comme une petite fille qui ne sait pas, qui se retrouve dans une nouvelle situation et ne sait pas quelle attitude adopter, se sent gourde et empreintée.
Je ne voulais pas me faire maquiller, elles me trouvaient « pas normale ». Les indiennes sont très coquettes.
On avait toutes les 3 à peu près le même âge. L’une de leur première question portait sur le mariage. C’est la plus bavarde des 2 qui m’a demandé si je l’étais. A mon tour je lui ai posé la question, et elle m’a répondu avec une certaine de fierté : « I’m unmarried ». Puis j’ai posé la question à la seconde (celle qui a le visage brûlé), et c’est sa sœur qui m’a répondu par une autre question.
A-t-elle été immolée, vit-elle cachée ? C’est tout à fait possible. Comme il est tout à fait possible que je me trompe complètement.

Par ailleurs, je suis toujours malade, j’ai une infection ORL tenace et douloureuse. Jacques a modifié mon billet pour Katmandu à lundi.

Jeudi 4 décembre

Première expédition en rickshaw. Les gens ne me voient pas et je vois tout…et c’est beau. Les gens sont magnifiques, l’atmosphère est inexplicablement enivrante.
C’est sale, pollué, bruyant, pauvre, poussiéreux, mais c’est magnifique. Est-ce la lumière, les couleurs, ou alors cette dignité, cette grâce, dans leurs regards, dans leurs gestes. Ils semblent durs et doux à la fois, tristes et forts.
Spectatrice, mes yeux étaient pleins de larmes, mais ces larmes n’avaient rien à voir avec la pitié ou la peine, seulement l’émotion de voir tant de beauté là où on ne l’attend pas, dans la misère.

L’après-midi je suis allée faire un marché avec Rowena et Pradeep. Mais les balades en 4X4 me mettent profondément mal à l’aise.
Nous avons fait quelques bazars, mais c’est dur car les vendeurs sont racoleurs, il faut tout négocier. Ca fourmille, c’est très bruyant. Je suis rentrée épuisée.


Vendredi 5 décembre

Je suis restée à la maison toute la journée car Jacques devait avoir l’après-midi et on avait prévu d’aller se balader tous les 3. Finalement il a été rappelé à son boulot, du coup c’était trop tard pour bouger toute seule.
Ca m’a permis de finir de récupérer toutes mes forces.

Samedi 6 décembre

Je commence à ne plus me sentir à ma place. Jacques et Rowena sont toujours adorables, mais leur mode de vie ne me convient pas. Aujourd’hui nous sommes allés, avec une amie à eux à Delhi. C’est une jeune zambienne, mariée à un diplomate français ici à Delhi et je me suis vraiment sentie intruse toute la journée, c’était uniquement de ma part, mais il est vrai que 4X4, magasins de bijoux et restaurants m’ont plus déprimée que réjouie. Je ne critique pas, chacun ses envies, mais celle-ci ne sont pas les miennes.
Il me tarde de prendre l’avion pour Katmandu et vivre mon voyage comme je l’entends. Lundi, c’est bientôt…

Dimanche 7 décembre

Aujourd’hui Jacques et Rowena m’ont amené dans une Foire aux Ambassades : la réunion du gratin importé de Delhi. Je n’ai pas compris ce que je faisais là. Le soir nous sommes allés manger chez des amis à eux qui ont une maison dans la banlieue de Delhi, une magnifique maison avec piscine et jardin luxuriant. Tout le monde a été très accueillant et aimable avec moi, mais je n’avais qu’une hâte : m’enfuir.
J’aurais aimé visiter un peu plus Delhi. En même temps j’ai vécu là une expérience qui ne se représentera certainement pas de si tôt. Il faut le prendre comme une expérience différente. Mais j’ai la sensation d’avoir perdu mon élan, mon enthousiasme. Ca devrait aller mieux demain.
Les gens chez qui nous étions ce soir m’ont sorti des trucs du genre : « Ici on existe, on ne pourrait pas revenir à une vie de petites gens (en France). » « Ah, tu ne bois pas d’alcool, nous les premiers temps on ne trouvait que ça à faire. »
Nous avons mangé des pâtes au Roquefort et bu du Beaujolais.
Le repas était triste et ennuyeux. Nous sommes parti vers 19h, les chauffeurs nous attendaient dehors, le gardien du parc nous a ouvert la grille… C’était dimanche aujourd’hui, et d’après mes hôtes « les chauffeurs qui râlent sont vraiment des fainéants, alors qu’ils pourraient être reconnaissants. »

Mardi 9 décembre

Je suis à Katmandu depuis hier soir. J’avais mon billet avec la réputée Royal Nepal Airline bien connue pour ses retards quasi systématiques, voir ses annulations.
Donc avec mes 3h de retard, finalement j’étais chanceuse. La seule chose qui me soucis c’est que mon arrivée prévue à 22h se retrouve décalée à 1h du mat, et pour trouver un hôtel, c’est pas pareil. Alors quand j’ai repéré un voyageur « en sac à dos », je lui ai demandé ce qu’il avait prévu pour l’arrivée…
Chance pour moi, Pett connaît bien Katmandu, il a même une chambre dans le quartier de Thamel. Nous prenons un taxi ensemble jusqu’à cet hôtel. Malheureusement il est trop tard, c’est fermé, et personne ne nous entend. Juste en face il y a un autre hôtel, là on voit de la lumière, on trouve une chambre.
Le lendemain Pett m’emmène déjeuner sur les toits, dans un café où il a ses petites habitudes. Thamel est plein de touristes et de lieux très occidentalisés pour les recevoir. En même temps, dès qu’on sort un peu de ce quartier, on tombe sur des dizaines de temples bouddhistes.
Je choisi de prendre une chambre dans le quartier de Freack Street, un peu à l’écart de l’agitation de Thamel. Je vais à une adresse que Lise m’avait conseillée : Annapurna Lodge. C’est plutôt agréable. Je paie 250 roupies pour une chambre avec salle de bain et balcon, donnant sur une cours.
Je suis complètement assommée par les racoleurs permanents de cette ville que j’imaginais douce et accueillante. Je ne vois que des rues commerçantes, des magasins, des accès payants, des véhicules bruyants et polluants. Je vais essayer de m’habituer, mais pour l’instant c’est un peu dur. J’écris à ma famille que tout va bien, c’est d’ailleurs vrai mais…

Plus tard…
Je me suis forcée à sortir, à me balader. Tous les 2 mètres je réponds « No, thank you », après 1 heure de balade je rentre pour pleurer un coup dans ma chambre pour affronter demain pleine d’espoir et de courage. Mais avant même d’arriver à mon hôtel, un petit bonhomme m’interpelle. Je m’apprête à lui sortir mon soixantième « No, thank you », mais en fait il ne veut rien me vendre. Il a juste un sacré bagout, apparemment quelques amis européens et envie de discuter. Il ne veut pas d’argent, c’est même lui qui m’offre un thé. Toute seule je n’avais même pas osé m’acheter à manger, ni à boire. Avec lui, tout d’un coup tout semble simple.
Il a un sourire d’enfant. Il connaît l’histoire des temples par cœur, l’histoire de son pays et de la religion. Il me fait visiter les temples, m’explique plein de choses, je revis.
Il est guide de montagne, me montre les photos de ses trecks avec des voyageurs, sa carte de guide…
Je me dis qu’il espère forcement quelque chose de moi. J’écris ça, en même temps je ne le crois pas au fond de moi, j’aimerais croire qu’il veut juste être mon ami.
De toutes façons, même s’il est intéressé, moi aussi en quelques sortes : il y a pas 2 heures j’allais rentrer pour pleurer, maintenant je rentre toute contente de savoir que demain un népalais me fait visiter la ville de Katmandu.
J’espère que je ne serai pas trop déçue.

Mercredi 10 décembre

Eh ben tes espérances : au panier, et la réalité : dans ta face ma poule ! C’est un peu le résumé de cette journée.
Le petit guide qui semblait innocent n’est pas une mauvaise personne, mais il est loin d’être innocent. Je m’explique.
Nous avions rendez-vous à 10h30 ce matin. C’est l’heure à laquelle nous commençons donc à visiter la ville. Après quelques minutes, j’ai un flash qui me fait lui demandé si il considère qu’il est en train de travailler, ou si il fait bien ça pour le plaisir. Après une hésitation qui aurait du me paraître significative, il me répond qu’il a plaisir à passer du temps avec moi, qu’il n’attend pas de rémunération, qu’il voudrait qu’on soit amis. Cette réponse me convient et nous continuons notre visite.
Un instant après, il me propose de quitter le bruit et la pollution pour aller marcher sur une petite montagne voisine, d’où la vue sur Katmandu est superbe. C’est parti. Nous prenons un rickshaw pour atteindre le bas de la montagne, et là nous entamons une montée à abrupte dans une jolie forêt. Je le sens de plus en plus affectueux, il essaie de me prendre la main. Je lui explique calmement que je ne veux pas de ça, qu’il n’y a rien de cet ordre là entre nous. Il me dit okey, qu’il comprend. Quand nous arrivons en haut, il me fait presque une déclaration d’amour, essaie de se blottir dans mes bras, m’offre un collier en gage de notre amitié. Il me dit comprendre, que c’est juste de la tendresse amicale, je suis obligée de parlementer tout le reste du trajet. Cette balade aurait pu être très bien, parce qu’en effet le lieu était magnifique, il y avait même un temple tout en haut, une tour d’observation, des vues sur Katmandu d’un côté, sur les chaînes de l’Himalaya de l’autre.
Sur le chemin du retour il est passé à la phase qui se voulait culpabilisante, en me disant qu’il se voyait déjà avec moi au Kérala, qu’il n’avait jamais vu la mer…Je lui expliquais alors pour la treizième fois qu’il n’a jamais été question de ça…Il a ensuite alterné entre me faire la gueule et me supplier d’être son amie, de revenir le voir demain. Une fois de retour à Katmandu, il me demande 500 roupies pour m’avoir servi de guide. Je lui ai donné ses sous mais lui ai dit qu’il ne me reverrait pas. Je vais essayer de rester positive, de prendre ça comme une expérience dont il faut que je tire une leçon.
Lui, c’était Pratap.

Jeudi 11 décembre

Je suis partie pour suivre une promenade proposée par le Lonely Planet qui permet de faire un peu le tour de la ville. Je me suis perdue au premier croisement. Mais c’était pas grave, j’étais dans le quartier commerçant (Thamel), et j’en ai profité pour faire mes achats de Noël pour ma petite famille en France.
Je suis rentrée dans une boutique de tentures, châles, tapis du Cachemire. J’ai discuté un long moment avec le vendeur qui était plutôt sympa. Voyant arriver l’heure du repas de midi, il me propose de manger là avec lui et ses frères qui tiennent les boutiques voisines. Nous mangeons à l’entrée du magasin, sur un tapis, en tailleur. Ils ont des gamelles de riz et sauce aux pommes de terre et oignons. Je me régale, de plus ils m’apprennent à faire des boulettes en mangeant avec les doigts. J’ai même droit à un thé.
Puis on fini par passer l’après midi à discuter dans la boutique. Il n’a eu aucun comportement déplacé, mais j’ai sentie que son discours devenait déplacé, qu’il me posait des questions trop intimes pour une conversation homme-femme au Népal. Je trouve que je ne sais pas gérer ces relations ici, je suis dégoûtée. Déjà que je trouve ça compliqué en France, alors ici, il y a en plus le fait d’être européenne, femme européenne, seule, ça laisse envisager le pire…ou le meilleur ! Lui, c’était Niyaz.

Vendredi 12 décembre

Direction Patan, pour passer la journée. A peine arrivée là-bas, je m’achète une bague : désormais je suis mariée, et mon mari vient me rejoindre dans une semaine.
Je déambule au hasard des ruelles. Des ateliers d’artisans, qui travaillent le bois, la pierre, le cuir, c’est passionnant à regarder. Tout est ouvert, ils travaillent tous à même le sol, à croupi ou en tailleur.
Plus loin je m’assieds sur une place de marché. Chacun vit à son rythme. Les hommes vendent des appareils électroniques, des réveils, des piles. Certaines femmes vendent les fruits et légumes prêt de la fontaine où d’autres lavent le linge, et toujours des temples, où que je sois. Des enfants viennent me parler, ils sont fiers de parler anglais, c’est le contact que je préfère ici, celui des enfants simplement curieux. Je reste là un petit moment, puis repars vers la place principale (Durbar Square) pour admirer la multitude de temples concentrés là. Je me sens bien, c’est la première fois que je me sens bien. Je vis à mon rythme, je lis mon guide qui me raconte l’histoire des temples…des enfants viennent me parler, il fait soleil…Immanquablement un jeune guide arrive, je lui dis d’emblée que je ne veux pas de guide, on passe quand même un agréable moment à discuter. Puis il me laisse. Arrive Bam. Il n’est pas guide, me propose de me montrer le Golden Temple, en retrait de la place. Finalement il me fait visiter toute la ville. Il est très respectueux, connaît beaucoup de choses. Il m’emmène sur les bords du Bagmati car selon lui il doit y avoir une crémation : nous avons croisé des hommes porter des jarres d’eau sur leur tête et de l’eau coule dans les rigoles depuis le haut du village. En effet, il y a 2 crémations. Les familles sont autour, les femmes d’un côté, éloignées, les hommes devant. Personne ne pleure, même s’il se dégage une atmosphère plutôt triste. Ils sont fatigués car ne doivent pas partir tant que la crémation n’est pas complète, ce qui prend une dizaine d’heures.
Nous continuons notre marche le long du fleuve, des enfants nous interpellent et nous suivent. Nous arrivons, tous ensemble, dans un temple. De nombreuses familles vivent ici, c’est un logement gratuit pour les plus démunis. Les femmes se lavent mutuellement les cheveux, les enfants jouent, les hommes font la sieste au soleil, prient ou discutent. On me salue poliment. Nous passons ensuite devant les bains publics, qui sont dans une sorte de bassin sans eau, au centre d’une place. Là encore les femmes sont d’un côté, les hommes de l’autre. Sur la place, il y a aussi un charmeur de serpents. Ce village est plein de vie. Maintenant Bam m’emmène manger dans sa « cantine » quotidienne et favorite : un petit bouïbouï derrière un rideau graisseux, qui sert de la cuisine « newar », minorité dont Bam fait partie. Les mouches collent aux tables. Le sol de terre battue abrite divers insectes, mais l’accueil est chaleureux, familial, la télé diffuse une production bhollywoodienne qui ravie tout le monde et on mange bien pour trois fois rien selon Bam. Je suis contente d’être là avec lui. La cuisine est très épicée, mais en effet très bonne. Ils insistent pour me faire goûter une bière newar « juste un peu »…en fait c’est du riz fermenté, c’est pas trop mauvais, mais la suite me fera regretter cette curiosité !!
Nous continuons la visite par celle d’un temple bouddhiste, dans une petite cours. C’est très beau, quelques personnes travaillent ici aussi. Nous rentrons chez un vieux bonhomme qui travaille avec sa femme, ils fabriquent des statuettes en bronze et le fameux jeu du Bagh Chal. Très populaire, ce jeu est pratiqué par les hommes et les enfants, à même le sol, avec des cailloux, ou sur des planches de bois. Ici, et dans d’autres lieux pour touristes, il se vend avec de jolies figurines sur une plaque, le tout finement sculpté dans le bronze. Ils les vendent plus cher qu’ailleurs, mais je suis heureuse de leur donner cet argent, je trouve que leur travail est beau, on croirait que sa boutique n’a pas été visitée depuis des années : les statuettes dorment sous la poussières, d’ailleurs quand on arrive il est en haut dans son atelier. Nous entrons en nous déchaussons bien sûr, il me montre ses travaux en cours, il travaillent au sol. Nous descendons dans la « boutique abandonnée ». Il sort ses plus belles pièces, du fond des placards. Là, ils me font, avec Bam, une démonstration de ce fameux jeu. Le vieux bonhomme est imbattable paraît-il. En effet, il gagne Bam à plate couture, ils sont tous les 2 comme des gosses, s’amusent et rient.
En sortant, direction cinéma. Bam m’invite : son cousin travaille ici, nous ne faisons même pas le queue avec la foule qui attend dehors ! Bhollywood dans toute sa splendeur, on rit, on pleur, on chante, tout le monde reprend les chansons de cette comédie dramatico musicale, commente les agissements des héros amoureux et déchirés…Après 3 heures de film, il fait nuit, et je ne suis pas rassurée de rentrée jusqu’à Katmandu. Bam me met gentiment dans un taxi. Il aura été super jusqu’au bout. Mais je n’imagine pas la nuit qui m’attend. Il semblerait que je ne supporte pas le ferment de riz !!! J’ai les douleurs d’estomac les plus violentes que je n’ai jamais eu. Je passerai 24 heures comme ça, dans mon lit, à me tordre de douleurs, dormir, vomir…Qu’il est difficile d’être seule quand on est malade. J’ai envie d’être en France, je rêve d’ailleurs que j’y suis. Je pense déjà en anglais, même quand je suis seule, mais je rêve toujours de mon monde en France, ce qui me fait penser que je ne suis pas encore tout à fait ici.

Dimanche 14 décembre

Heureusement je me réveille sans douleurs, c’est très agréable !
Je descends déjeuner, et là, je rencontre Mike. Il est hollandais, ça fait 3 mois qu’il est au Népal et rentre dans 5 jours. On s’entend super bien, on a plein de choses en commun, plein de choses à se dire. Il a eu les mêmes difficultés que moi au début dans les relations, les mêmes envies de rentrer chez lui, le même sentiment de ne pas être tout à fait là. Mais il est très positif, heureux de son voyage, fort de son expérience. On se sent proches, mais il n’y a rien de l’ordre de la séduction, ça me réconforte beaucoup. On parle de nos histoires de cœur, lui étant très amoureux, nous avons encore beaucoup de choses à nous dire. Il m’a emmenée à Buddha, lieu saint où il y a un stupa géant, d’où l’on a une formidable vue sur le soleil se couchant derrière l’Himalaya.

Lundi 15 décembre

Et un jour de plus malade, au lit. Bon début. J’ai dû prendre trop de médocs contre la diarrhée, je me retrouve bloquée de l’intestin, j’ai mal. ! AÏE !!

Mardi 16 décembre

Je commence vraiment à me sentir bien. Aujourd’hui j’ai fait du shopping parce que j’ai décidé d’aller marcher dans ces belles montagnes, et je n’ai rien de chaud. C’est un sport épuisant ici le shopping, encore plus ici qu’ailleurs, car il faut tout marchander, ce qui pour moi n’est vraiment pas facile, mais me force à m’affirmer un peu. J’ai même plus peur de rentrer dans un magasin et de devoir ressortir avec le total du stock, je me laisse plus faire !
Je me sens plus là, je commence à planifier un peu mon séjour au Népal, et il me semble maintenant que ça va passer trop vite !


Mercredi 17 décembre

Adieu Mike, j’espère que tu viendras me voir à Toulouse.
Bus local pour Bhaktapur, plutôt pittoresque.
Bhaktapur : village de potiers, irréel, hors du temps. La place des potiers semble nous replonger quelques siècles en arrière, quand l’homme était encore la seule machine à moteur !
Les maisons sont de briques rouges. Le soleil cogne sur les façades. Un homme fabrique des dizaines et dizaines de petits pots de terre, tous identiques. Des femmes ramassent de la paille, en font des bottes et mettent les pots de terre à sécher dessus, au soleil. Il y a des centaines de petits pots qui sèchent. J’apprendrai plus tard que ces pots sont à usage unique, ils sont cassés après utilisation, d’où l’utilité d’en fabriquer en si grand nombre.
Les vaches, les chiens, les poules et les enfants peuplent les ruelles étroites de ce village labyrinthe. La vie bat son plein.
Malheureusement il y a aussi ces jeunes guides qui recherchent leur prochain gain, le prochain petit blanc à entourlouper. Ca me fatigue sincèrement. En plus la vie est bien plus chère qu’à Katmandu, et la mendicité des enfants déconcertante.
Je me laisse la journée de demain pour découvrir les lieux et continuer mon chemin.

Vendredi 19 décembre

Hier matin j’ai rencontré Françoise dans mon hôtel. On a passé le journée ensemble à Bhaktapur, et partagé les frais de notre chambre d’hôtel. Du coup, on a pris aujourd’hui ensemble un bus pour Nagarkot. Le bus était tellement bondé qu’on a voyagé sur le toit. On en a pris plein les yeux ! De petits villages en collines verdoyantes.
A l’arrivée, nous avons du nous frayer un chemin parmi les nombreux rabatteurs qui attendaient la venue des touristes. Nous avons choisi de suivre le chemin où personne ne voulait nous emmener, certaine d’y dénicher un petit hôtel isolé, méconnu, à prix modique, oublié de tous les guides. Evidement ce chemin ne menait nulle part. Nous avons du faire demi-tour, repasser devant tous les rabatteurs qui ne nous ont pas ratées, c’était pas faute de nous avoir prévenues. On n’avait écouté personne, et d’ailleurs on continuait. Finalement, après plusieurs kilomètres avec nos chers sacs à dos, on a trouvé un petit hôtel en bambou, dont notre chambre est le premier et dernier étage. Nos matelas sont posés à même le sol, c’est tout simple et très accueillant, comme tout les hommes qui tiennent cette maison. Notre chambre est entourée de fenêtres, celles-ci donnant directement sur la merveilleuse chaîne himalayenne. Nous prenons tous nos repas face à elle, nos hôtes sont des sherpas* chaleureux et calmes.
Le soleil se lève et se couche à chaque extrémité de la chaîne montagneuse, nous réchauffe jusqu’au soir, les aigles planent au dessus de nos têtes, et j’ai déjà presque oublié l’agitation des villes. Je ne voulais rester qu’une nuit à Nagarkot, maintenant je veux rester aussi longtemps que le cœur m’en dira.
Quel bonheur d’avoir quitter les villes !

Dimanche 21 décembre

Je suis toujours à Nagarkot avec Françoise. Cet endroit est hypnotisant. Nous vivons sur le flanc de la montagne. Je suis assise face à l’immensité. Juste au dessous de moi, un petit chalet branlant fait grincer son toit de tôles au gré du vent. Un épineux lui fait de l’ombre une bonne partie de la journée. Des drapeaux de prière s’agitent et font qu’ici tout semble mystique. En parcourant le flanc de la colline, des petits chemins. Ils sont le lien qui unis les habitants des hameaux cachés dans l’ombre de la vallée, aux routes principales, ou l’on trouve bus, nourritures ou potentiels acheteurs. Chaque jour, ces villageois arpentent la montagne, chargés de diverses denrées (récoltes, lait, linge…), sanglées à leur front et contenues dans de grandes hôtes d’osier.
En face, un autre versant de montagne, qui ne voit le soleil que quelques courtes heures par jour, sillonné de cultures en paliers, de bosquets verdoyants et de petits hameaux. Plus loin, au Nord/Ouest, se dessinent les beaux sommets enneigés. Le matin, avant 7 heures, le ciel est irréellement rose, et le soleil montre son nez derrière les dernières montagnes. Le ciel est clair, dégagé, la vallée s’illumine et prend vie. Ses habitants aussi. Les contrebas des montagnes ne sont que de vastes ombres bleues, perdues au milieu des brumes matinales. La chaîne de l’Himalaya est totalement dégagée et offre la totalité de sa grandeur. Au cours de la matinée, les brumes se lèvent pour aller, semble-t-il, s’accrocher à ses sommets, peut-être pour la préserver, jusqu’à demain, de nos regards. Pendant ce rituel céleste, le faune elle aussi se manifeste. Et durant toute la journée, corbeaux et aigles se disputent la vallée ensoleillée. Ils chassent, se chassent, planent et chantent au dessus de nos têtes fascinées qui ne trouvent plus la force de bouger de ce lieu magique. Bouger ? Pourquoi ? Tout est là.
Sur chaque versant de colline, à mes côtés, sèche le linge lavé par les femmes dans les ruisseaux.
Ce soir, mon nez écarlate se plaint dès que je ris ou fronce les sourcils contre les nuages qui glacent ma main sur cette page. Parce que si le soleil nous gratifie de quelques 20 bons degrés dans la journée, les soirées la température tombe vite. Nous sommes quand même à 2200 mètres d’altitude.

Lundi 22 décembre

Ce matin, levé 5h30 pour voir le lever du soleil de la tour d’observation à 4 kilomètres de là.
Le ciel est plein d’étoiles, la nuit noire, silencieuse et froide.
Après une petite heure de marche, le soleil a l’air prêt à sortir d’une minute à l’autre, et nous ne sommes pas arrivées. Du coup, nous stoppons là, sur une colline d’où la vue est déjà merveilleuse. L’Himalaya, face à nous, d’Est en Ouest semble si proche et tellement éloignée, inaccessible. L’Everest, le Langtang, l’Annapurna… des monts de 8000mètres, tout est coloré de rose, les sommets s’éclairent. La même vallée brumeuse, à nos pieds, d’où les reliefs tentent d’émerger, dans cette grisaille bleue et rêveuse.
Le voilà, il fait son entrée, tant attendu, jamais décevant, toujours à la hauteur, il se dessine, parfaitement rond et rose, accroché aux blancs sommets…ouahhhh !
Pour le retour, nous choisissons un sentier qui descend vers la vallée pour rejoindre Nagarkot. Nous sommes à flanc de colline, sur des petits chemins de terre. Nous croisons 4 femmes et 2 enfants. Les femmes ramassaient le bois pour la cuisson et le chauffage. Elles semblaient faire une pose dans l’herbe. Elles étaient belles et souriantes dans des tenues colorées. Elles portaient des colliers, des boucles d’oreilles, de nez. Les femmes mariées népalaises (comme les indiennes d’ailleurs) se colorent la racine des cheveux d’une grosse ligne rouge partant du front, et portent des colliers de perles rouges.
Ces femmes nous ont interpellées. Les quelques rudiments d’anglais que l’une d’elles parlait, nous ont permis d’échanger. Nous avons pu expliquer, à leur demande, d’où nous venons, que nous ne sommes pas mariées, et elles nous ont montré qu’elles trouvent nos sourcils longs et fournis. Nous avons bien ris.

Jeudi 25 décembre

Je n’ai pas écris depuis le début de la semaine, ça va être long. Lundi, nous rencontrons Jonathan, de Perpignan (je suis toujours avec Françoise). Nous avons prévu de partir le mardi matin pour Changu. Jonathan viendra avec nous. Nous passons les derniers moments au Sherpa Cottage, toujours super. Mardi, vers 12h, départ pour Changu, on prend un bus pour quelques kilomètres et ensuite nous finirons à pieds, les 10 petits kilomètres qu’il reste. Françoise a des photos à remettre à des gens de Changu qu’elle ne connaît pas, de la part d’un ami à elle. Photos en mains, nous parcourons le village, à la recherche de ces inconnus. Vu la taille du village, il n’a pas été difficile de retrouver Krishna qui conduit dans la maison familiale de son ami Anoz. Là, nous sommes reçues (Jonathan est reparti sur Katmandu) comme des princesses dans cette cabane de planches au sol en terre battue. Dal Bat maison de la Maman, chambre privée. Ils sont absolument adorables et accueillants. J’ai des scrupules à être reçue de la sorte par des gens qui vivent si modestement. Anoz est extrêmement cultivé, il semble doux et intelligent. Nous prévoyons de partir ensemble en treck la semaine prochaine dans le Langtang. Il a été guide dans une agence de trecks à Katmandu et a arrêté pour monter sa petite boutique de souvenirs dans Changu, avec Krishna. Il n’a pas envie de voyager en Europe, comme Krishna pour tenter leur chance dans le commerce, il est trop heureux de sa vie dans le merveilleux petit village qu’est Changu. Au combien je le comprends ! Il fini de construire sa petite maison, non loin de celle de ses parents.
Mercredi matin, Françoise et moi prenons la route pour Katmandu après le Dal Bat matinal et familial. Le soir du 24 décembre, nous allons au resto : Jonathan, Françoise et son amie et hôte Alka, et moi. On s’est offert un beau resto indien de Thamel.
Le lendemain, (aujourd’hui), nous nous retrouvons tous chez Alka pour faire, à elle et sa famille un repas français. Avec Françoise nous faisons les courses et cuisinons des pâtes aux multiples sauces de légumes (pas facile de cuisiner français au Népal), mais c’était bon, tout le monde a aimé.
Encore une bien agréable soirée.

Vendredi 26 décembre

Journée shopping souvenirs pour Françoise qui décolle demain pour la Belgique.

Samedi 27 décembre

Drôle de journée, plutôt déprime. Je suis allée à Kirtipur ce matin, je voulais descendre ensuite les gorges de Chobar. J’étais très lasse, je ressentais une grande fatigue. J’ai rencontré en route vers les gorges, un gars super collant, qui m’indiquait le chemin, mais je doutais de son sens de l’orientation. Alors, arrivée sur une route, j’ai repris le bus pour Katmandu. Je suis allée retirer des sous dans Thamel, je me sentais très seule. Niko ne m’a pas donné de nouvelles depuis 15 jours, alors que moi je lui ai écrit plusieurs mails. J’ai alors essayé de l’appeler sur le portable, je suis tombée sur le répondeur. Je me sens abandonnée, j’ai peur qu’il n’aille pas bien, je suis en colère. J’espère que j’aurai des nouvelles avant de partir en treck demain matin. D’ailleurs je pars demain et j’ai un peu peur : de ne pas être à la hauteur ; de m’être trompée sur Anoz ; d’avoir froid ; de trouver le temps long. J’ai envie de pleurer, de rentrer chez moi, mais où ça chez moi. J’ai plus d’appartement, plus de Niko, pourtant il me manque tant ! Est-ce que j’ai bien fait de le quitter ? Peut-être il m’a déjà oubliée, c’est pourquoi je n’ai pas de nouvelles. Ma famille m’a promis les photos de Noël et ne me les envoie pas. Le seul réconfort que j’ai eu depuis hier c’est Sébastien (un pote de Candice et Alex) que je ne connais presque pas mais qui m’a envoyé des mails humains et chaleureux. Le seul à me dire de lui écrire en cas de coup dure.
En plus il pleut !

1 heure plus tard
Je viens de relire mon carnet de voyage depuis mon départ, et ça m’a redonné du courage. Je me rends compte que je suis très heureuse d’être là, que j’ai déjà vécu plein de trucs supers, rencontré de belles personnes, et que ça ne fait que commencer.

Dimanche 28 décembre

J’ai eu ce matin les photos de Noël de ma famille, des mails de Niko qui m’ont fait du bien. Anoz est arrivé, toujours aussi rigolo et l’air franc, je le sens vraiment bien. Il veut me donner des cours de népalais, de bouddhisme, de méditation, ça s’annonce plutôt bien. Nous avons traversé la ville pour dormir à côté de la gare routière, car notre bus demain matin est à l’aube. Nous voilà dans une guest house miteuse et crasseuse, (je n’ose même pas mettre un orteil dans notre salle de bain, les WC j’en parle pas), mais je m’en fou. Il pleut des cordes depuis hier. J’ai une chiasse d’enfer avec nausées et bide en vrac, mais je suis contente. Anoz est parti acheter les tickets de bus, il a demandé une chambre à 2 lits, tout est ok.
On est juste à côté des chiottes, et un mec vient de vomir bruyamment, il doit faire 10 degré dans notre chambre sans fenêtre, c’est l’éclate totale. Mais vraiment ça me fait sourire. « Ah, t’as voulu l’aventure, le sac à dos, minimum de confort et tout le bordel, et ben tu vas voir ma vieille !! » me dis-je à moi-même.


Lundi 29 décembre

Après une nuit plutôt bruyante et inconfortable, lever 5h30 pour prendre le bus, direction Dunche. Heureusement mon estomac a décidé de me laisser tranquille ! Après un petit noir bien poivré dans un bouiboui du « bus park », nous trouvons notre bus et nous installons. Toute l’allée principale du bus est déjà chargée de sacs de riz de 30kg, c’est même plus la peine de penser à se lever. Au départ le bus n’est pas tout à fait plein, mais nous nous arrêtons à quelques centaines de mètres, et là, montent une vingtaine de personnes, des tibétains, très reconnaissables à leurs tenues vestimentaires. « Nous allons dans leurs montagnes, nous seront voisins pour une dizaine de jours » me dit Anoz.
Ils sont venus vendre une partie de leurs productions (lait, laine, sel, tissages de nattes…) à Katmandu et repartent aussi chargés. Le bus sent fort le lait caillé.
Nous sortons à peine de la ville, et là : premier « check point ». Les montagnes en ce moment son occupées par les maoïstes. En effet le nouveau Roi de cette monarchie parlementaire, semble être arrivé au pouvoir plutôt par puch que par voie démocratique. Des rebelles armés se regroupent et sont traqués par les autorités du gouvernement. Les chek point sont donc des points de contrôle où des militaires armés vident le bus en vue de trouver des maoïstes camouflés. Les hommes népalais descendent du bus, avec leurs sacs et son contrôlés. On les récupère un peu plus loin. Sur 9 heures de trajets, les hommes descendront et seront contrôlés une dizaine de fois, dans un calme absolu.
Sur la route, nous traversons de petits villages de montagnes magnifiques.
Le bus, qui me semblait comble dès le départ, n’a cessé de se charger tout au long du trajet. A l’arrivée, je ne comprends pas comment autant de personnes peuvent contenir dans ce bus. Femmes, enfants et vieillards sont à la même enseigne que les autres, debout ou accroupis. Il ne semble pas qu’on se lève ici pour laisser sa place. Je ne l’ai pas vu faire.
Le trajet fut très pittoresque : musique népalaise à fond, chemins de cailloux, arrêt Dal Bat à 10h30, chek point toutes les heures, routes de plus en plus impraticables en montant à cause des pluies diluviennes de la veille. Puis finalement, nous voilà rendus. Anoz m’emmène au Tibetan Mountain View Hotel, car il est un habitué ici. C’est pas cher et confortable, le contraire d’hier quoi. Nous avons rencontré 2 français de la Réunion : Anaïs et Manu, qui partiront sans doute avec nous demain.

Mardi 30 décembre

Nous partons tous les 4.
J’ai commencé à avoir des doutes sur l’honnêteté d’ Anoz (la monnaie qu’il me rend, les prix qu’il négocie en douce, la commission qu’il se prend pour faire venir Anaïs et Manu à l’hôtel, les tarifs qu’il nous traduit, il fait l’intermédiaire, un peu trop…)
J’ai pensé toute la journée à cette relation inévitable, ici (ou dans n’importe quel « pays en voie développement.
Anaïs et Manu ont l’air très chouettes. Anoz s’est trompé plusieurs fois de chemin aujourd’hui, ou en tout cas il ne connaît pas les chemins les plus courts qui sont indiqués sur les cartes (Anaïs est guide de montagne à la Réunion). Il veut que nous allions dans un hôtel, un truc impersonnel, tout clean, où on nous sollicite sur le pas de la porte. Nous décidons de faire le tour du village, et nous choisirons le seul endroit où on ne nous interpelle pas. Nous voilà chez une famille de tibétains un couple et ses 4 enfants. C’est tout simple, rien de tourism business, ça fait du bien. On est bien.
Je me sens obligée de parler à Anoz de mes tourments. Je lui dit que je veux continuer la route sans lui, que le guide ami qui sent l’entourloupe c’est pas pour moi. Dans un premier temps il me dit ok, puis m’explique qu’il va avoir des problèmes au poste d’entrée du parc si il redescend tout seul. Je ne le crois pas car on est pas passés ensemble à l’aller, on a pas déclaré voyager ensemble. Il s’énerve, presque me menace (« si j’ai des problèmes par ta faute je te retrouverai à Katmandu »). Puis après de longues tergiversations, il me dit vouloir continuer avec moi, en temps qu’ami, non payé. Nous voilà soit disant amis, je me sens très mal. Je trouve que le tourisme fait du mal à ce pays, au gens, je suis triste et en colère.
Par bonheur, nous sommes chez des gens chaleureux et accueillants. Après avoir joué dehors avec les enfants, il fait froid, le soleil se couchant, et nous allons nous réchauffer près du feu de cuisson. Dans la petite pièce au sol de terre battue qu’est la cuisine, il y a une sorte de petite cheminée très basse, fabriquée par notre hôtesse (briques recouvertes de bouses de yacks mélangées à de la terre). Un petit bois sec alimente ce feu qui ne nous enfume pas. Là nous passons quelques temps à échanger tant bien que mal, grâce aussi à notre guide interprète. Le couple qui nous accueille est marié depuis 10 ans. C’est un mariage arrangé, mais ils étaient amoureux avant. Ils ont 4 enfants, parce que les 3 premiers sont des filles !!!! Elle, est très belle, typiquement tibétaine avec de lourds cheveux noirs tressés, de gros anneaux dorés aux oreilles, une robe tablier et des baskets. Lui, toque, pantalon resserré aux chevilles, bouffant à l’entre jambe. Les 4 enfants ont les visages sales, le nez qui coule. Le plus jeune a peur des nouvelles créatures que nous sommes, les autres s’amusent bien avec nous. Nous découvrons avec bonheur le thé tibétain : beurre de yack, sel, thé, eau. Les ingrédients sont mélangés dans une sorte de shaker en bambou avec une tige de bois qui fait appel d’air et presse. Nous rabâchons « mitocha » à notre douce hôtesse rieuse. Nous assistons à la préparation du Dal Bat : cuisson des lentilles, du riz, préparation épicée des légumes …huuuuuuuum, un régale.
Après le dîner, nous montons dans nos chambres de bois, au dessus de la maison familiale. Je me fais du souci par rapport à Anoz et aux jours avenirs, mais je suis heureuse de la soirée que l’on vient de passer. Cette famille, qui nous reçoit bien sûr pour l’argent qu’on lui apporte, semble contente des échanges qu’on a pu avoir ce soir, de l’intérêt qu’on a pu porter à leur façon de vivre, de manger…

Mercredi 31 décembre

Ce matin Anoz est tout gaie, comme si rien ne s’était passé. Moi j’ai pas pensé à ses menaces, à ce que je lui reproche, et son amitié me semble sonner tellement faux…Je me dis que je vais prendre sur moi, que ça va aller.
Puis après 1 heure ou 2 de marche, je n’en peux plus. Il chantonne, me tape sur l’épaule en signe de notre amitié. Quand il me dit de sourire et d’être joyeuse j’explose et lui dis ce que je pense, et que je ne peux pas continuer avec lui. Après menaces et insultes, il s’en va. En recopiant ces passages aujourd’hui, octobre 2005, je pense que je ne comprenais pas grand-chose, j’ai imaginé qu’il faisait ce treck avec moi principalement par envie, gentillesse ??, c’est moi la coupable, coupable de naïveté et d’ignorance, je pense que son attitude est normale et ne m’aurait fait aucun mal si je n’avais pas imaginé les choses en idéalisant la vie. J’ai dû lui faire mal, mais j’espère ne pas lui avoir causé d’ennuis, je me trouve vraiment pas maligne pour le coup.
Anaïs et manu m’invitent à poursuivre avec eux, ce que j’accepte avec plaisir. La journée de marche a été dure pour moi et mon manque d’entraînement. Nous n’avons fait que monter pendant 6 ou 7 heures, j’ai très mal aux mollets !
Les paysages sont magnifiques, il y a très peu de touristes. Cette vallée, creusée par la rivière que nous longeons, ressemble à une jungle, verdoyante. Les animaux par contre restent farouches, et nous ne verront que quelques oiseaux, singes et écureuils.
Je souhaite que mes mollets et mon estomac me permettent de continuer demain. Mon sac doit faire à peine 9 kilos, mais il me semble de plus en plus lourd en fin de journée. Hier nous avions déjà monté 7 heures et 700 mètres de dénivelé, ce soir nous en serons à 1100 mètres dans la journée pour les mêmes 7 heures.
Nous voilà donc à Lama Hotel, c’est le nom du village. Nous cherchons un lieu qui ressemblerait à notre étape de la veille, mais ici les hôtels se suivent et se ressemblent, pas de petite lodge anonyme, en apparence en tout cas. Nous choisissons la plus sobre, tenue par un jeune garçon qui rigole beaucoup : Jungle View Hotel. De petites chambres de bois surplombent le restaurant, ici encore elles sont gratuites si nous mangeons là. Dans la « salle de restaurant », un énorme poil nous réchauffe, il est bienvenu. Nous nous invitons dans la cuisine pour boire notre thé. Ils ont le même poil en terre que la famille d’hier, mais ici on se tient debout devant, il est beaucoup plus haut, avec plusieurs foyers. Le jeune qui nous a accueilli est aussi le cuisinier, et nous lui commandons des dal bat, mais comme c’est le jour de l’an, on prend aussi 3 tartes aux pommes (c’est sur la carte), même si on s’attend à des trucs importés, sous vide. Il nous servira 3 gros chaussons maison aux pommes et à la cannelle, un délice.
Un homme du village arrive, c’est le voisin, qui vient se réchauffer avec un de ses 3 enfants au poil du restaurant pendant que sa femme prépare le repas. Il s’appelle Dawa. Dawa est porteur, il n’a que 26 ans, il en fait 40.
Un autre homme est arrivé, alors qu’il faisait nuit depuis environ 1 heure. Il est arrivé avec sa charge de 50kg de riz sur le dos. Sans un mot, sans un regard, il l’a déposée, et est allé à la cuisine. Après le Dal Bat, il viendra se joindre à nous, bien qu’il ne comprenne pas l’anglais. Ici tout est monté à dos d’homme, ce qui justifie le prix des denrées (environ X2 par rapport à Katmandu), par contre les chambres sont gratuites.
Finalement nous passons une bonne partie de la soirée tous ensemble à échanger sur nos langues, nos cultures, nos religions, à nous raconter des histoires, des mythes.
Je vous en rapporte 3 :
- Quand les tibétains sont venus s’installer dans ce village (qui n’en était pas encore un), le lieu n’avait pas de nom. Ils ont construit quelques maisons. Des touristes de plus en plus nombreux sont venus ici. Un premier hôtel a ouvert et il s’appelait Lama Hotel, on a donné ce nom au village.
- Nous sommes dans le Langtang. Lang signifie veau en tibétain. L’un des premiers tibétains à descendre dans cette vallée serait venu avec un veau. Ce veau serait mort au niveau du village aujourd’hui nommé Langtang. Il semble qu’on puisse voir encore aujourd’hui le dessin de l’animal gravé sur une pierre.
- Les hommes auraient piégés les yétis en jouant avec des pelotes de laine et des jarres d’eau. Sachant que les yétis les regardaient et les imiteraient, les hommes ont remplacé les pelotes par les pierres et l’eau par du poison. Les yétis se seraient donc entretués, sauf un, qui peut être court toujours.
NB : nos niveaux respectifs d’anglais laissent une part d’inexactitude certaine dans la transcription de ces histoires. Veuillez m’en excuser et/ou vous en amuser.

Vers 21heures, nous allons nous coucher, le cœur chargé de la belle énergie de cette soirée, de l’air de la montagne, et des beaux souvenirs de ce que nous avons vu aujourd’hui. Mon corps n’est pas au top de sa forme, mais « si mon esprit veut, mon corps pourra ».

Jeudi 1er janvier

Nous quittons Lama Hotel pour Langtang. Mon estomac est okey, mes jambes aussi, tout va bien.
Aujourd’hui au programme : que de la montée.

Le soir
En fait le chemin a été très agréable. La vallée s’est élargie, les monts enneigés se rapprochent de nous chaque jour. On marche chacun à son rythme, c’est bien de ne pas sentir de pression, en plus ça permet un peu de solitude, ce que j’aime bien quand je marche. Je contemple l’immensité qui m’entoure.
A partir de la demi journée, nous voilà au pays des yacks.
Notre chemin d’aujourd’hui a croisé la maisonnette d’un couple de tibétain. On y a bu un thé, un thé tibétain, plein de sel et de beurre. Du sel, qui, chaque année revient sur le dos de ce vieux bonhomme. Ce vieux bonhomme qui traverse les montagnes jusqu’au Tibet pour ramener les 60 kilos du sel qui conservera leurs aliments pendant un an.
60 kilos de sel qui graviront les montagnes sur le dos de ce petit homme de plus de 60 ans, dans ses vieux baskets. Ce petit homme qui sourit, qui rit. Qui nous montre, dans sa maisonnette en pierre, la potion qui lui tient chaud, quand l’hiver est plus rude que lui. Du riz fermenté. Un alcool de riz, celui que j’ai bu à Bhaktapur qui m’a rendu si malade.
Sa femme est là aussi, c’est elle qui surveille la cuisson du riz avant la fermentation, c’est elle aussi qui nous fait le thé. Sa mère est là aussi, elle prépare les pelotes de fil.
Anaïs a avec elle des baskets qu’elle propose au vieux bonhomme, il les essaie, il rit de tout son cœur. On est si bien.

Sur notre route de nombreux porteurs, qui, chaussés le plus souvent de tongs, portent en moyenne 60 kilos de marchandises diverses sur leur dos. Ils alimentent les villages les plus élevés.
Nous nous sommes arrêtés dans une petite ferme pour acheter du lait de yack : c’est un régal !
Puis nous nous sommes laissés alpaguer par une femme qui nous proposait une chambre avant Langtang (où nous redoutions les gros hôtels impersonnels).
Nous sommes seuls dans cette lodge spartiate mais confortable, et comme toujours chauffée à la bouse de yack.
Ce soir la demi lune éclaire les monts enneigés au Nord, à l’Est et à l’Ouest. Les étoiles scintillent dans un ciel pur. Le seul bruit alentours est celui du cours d’eau que nous suivons depuis le départ : le Langtang Kola. Nous sommes environ à 3400m, et j’ai l’impression de découvrir le Népal. J’avais des a priori sur les trecks, le sport en voyage. Je trouvais que c’était fuir les réalités du pays et ses habitants, c’est tout le contraire.

Vendredi 2 janvier

Finalement notre logeuse nous a un peu déçu. Il faut dire que jusqu’ici on a chaque fois fait des rencontres particulièrement riches.
Aujourd’hui, destination Kyagin Gumpa, la dernière étape accessible sans bivouaque, la dernière aussi accessible à cette saison où le col suivant est fermé par la neige. Anaïs et moi on n’est pas au top de notre forme. On se rend compte qu’on commence à être en haute altitude et qu’on a pas respecté les règles élémentaires comme dormir plus bas que l’altitude la plus haute atteinte dans la journée, par exemple.

La journée sera rude. On aura traîné du pied. Mais avec ce paysage grandiose, cette montagne de plus en plus belle, qui appelle on ne peut qu’avancer !
Kyagin Gumpa est un joli petit village niché au cœur de la chaîne himalayenne, avec un petit monastère perché.
Il a aussi l’unique fabrique de fromage de yack de la vallée, où nous sommes allés acheter quelques kilos de cette denrée pas tellement répandue. En plus le vendeur, qui est également le gardien de la fabrique n’a même pas essayé de nous faire un prix touriste, il nous l’a vendu au même prix qu’à nos logeuses.

Comme nous sommes arrivés de bonne heure, nous allons nous promener sur un mont voisin, pour monter plus haut que là où nous dormirons. Nous voilà donc à 4200m.
Notre lodge est tenue par une famille tibétaine polygame. Une des 2 épouses a 30 ans et 4 enfants. L’autre semble plus jeune, peut-être 20 ans et a un bébé de 9 mois. Le mari (que l’on ne verra que quelques heures en 2 jours) chasse sa femme de la chaise où elle est assise pour s’y asseoir à sa place, il lui prend le bout de chocolat qu’elle est entrain de manger pour le manger lui-même…
Ils vivent avec le frère du mari, qui lui, participe à la cuisine, à couper le bois, avec l’épouse la plus âgée, qui est la seule à faire toutes les autres tâches ménagères pour tous.
D’ailleurs le soir, au coin du poil, c’est uniquement la plus jeune qui le temps de venir échanger avec nous. Il y a aussi quelques enfants du village.
Dans nos chambres, il fait un froid incroyable, d’ailleurs eux dorment toujours autour du poil.
L’eau des toilettes, avec laquelle on s’essuie le cul est gelée, en allant me coucher je peux encore casser la glace, mais cette nuit ça ne sera plus possible, dommage ! La bouteille d’eau que j’ai dans ma chambre n’est plus qu’un gros glaçon…caille caille !!

Samedi 3 janvier

Aujourd’hui nous sommes allés nous balader sur une montagne qui part de Kyagin Gumpa. Anaïs et Manu me motivent bien pour dépasser mes limites. Je me suis arrêtée vers 4500m, j’étais, je pense au bout de capacités, sachant qu’il fallait redescendre. Puis je suis allée m’allonger dans l’herbe. Après un moment, j’ai écris : « Je suis là face à cette immensité cotonneuse, à la fois douce et agressive, attirante et effrayante. Je suis au cœur de l’Himalaya. Je me sens pleine d’amour. Je pense beaucoup à Niko, avec qui par moments je voudrais que tout soit possible. Je pense aussi à ma famille, à mes amis, aux gens que j’ai rencontrés déjà pendant ce début de voyage, tous ces gens qui me font chaud au cœur, et je pleure, je chante, je ris, je pleure et je suis bien. Le vent glacial me chante fort dans les oreilles, en plein sanglot, puis mon cœur se calme, se tait, le vent aussi. Plus un bruit. Seule la rivière au loin, très loin et le cuicui de petits oiseaux juste là, peut-être derrière ce rocher, tout proche, on dirait un nid plein d’oisillons, un appel à la vie, les larmes reviennent, je suis heureuse. Je pleure dans cette montagne qui gèle les larmes sur mes joues. Je pense au bonheur que j’aurai de retrouver les miens, de les serrer dans mes bras, et je pense combien je suis heureuse d’être là, combien je les remercie tous de m’avoir permis de vivre ça, en ne me retenant pas. C’est une journée pleine d’amour ! »
Ensuite je me sentais légère, libérée, bien. Je suis redescendue vers le village, j’ai retrouvé Anaïs et Manu.
On a passé la soirée au coin du poil, à découvrir un peu les personnalités de ces 2 femmes. La plus jeune convoite un peu tout ce que nous avons. La plus âgée, différemment, regarde le Lonely Planet sur le Népal, ce pays dont elle ne connaît rien de plus les montagnes. Elle est née à Langtang.
Une fois, elle est allée à Katmandu, mais c’était il y a longtemps…
Elle voit des photos : un lac, une barque, un éléphant. Des choses complètement irréelles dont elles ne connaît pas même le nom. Nos réalités sont tellement lointaines ! Je pense qu’on ne mesure pas l’incompréhension qui nous sépare.
Les hommes sont partis pour 4 jours. Les femmes sont seules, mais ne s’aiment pas. Leurs vies semblent tristes. La plus âgée nous dit ne pas aimer ce village, et rêver du Tibet, la terre de ses ancêtres, qu’elle n’a jamais foulée, mais qui est son échappatoire, son évasion.

Dimanche 4 Janvier

Nous sommes partis ce matin de très bonne heure de Kyagin Gumpa. Nous nous sommes arrêté pour le petit déjeuner à Langtang.
Il nous a fallu à peine une journée pour descendre ce que nous avions monté en plus de 2 jours, puisque ce soir nous dormons un peu après Lama Hotel en descendant.
Nous sommes dans une maisonnette de pierres et bois. Le ruisseau qui passe sous notre porte descend se jeter dans le Langtang Khola, que nous suivons depuis le départ.
Cette petite famille est composée d’un couple avec 4 enfants. Ils sont tous doux et souriants. Elle, nous a offert le thé, et leur petite maison isolée, en pleine forêt est charmante.
Anaïs est très chouette, elle avait dans son sac plein de trucs pour les gosses : des ballons de baudruche, de la peinture à l’eau, des cahiers d’école. Ce soir les enfants s’amusent avec la peinture et nous expliquent des choses à travers leurs dessins, faute d’avoir tous les mots pour se faire comprendre de nous.

Lundi 5 Janvier

On a fini la soirée à manger le Dhal Bhat maison avec les enfants, puis à jouer aux cartes avec eux.
Cette famille est adorable. Le Papa, ce matin, a fait un bout de chemin avec nous parce qu’il y a des travaux, plus haut dans la montagne. Une équipe d’hommes déblaye un chemin pour en faire une route, et ils jettent les pierres, qui atterrissent, parfois, sur le chemin que nous empruntons. Il suffit de crier au moment de passer, mais il faut connaître l’endroit et se faire entendre !
Nous sommes donc descendu toute la journée. Ce soir nous dormons à Shabrobeshi où nous prendrons le bus pour Katmandu demain matin à 6h.
Aujourd’hui nous avons croisé plusieurs fois le même porteur, celui du nouvel an, il fait des trajets descente-montée plusieurs fois par jour, avec ses tongues et ses 80 kilos de riz sur le dos, pendant que nous descendons laborieusement par étape avec nos chaussures de randos et nos sacs molletonnés…

Mardi 6 Janvier

Longue journée de bus. Beaux paysages. Trajet fatiguant. Je suis finalement contente de retrouver l’Annapurna Lodge de Katmandu. Je pars pour Pokhara après demain.

Mercredi 7 Janvier

Journée shopping pour les anniversaires de Niko, Maud et Malom.
J’ai passée la soirée avec David, du Ganesh restaurant. Il est français et vit au Népal depuis quelques années. Il a créé une école autofinancée par la production de café, de miel et de fruits sur le terrain de cette dernière.
Il semble triste.
C’était positif de discuter avec lui.
Je suis presque mélancolique à l’idée de quitter définitivement Katmandu.





Jeudi 8 Janvier

Je ne réalise pas qu’on est janvier, je suis en tongues et en tee-shirt, le soleil brille. Je suis dans un petit jardin, au bord du lac de Pokhara.
J’ai fait le voyage avec Anaïs et Manu. Long trajet. Départ malade de Katmandu.
Quand il a commencé à faire jour (nous étions déjà en route depuis quelques heures), nous sommes passé dans des zones très tristes, recouvertes de poussière grise, région de mineurs. Nous avons fait beaucoup d’arrêts (pipi, miam-miam, thé, marcher du chauffeur…) A chaque stop une horde de marchands en tout genre déambulait sous les fenêtres du bus : vendeurs de poissons, de fruits, de cacahuètes, de journaux. Je me suis endormie. A mon réveil, nous évoluions au cœur de cultures verdoyantes, de colza en fleur, de buffles, de poinsettias, de bananiers…Nous traversions de jolis villages de pierres, aux femmes drapées de magnifiques saris rouges, prenant le soleil sur les pas de portes, tissant, tricotant, faisant leur toilette ou celle de leur bébé. Les hommes, un peu plus loin jouent aux cartes, discutent ou rêvassent.
Les bus népalais : en plus du chauffeur il y a toujours 1 gars (parfois 2), qui, tout au long du trajet reste à la porte d’entrée du bus. Quand nous croisons un piéton sur le bord de la route, il crie notre destination, si la personne se manifeste, il crie au chauffeur de s’arrêter (quand c’est perfectionné, il a une ficelle reliée à une cloche dans la cabine du chauffeur). Ensuite il aide la personne (souvent chargée de riz, de lait…) à monter, puis toujours hors du bus, il tape sur la carrosserie pour signifier qu’on peut repartir. Au moment où le bus repart il s’accroche aux poignets extérieurs pour remonter.
Il guide également les manœuvres, quand nous croisons des camions ou des bus et que la chaussée est trop étroite. Il arrive que nous devions faire marche arrière. Une fois que nous avons assez reculé, il sifflote ce qui signifie que l’autre véhicule peut passer, ensuite il tape sur la carrosserie et là c’est nous qui repartons.
Il a aussi une sorte de klaxon, qu’il actionne quand nous doublons en plein virage, ou quand un véhicule ne se range pas pour nous laisser passer. C’est lui, également qui donne les prix et fait payer les trajets, il a souvent sa grosse liasse de vieux billets dans les mains, qu’il recompte régulièrement.

Ce soir, devant moi la montagne bleutée surplombe le lac. Bientôt elle ne sera plus qu’une ombre, sur cette étendue d’eau qui scintille encore du chaud souvenir du soleil. Quelques barques, posées là. Des grillons. Des rires d’enfants. Un monde me sépare des rues commerçantes de Katmandu, du bus, des taxis.
Je repense à mes déboires avec Anoz, avec Pratap, et je me dis que je ne reviendrai pas ici en simple touriste. Je trouve trop difficile le rapport à l’argent, le fait d’être de ne faire que passer, ne rien « construire », peut-être finalement ne rien comprendre. Ici quand je marche dans la rue il est écrit sur mon front que je suis pleine de sous, à une échelle complètement démesurée par rapport à la majorité des personnes que je croise. L’intérêt que nous pourrions porté à nos différences de rythmes, de mode de vie, est souvent occulté par l’intérêt financier, et le rapport à l’argent.
Ca n’est pas une critique que je fais, mais un constat triste et qui me ramène à une réalité que je ne voulais pas envisager avant de partir.

Vendredi 9 Janvier

Aujourd’hui j’ai commencé par vouloir découvrir le village, je suis allée sur la rue principale qui longe le lac vers le Sud. Erreur ! Encore un plan à touristes, lodges et magasins se suivent et se ressemblent. J’ai quand même mangé un Dal Bhat par là. En route j’ai rencontré un français qui vit au Népal depuis 15 ans, il est marié à une népalaise, avec qui il a un fils, et pour lui c’est toujours aussi utopique de croire en des rapports simples et désintéressés. Triste constat qui ne me remonte pas le moral.
Je remonte vers le Nord, où les lodges et les magasins se raréfient. La vue sur le lac s’ouvre, c’est très beau.
Là, je tombe sur des gamins en train de mettre le feu à la rive. Je leur fais la moral : respect de la nature et tout le touintouin. Ils essaient alors de m’apitoyer en me racontant des salades plus grosses qu’eux. Je leur dis qu’ils mentent…puis ils sont partis en me réclamant roupies et chocolat…je suis déprimée, épuisée.

Samedi 10 Janvier

Avec Anaïs et Manu nous avons loué des vélos, et nous sommes montés au-dessus de Pokhara, au pic de Saranghot, à plus de 1000m. La côte à vélo était vraiment vraiment rude. On est monté à pic pendant 2 heures. Arrivés en haut on était plutôt fiers de nous.
La vue sur le lac y est superbe, et la descente fut bien plus facile !
En revenant nous avons longé le lac vers le Nord, dans les rizières. Le soleil était sur le point de se cacher derrière les montagnes. C’est l’heure où l’eau scintille, les chevaux s’abreuvent, les barques s’échouent. C’est beau et paisible.
Maintenant j’ai plus de fesses.
Anaïs et manu repartent demain pour un treck dans l’Himalaya, moi j’au plus envie de descendre vers le Téraï.


Dimanche 11 Janvier

J’ai rencontré Jésus, un jeune espagnol qui revient de treck. Il est drôle : il parle pas un mot d’anglais, il communique ici avec les gens par gestes et onomatopées ! Nous avons beaucoup discuté, même si c’est dure de ce remettre à l’espagnol quand ça fait un mois qu’on entend parlé népalais et anglais.

Cet aprem j’ai voulu faire le tour du lac par le Nord, en fait c’est pas possible.
Je ne supporte plus les « Namasté ; how are you ? where are you going ? where do you come from ? give me sweet ; which lodge ? » On dirait qu’ils ont tous prit les mêmes cours d’arnaque, parce que si tu réponds, t’es sure que dans les 5 minutes ils te proposent trecks, lodges ou location quelconque. J’en pouvais plus, j’ai pris une barque pour aller m’isoler au milieu du lac !! Mais des jeunes sont venus jusqu’à ma barques pour me poser les mêmes questions…J’EN PLEUX PLUS !!
Je vais essayer de quitter les endroits touristiques, changer d’air, on verra.
Aujourd’hui, en réécrivant mes sentiments du moment je souris. En partant, en décembre 2003, j’étais persuadée d’être ouverte, prête à laisser mes préjugés dans l’avion. Je croyais partir vide de jugement. Ne pas être formatée, ne pas avoir d’attente particulière et donc ne pas pouvoir être déçue. En fait, quand je me relis, je m’aperçois que je voyais avec les yeux de ce qui m’a construite jusqu’ici, ce que je connaissais. Je ne voyais pas beaucoup plus loin que le bout de mon nez. Je n’étais pas prête, pas tout de suite. Des rencontres prochaines m’aideront, au cours de mon voyage, à comprendre les choses, petit à petit, même si bien sûr, je suis loin de prétendre avoir tout compris encore aujourd’hui.

Lundi 12 Janvier

J’ai passé une très bonne soirée hier avec Jésus et un ami à lui, ça m’a fait beaucoup de bien.
On a échangé nos adresses, ils m’ont offert une écharpe de prières bouddhiste, c’était important pour eux, ça m’a beaucoup touchée.
Je suis alors partie ce matin regonflée.
J’ai pris le bus pour Tansen. Petite bourgade poussiéreuse sans intérêt touristique. Quelle joie de pouvoir traverser la ville sans qu’on ne me propose rien à vendre. Par contre je suis la bête curieuse, qu’enfants et vieillard dévisagent. Les femmes m’ignorent, les hommes me regardent de loin.




Mardi 13 Janvier

Ce matin j’ai pris le bus pour Ridi Bazaar, un petit village à 2 ou 3 heures de Tansen. Le plus bel endroit que j’ai vu jusqu’à aujourd’hui au Népal. Ici se rejoignent 2 affluents du Gange.
J’ai commencé par traverser le village, où j’ai marché sous les regards très très interrogateurs et curieux.
Puis je suis arrivée sur les rives du fleuve, où je me suis assise.
J’ai contemplé la vie des villageois, rythmée par cette eau vitale et sacrée. C’était beau à pleurer.
Devant moi, 2 vieilles dames lavent leur linge. Elles rayonnent dans leurs saris rouges et fushia.
Sur l’autre rive, c’est un homme seul qui frappe ses chemises.
Au loin, retentissent les conversations de femmes qui font leur vaisselle ou leur toilette.
Puis il y a ce gosse, 6 ans peut-être, qui passe devant moi, riant de me voir assise là.
Il se déshabille complètement, se jette à l’eau, se laisse porter par le flot, repasse devant moi en courant, nu comme un vers, toujours rieur, et recommence sa descente. Il se rhabille, récupère des vêtements qu’il avait du laver avant mon arrivée et qui finissaient de sécher au soleil, et s’en va. Il faisait vraiment plaisir à voir.
Après diverses tentatives de communications gestuelles non convaincantes avec des personnes intriguées par présence, arrivent 2 jeunes filles d’une petite vingtaine d’années. L’une d’elles parle un peu anglais. Elles portent toutes les 2 de beaux saris raffinés. L’organisation de l’attroupement autour de moi ne nécessite que quelques secondes ! Je les amuse beaucoup. Je demande à la jeune fille si elle peut me conduire à un endroit où je pourrais manger. Me voilà dans une des cahutes qui longent la rive, à manger un bon dal baht, en buvant du lait chaud !!??
Puis la jeune fille qui parle anglais veut m’emmener chez elle. Je la suis, sous le regard attentif de la moitié du village.
Elle habite une belle maison de terre rouge, à plusieurs étages, plusieurs chambres, dont une qui est la sienne. La maison est richement décorée, tapis, coussins, ornements…
Nous nous asseyons sur son lit, discutons du maquillage et des bijoux que je ne porte pas, à sa surprise, elle m’explique comment porter le longui que j’ai vaguement enroulé autour de ma taille…elle s’apprête à me faire les ongles quand son père entre dans la chambre. Il semble bien peu convaincu de l’intérêt de ma visite, et me recommande de ne pas rater mon bus. Je n’use donc pas davantage de leur hospitalité. La jeune fille me reconduit jusqu’à l’arrêt de bus.
Là je bois un thé au soleil. Un homme des rares hommes (semble-t-il) qui parle anglais dans ce village vient me tenir compagnie, ce qui, une fois de plus, ne manque pas d’attirer les curieux. Ils constatent et énumèrent tous ce que je porte de népalais, ça semble leur plaire. Je monterai dans mon bus un quart d’heure plus tard sans avoir entendu les mots « roupies, school pen, ou chocolat », et ça me fait du bien. Les rires, les regards et les salutations ont remplacé les paroles. Moment simple de plaisir.
Je m’installe dans le bus. Plusieurs personnes font de même. Un gamin, quelques billets à la main, me réclame, me semble-t-il le montant du trajet. Je lui demande si c’est bien ça. Il dit oui. Je lui donne. Il recompte les 65 roupies (un peu plus d’un euro) et continue son chemin. Là, un homme à la bouille bonne et ronde lui cause en népalais, plutôt sur un ton impératif, et le gamin vient me rendre mes roupies. Merci monsieur !
Un vieil homme monte avec un enfant et me vire de mon siège. L’homme à la bouille bonne et ronde intervient de nouveau, mais le vieil était descendu quand je suis montée mais était installé là. Je ferais alors le trajet au côté de cet homme doux et serviable. Quand je le remercie, il semble ne pas vouloir de remerciements et murmure que c’est normal. Je sens qu’en effet il n’attend rien de moi, il fonctionne simplement comme ça. Nous échangerons quelques mots furtifs jusqu’à Tansen. Cette région est merveilleuse. Ici la terre est rouge, la végétation verdoyante et variée : bananiers, bambouseraies, eucalyptus, pins, rizières, poinsettias…couleurs qui s mélangent aux maisons rouges coiffées de chaume.
Les bus se dandinent sur les chemins rocailleux et poussiéreux. Tous bariolés et parfaitement inconfortables, ils semblent immortels, increvables ! On saute dans tous les sens, les reprises en côtes se font en première, et nous effleurons bus et camions, mais ça passe, ça roule, on continue !

Nuit d’insomnie, 3h45 du matin
Je me demandais à quoi servaient toutes ces nattes en osier tressé que j’ai souvent vu fabriquer dans les montagnes et les villages. Elles servent à faire sécher le grain pendant les chaudes heures ensoleillées, mais elles servent aussi à accompagner les longues après-midi de flânerie, où se sont les peaux déjà tannées qui noircissent au soleil. En cette période de relâche pour l’agriculture, tous les villages les bords des routes, sont ainsi paisiblement animés. Par groupes, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, ils discutent, siestent, jouent. Les visages sont parfois joyeux, vivants, plus fréquemment chez les enfants. Les femmes, souvent, semblent en veille, comme absentes. Elles regardent ces bus qui passent, qui soulèvent la poussière, puis s’en vont…elles y ont vu ce visage étranger à la fenêtre, qui les observait, mais leur expression n’a pas bougé. Le bus s’est éloigné, un dernier coup de klaxon retenti au loin, la poussière retombe, jusqu’au prochain bus qui passera les arracher à leur douce (ou moins douce) rêverie, qui peut-être ramènera leur enfant de l’école, de la ville, pour les vacances, ou leur mari, ou leur père ou leur frère ou voisin, parti chercher quelques denrées pour le village. Mais elles sont restées là, dans le quotidien de leur habitat, dans la simplicité d’une vie hors du temps.

Mercredi 14 Janvier

Je suis au Chitwan National Park. C’est un bel endroit. Mais j’ai failli repartir aussitôt arrivée, car j’ai découvert ici que pour aller marcher dans la jungle, il faut payer l’entrée dans la réserve naturelle et les services d’un guide (obligatoire).
Puis j’ai rencontré Charles. Il est anglais, plutôt sympa, une quarantaine d’années. Il part après demain avec une guide et me propose qu’on le prenne pour 2, ce qui coûte moins cher. Ca reste pas donné : 2000 roupies les 2 jours (40€).
Demain c’est jour de fête : Magh Sankranti. La fin des mois d’hiver est marquée par des bains rituels. La Tribeni Mela (une Mela est une foire) se tient en divers endroits du pays, dont Devghat, sur les rives de la Narayani, près de Nararayanghat, à 28 kilomètres de l’endroit où je dors. Je vais louer un vélo pour m’y rendre.

Jeudi 15 Janvier

La route en vélo était pas vraiment idéale, car surtout sur de grosses routes, où se croisent bus et camions.
Charles est venu avec moi. Nous étions vraiment les 2 seuls intrus dans cette réunion de pèlerins, bien plus absorbés par leurs rituels que par notre présence. De nombreux groupes d’hommes et de femmes, en cercles, des offrandes, des fleurs, des couleurs, des bains.
Je me suis faite tatouées les mains au henné c’est très joli.

Vendredi 16 Janvier

Départ 7h30 pour la journée jungle. J’ai super mal dormi, comme toutes les nuits où je dois me lever avec le réveil.
Nous commençons par embarquer avec nos 2 guides (ils marchent tous par paire ici, à cause des dangers de la jungle ???) sur une barque très brute : un tronc creusé. Il y beaucoup de courants, divers profondeurs.
La jungle est encore cachée derrière un épais brouillard matinal. Nous naviguons une petite heure, dans ce nuage humide et froid. Ca semble irréel, en effet nous glissons sur l’eau, sans voir à 20 mètres, il ne fait pas encore tout à fait jour, le seul bruit est celui de l’eau : les remous et la pagaie. Il fait, sombre, humide, le paysage peut sembler triste, mais pourtant c’est magique.
Nous débarquons.
Binod et Madan nous donnent les instructions en cas d’attaques…de rhinocéros, de tigre ou d’ours !! J’avais pas tout saisi, je me sens un peu inquiète d’un coup…
Nous évoluons au cœur d’une végétation tropicale, verdoyante. Nous rejoignons un chemin, sur lequel nous croisons des éléphants domestiques qui ramassent les branchages coupés.
L’un de nos guides est plus jeune que l’autre, il parle bien anglais, et parle beaucoup. L’autre est un peu plus âgé et surtout afféré à repérer les traces de passages d’animaux : oiseaux, poissons, singes rien ne lui échappe. Ils analysent et nous commentent toutes les traces de pas, les déjections : les merdes d’éléphant sont plus claires que celles de rhinocéros. Celles des ours sont pleines de vermines et fourmis non digérées, celles des tigres pleines de poils…
Nous pique-niquons au bord d’une rivière, et je vois pour la première fois un martin pêcheur, c’est splendide.
L’après-midi dans la jungle est bien calme, un peu trop. Il faudra attendre 16h pour retrouver un peu d’animation : l’heure pour les animaux d’aller s’abreuver, chacun leur tour, à la rivière. C’est Binod qui voit en premier la maman rhinocéros, sur l’autre rive avec son bébé. Puis cormorans, crocodiles, hérons, martins-pêcheurs, paons, singes, sangliers, pigeons multicolores reprennent vie avant le coucher du soleil.
Le soir nous traversons de nouveau la rivière, pour dormir dans une petite lodge, au bord de l’eau. Nous mangeons un bon dal Bath, et après les 25 kilomètres de marche d’aujourd’hui je dors comme un bébé pour attaquer les 25 de demain.

Samedi 17 Janvier

J’aime vraiment la jungle du matin, dans le brouillard. C’est très mystérieux, puis le soleil perce lentement la brume, les oiseaux commencent à chanter. Ensuite l’humidité remonte pour disparaître complètement (avec une partie du charme de cet endroit) et laisser à sa place au soleil. A partir de ce moment les animaux semblent se cacher pour faire la sieste, et j’aimerais bien en faire autant. Je me sens très lasse. Pourtant je devrais être toute excitée : on suit des traces de pattes de tigre depuis plusieurs heures, elles font 3 fois mon poing. Madan et Binod repèrent même les arbres sur lesquels le tigre aurait uriné, à hauteur de ma taille !!
Il pèse environ 250 kilos, fait 3 mètres de long avec la queue. Inutile de dire que ça me pose pas spécialement problème si je n’en vois pas ! Ça m’évitera de courir me percher dans l’arbre le plus proche, s’il ne voit pas avant et donc ne pas déjà croqué avant que j’ai trouvé où me percher !!
Ouf, nous ne verrons pas de tigre, seulement des daims, des singes, des rhinocéros. Encore 25 kilomètres aujourd’hui et le pas de nos guides me semble de plus en plus difficile à suivre, mais nous finirons par arrivée à la rivière, que nous traversons de nouveaux, à temps pour le coucher de soleil.

Dimanche 18 Janvier

Je prends ce matin le bus pour rejoindre Sunauli, ville frontière, pour passer an Inde.
En arrivant, j’ai rencontré Pappu, un jeune népalais avec un air triste. Il m’emmène manger dans son resto, ou celui d’un copain à lui, je sais pas trop. Il me parle du Népal comme j’en parlerais moi-même, avec la tristesse que je ressens au sujet des rapports touristes-argent –népalais. Beaucoup de lucidité, de simplicité. Il semble vouloir apprendre le français, je lui offre mon guide de conversation.
Il m’accompagne jusqu’au poste frontière, insiste plusieurs fois sur le fait de ne pas acheter mon billet de bus à n’importe qui, ne le prendre qu’une fois dedans…Il me dit au revoir simplement, sans attente particulière, sans gène ambiguë, sans rien d’autre qu’un au revoir à quelqu’un qu’on ne connaît guère. Merci de me laisser sur cette bonne image. Je passe donc la frontière à pied. J’attends le bus pour Bénarès, qui est dans 2 heures. Il y a, en face de l’arrêt de bus, une petite échoppe où je m’installe. Ici le sol est de terre battue, les tables plutôt crasseuses. Le père de famille prépare le thé, perché sur une dalle de terre, il est pieds nus, comme ses fils qui servent avec des rires d’enfants. Je me sens super bien là. Même si j’ai l’impression d’avoir un insecte qui me bouffe les jambes.
Je commence à faire partie du décor, on vient voir ce que j’écris, je bois thé sur thé, c’est vivant, c’est gai, bientôt le bus sera là et je partirai pour de nouvelles aventures.

Nuit de bus
J’avais lu dans les guides que les safaris à dos d’éléphants pouvaient se terminer avec des bleus, mais ils ne disaient pas qu’on pouvait aussi faire des safaris en bus de nuit ! Le tagada à la fête foraine à côté c’est de la gnognotte. Le but du jeu ici étant de garder son repas, parce qu’on s’arrête quand même toutes les 2 heures pour manger. Repos bien mérités, vous me direz pour nos corps meurtris par les bonds d’1 mètre.
Par ailleurs les petites échoppes des pauses en bus, ici comme au Népal sont bien choisies, on mange très bien pour trois sous
Le bus se vide, se remplie. Des gens dorment par terre.

Lundi 19 Janvier

Donc c'était marrant le bus, les bonds de deux mètres, impossible de dormir, OK. Mais ensuite, c'est moins drôle, le bus s'arrête, pause pipi. Comme je somnolais, je mets du temps à réaliser que je devrais en profiter. Je sors, me cache dans un coin, et entend le bus qui démarre, je me rhabille en vitesse, court dans le noir, mon pieds glisse dans un trou, un fossé où passent des égouts dégueulasse et mon genoux cogne fort contre un rebord en ciment, je suppose.
Heureusement je rattrape le bus mais mon genoux gauche me fait très très mal, les secousses du bus deviennent tout de suite vachement moins marantes!!
En arrivant, il est 5h du mat', je suis à Varanasi. Je monte dans un rickshaw qui me conduit dans un soi-disant hôpital, où on me laisse porter mes 20 kilos de sacs à dos, où on m'installe dans une pièce qui ressemble à une cuisine, pour me montrer à un gars qui est censé être docteur, me tripote le genoux, me prescrit 3 médocs et me dit de partir. Je lui dis que c'est peut-être un épanchement de synovie, qu'il vaut peut-être mieux que je ne marche pas, il me dit de partir. Je marche très difficilement, mais rejoins dehors le gars du rickshaw qui m'a attendu pour m'amener dans l'hôtel où il aura sa commission. Je le sais et insiste en lui disant que s'il ne m'amène pas au Yogi Lodge comme je le lui ai demandé, je ne le paierai pas. Nous arrivons dans des ruelles où sur un mur est indiqué Yogi Lodge, je suis rassurée, le paie et lui dis qu'il peut partir. C'est en signant le registre que je lis en haut de la page: Ganga Yogi Lodge!! Il m'a bien eu, je verrai le lendemain qu'ils ont effacé le Ganga sur le mur que j'ai vu en arrivant!! Je suis plutôt dégouttée, parce que je savais qu'il y avait des imitations du fameux Yogi Lodge et je ne voulais pas y aller. Mais il est 6h du mat, j'ai pas dormi, je peux pas marcher...
Ce matin, je me lève vers 8h, et ayant l'impression que mon genou va mieux, je décide de partir me balader sur les rives du Gange, séparées en différents Gats. Chaque gat a sa spécificité: crémation, prière, laverie... c'est très beau, et cet endroit dégage quelque chose de mystique, de très fort. C'est ce qu'on m'a raconté, parce que mon expérience n'a pas été celle-ci... En effet, le temps de marcher de mon hôtel aux gats, mon genoux ne pouvait quasi plus bouger et j'ai du m'asseoir. La douleur était telle que j'en avais les larmes aux yeux. Un indien qui passait par là me demande s'il peut m'aider. Je le supplie de m'emmener chez un bon docteur. Là il me conduit chez un médecin aveugle qui commence à me prescrire des médicaments sans même toucher mon genoux! Je lui recommande de toucher, ce qu'il fait pour me faire plaisir. Il me dit de garder le lit pour 4 jours. Quelle joie!
J'étais en train de manger sur le toit terrasse de mon "charmant" hôtel, quand un gars me présente un cahier où des personnes qu'il a massées (des femmes de toutes nationalités y sont représentées) écrivent leur satisfaction. Massage d'1h de la pointe du crâne jusqu'aux orteils, pour 150 roupies, je me dis que je mérite bien ça.
Les femmes dans le cahier se disaient satisfaites de son professionnalisme, moi après coup je me sens plutôt abusée. En fait le massage du torse a duré un peu longtemps à mon goût, je le lui ai dis et on a changé pour le dos mais après il m'a demandé à revenir sur le torse parce qu'il aimait bien ça. Là je me suis un peu énervée et lui ai dis de partir. Je me sens salie et abusée. Berk, berk. Fait chier!

Mardi 20 Janvier

Je hais cette ville. Elle pue l'arnaque, c'est horrible, je crois qu'ils mentent tous, en permanence. C'est pas possible d'avoir une info honnête et désintéressée. Quand je cherche un resto on me dit qu'il a fermé parce qu'on veut m'amener dans un autre. Et je chante "Où sont les femmes?". J'ai l'impression qu'il n'y a que des hommes dans cette ville, dans tous les hôtels, je les déteste. Je vais pour manger, j'ai pas ouvert le menu qu'ils sont déjà là pour la commande, j'ai pas fini mon assiette qu'ils sont déjà là pour me l'enlever, pourtant je suis toute seule dans cette grande pièce aveugle, à la limite de l'irréalité tellement elle est sans vie. J'ai pris un lit en dortoir, c'est glauque à mourir, je commande une salade de fruits avec yaourt, je me retrouve avec une gelée jaune et chaude et trois bouts de fruits au sirop! C'est trop la fête! En plus je dois aller acheter mon billet de train, retirer de l'argent et lire mes mails, le tout avec mon genou boiteux...je sens que ça va pas être triste.
Je sors et décide d'aller à pieds jusqu'à un centre Internet, me disant qu'il doit y en avoir partout. Erreur! J'ai marché de tous les côtés, vers des centres virtuels que l'on m'indiquait qui n'existaient plus ou peut-être n'avaient jamais existé! Tous les rickshaws m'interpellent, ils sont prêts à m'amener partout pour des sommes faramineuses, et finalement, quand je n'en peux plus et que j'en accepte un, il part dans la direction opposée à ce que je lui demande, en fait il ne parle pas anglais. Désespérée je vais à la gare, car elle est en face de moi, et mon coeur me dit que j'y trouverais une solution. J'y trouve dans un premier temps un bureau de renseignements pour touristes. Et là je rencontre mon sauveur, le gars qui tient le bureau. Après lui avoir parlé 5 secondes je me suis effondrée en larmes sur son bureau. Le pauvre gars ne comprenait rien et je ne pouvais plus parler. Je vais m'asseoir au fond de la pièce le temps de me calmer, mais je n'y arrive pas. J'ai envie de rester là, ne plus bouger et pleurer. Au bout d'un moment le gars revient me voir, très gentil, et me demande ce qui me met dans cet état, je lui explique. Il doit me trouver bien fragile, en tous cas il me dit qu'il n'y a aucun problème. Il fait venir un conducteur de rickshaw. Il lui explique où m'emmener à la banque, lui dit de m'attendre, de me ramener à la gare pour acheter mon billet, et ensuite me conduire à Internet, et même à mon hôtel ensuite si je le souhaite. En effet c'était tout simple, tout s'est déroulé aussi simplement. J'ai eu la chance de rencontrer ces hommes au bon coeur qui m'ont réconciliée avec l'Inde.
J'ai quand même peur d'avoir abusé de mon genou. Cette journée est interminable, il est à peine 16h, et mon train est dans 24h!!
Heureusement le grand hôtel où je loge a un grand jardin, dans lequel je passe la fin de journée à siroter du thé dégueulasse, lisant le Lonely Planet, qui me permet de m'imaginer sur les plages du Kerala...

Mercredi 21 Janvier

Finalement cette nuit en dortoir n'a pas été trop mal, si on tient pas compte du nombre de fois où des gars ont allumé les néons, sont venus aux toilettes pour renifler, cracher, roter, on peut dire que j'ai plutôt bien dormi! Et même jusqu'à 9h, ce qui ne m'est pas arrivé depuis longtemps. Là je bouquine dans le jardin de l'hôtel en espérant un rayon de soleil, mais surtout en attendant avec impatience l'heure de mon train.
Je m'interroge sur le voyage. J'ai l'impression que les gens qui continuent de voyager seul, comme j'en ai rencontrés, toute leur vie sont en quête permanente et vaine. Pourtant je suis la première à découvrir tout ce qu'apporte le voyage en solitaire (en ouverture, observation, écoute, attention, réflexion sur soi et ce qui nous entoure), mais j'ai l'impression qu'au bout d'un moment, si on arrive pas se créer un chez soi où on est bien, où on a envie de rentrer, où on a une vie sociale, professionnelle, familiale, amoureuse, on se perd. Je pense qu'il y a un équilibre à trouver entre la découverte du monde, la compréhension de modes de vie différents, et la construction de sa propre vie, l'acceptation SA civilisation, de SA façon de vivre, de SES choix, afin que le voyage ne soit pas une fuite, une quête permanente mais reste le moyen de s'ouvrir aux autres en sachant qui l'on est, au milieu de cette diversité. On peut s'y trouver, mais aussi s'y perdre, il me semble.
Moi ce que m'apporte le voyage pour l'instant, pour l'instant c'est tout d'abord la distance d'avec mon quotidien, pour me resituer par rapport à lui, et mieux définir ce qui compte réellement, et comment je souhaite l'envisager à long terme. Par exemple je pensais avant de partir que je pourrais avoir envie de m'installer ici, de changer de vie, cela dans l'idéalisation d'une culture que je ne connaissais pas. Aujourd'hui je sais que cette culture, bien que fascinante n'est ni pire ni meilleure que la mienne, que nous ne sommes qu'humains, et ce que je réalise par dessus tout, c'est l'importance qu'on les miens. Je sais aussi que je ne suis pas une aventurière passionnée, que je retrouverais mon chez moi avec plaisir, même si je sais que je repartirais.
Le voyage me permet aussi de rencontrer plein de gens différents, de tous horizons, avec des expériences divers, et c'est très enrichissant.
La nouveauté aussi c'est d'être face à soi même, et uniquement. Dans les bons moments, comme dans les mauvais. Apprendre à ne compter que sur soi, se fier à son intuition, ça forge parce qu'on se trompe un paquet de fois! Se retrouver face à ses incertitudes, ses craintes. Ca pousse au questionnement intérieur, et c'est bon, la remise en question. Chercher ce qui, sorti du quotidien reste constant (et donc valeur personnelle) et ce qui change (et ne faisait donc partie que d'un champ visuel établi et parfois trompeur.
Il y a aussi la liberté totale, de décision et de mouvement. Je n'est jamais connu ça de ma vie, j'ai toujours pensé en fonction des autres, voir de l'autre.
Ce qui est sure c'est que je suis centrée sur moi. Je suis ouverte à ce qui m'entoure, que je contemple, observe, essaie de comprendre, mais dans la réflexion personnelle, ce premier voyage est très égocentrique, mais je pense que c'est nécessaire.
Mon objectif maintenant est d'apprendre le DÉTACHEMENT!

2 heures plus tard...
je suis allée manger un thali dans un bouiboui en bord de route, et là il y avaient des mendiants, que je n'avais pas vus, ils étaient derrière un muret, en train de manger je ne sais quelles poubelles, et là, un des gars du resto, un beau mec, fier et souriant, l'air détaché, décontracté, dans un longui bleu à carreaux, leur donne trois ou quatre chapatis, chose à laquelle je n'aurais peut-être même pas pensé si je les avais vus. Les gens ici croient en la charité, comme me disait le pote de jésus à Pokhara : "Je crois en la charité" et je n'avais jamais vu la chose sous ce jour: y croire ou non. Je pense que je n'y croyais pas, est-ce que j'y crois aujourd'hui, peut-être. C'est quand même un sujet délicat, entretenir des gens dans la dépense du bon vouloir d'autrui ne me semble pas rendre service. Après, il faudrait être capable de distinguer les gens qui de toutes façons n'ont pas d'autre possibilité de subsistance. En sachant qu'ici les gens s'automutilent ou mutilent leurs enfants pour mendier et faire pitié.
Jusqu'ici j'ai opté pour ne pas donner, mais quelque part c'est un peu facile. " Croire en la charité", oui mais dans quelle mesure? Là je suis un peu sans réponse.

1 heure plus tard...
J'ai l'impression d'avoir oublié ce que c'est que travailler. Pourtant ça fait pas si longtemps, et c'est quelque chose que je connais plutôt bien mais dont on se désaccoutume bien facilement! Je n'en ai plus qu'un vague souvenir lointain et inconstant.
Je suis dans ce jardin depuis des heures, les aigles et les corbeaux se battent au dessus de moi, ça me rappelle Nagarjuna, et je me rends compte qu'en France on prend bien rarement le temps d'observer ce qui se passe autour de nous.
J'ai appris à apprécier de passer du temps à ne rien faire, observer et penser seulement.
C'est peut-être à force de décrire les népalais accroupis, à regarder les journées passer, à savourer la douceur du soleil quand il est là, la chaleur du feu quand vient le soir, je m'en suis peut-être imprégnée un peu...Même si je serais sans doute perdue si on me demandait de vivre à ce rythme qui n'est pas le mien.

Jeudi 22 Janvier

Mes quinze premières heures de train se sont déroulées dans la plénitude la plus totale, et ça a l'air de vouloir continuer ainsi.
J'ai trouvé ma couchette du premier coup, me suis confortablement installée en enchaînant mon sac, j'ai mangé hier soir des sortes de falafels très bonnes. Puis un petit garçon (peut-être 2 ou 3 ans) s'est amusé avec moi. On se cachait et se remontrait, ça le faisait beaucoup rire. Du coup il a voulu partager son dîner avec moi, des sortes de galettes baignées fourrées aux légumes, un régal, en échanges j'ai donné des fruits, tout le monde était content, c'était très chouette. Les parents de ce petit garçon sont jeunes, et ils ont l'air heureux, ils font vraiment plaisir à regarder! Je me suis endormie en les entendant rire à coeur joie, c'était très agréable. Il y avait aussi le bruit de la pluie battante, sur le toit du train, ça faisait longtemps, et j'adore ça! J'ai plutôt bien dormi, jusque vers 7h. On m'avait dit qu'il y avait en permanence des trucs à manger, en fait pas si souvent, mais là (9h), je viens de manger des espèces de beignets (encore, je crois qu'il n'y aura que ça), toujours aux légumes, avec une sauce douce, un peu épicée. Je ne sais pas du tout ce que je mange, mais c'est chaque fois délicieux.
Ces wagons ressemblent à des cellules, il y a des barreaux et des chaînes partout, les matelas sont des surfaces plastiques bleues, plutôt confortables, et comme je suis à la dernière couchette en haut, je suis super tranquille.

Le riz épicé de midi était également très bon, mais maintenant j'ai le nez qui coule et le feux aux joues...

Au fil des heures la température s'adoucie, on descends doucement vers le Sud...

17h
Les heures sont longues. Le temps s'écoule paisiblement. Sur la couchette d'en bas, face à moi, il y a une femme qui porte un sari rose magnifique, mais elle tient son visage voilé dès qu'il y a un homme. Elle est accompagnée de sa petite fille et d'une femme plus âgée, peut-être sa belle-mère. Un homme est avec elles aussi, il est bien plus âgé que la jeune au beau sari (quelque chose comme 40 ans d'écart), je pense que c'est son mari. De tout le trajet, je ne l'ai vue que voilée ou l'air triste. Puis il se met à pleuvoir, de plus en plus fort, et il fini par grêler, des grêlons énormes. Tout le monde s'amuse, descends des couchettes pour aller aux fenêtres, un air de fête s'empare de ce wagon jusqu'ici endormi. Et même cette femme à l'air triste rigole, elle me regarde et rit avec moi. Elle a le nez à la fenêtre, un bref moment de joie et l'homme surgit, elle se voile aussitôt, il ouvre la fenêtre (la jeune est donc trempée), il ferme le volet, et retourne à sa place. Il devait trouver insupportable de la voir rire, il fallait sans doute qu'il contrôle, qu'il domine. Maintenant son visage est caché sous ce beau voile coloré, le volet sous ses yeux l'empêche de voir le peu de lumière que lui laissait entrevoir son voile.

Seulement 19h15...
Le temps passe de moins en moins vite. Bon, je ne suis quand même pas à plaindre. J'ai encore eu un bon repas ce soir fait de sortes de galettes feuilletées frites, avec une sauce curry-patates-piments, si j'ai pas des hémorroïdes après ça! Mais super bon!
Vu que j'ai dormi toute la matinée, j'ai absolument pas sommeil.
Je suis ébahie par la beauté des femmes et leur façon de porter les artifices avec élégance et simplicité. De la tête aux pieds: troisième oeil-boucles de nez-colliers-multiples boucles d'oreilles, bagues et bracelets-ongles vernis-henné-bracelets aux deux chevilles-bagues d'orteils-vernis...
Sur leur peau, avec leurs saris colorés, c'est fin, délicat, gracieux;
Les freins de ce train sentent drôlement le chaud!

20h
J'en reviens à la belle soumise en sari rose, ou plutôt à l'homme qui l'accompagne. Il est en train de s'empifrer d'un copieux plat de riz, avec quelques sauces en assortiment que lui sert sa? mère, soeur? Pendant que la jeune femme partage une banane avec sa fille, enfermée sous son voile, parce qu'en fait c'est de cet homme là dont elle se cache, le reste du temps où il se balade dans le train elle ne se couvre pas, par contre elle guette sa venue avec une crainte apparente pour ce couvrir aussitôt lorsqu'il re-apparaît.
Ah, j'étais mauvaise langue, il leur laisse la moitié du plat à se partager.

A côté de ça, il y a la jeune mère de famille dont je parlais plus haut, celle qui riait avec son mari. Elle est étendue sur une banquette d'en bas, donc offerte à tous les regards, elle a les jambes nonchalamment écartées, dans la plus grande décontraction, son mari lui caresse les mollets découverts, elle plaisante avec les marchandes ambulantes qui passent. Le contraste est surprenant. La jeune en rose n'a pas bougé de tout le trajet, collée au coin de la fenêtre, à l'affût des va-et-vient de cet homme que je lui souhaite au mieux comme père, au pire comme mari.
Il a décidé que c'est l'heure de dormir, il lui déplie son lit, s'installe en face et rote bruyamment.

Vendredi 23 Janvier

Deuxième nuit dans le train, toujours aussi paisible. La jeune femme au sari rose était en train de se laver les dents furtivement à la fenêtre, avec ses doigts, et l'homme est arrivé, elle a stoppé aussitôt. Elle mange, dors, vit tête couverte, dans le mutisme (en sa présence uniquement).
Le trajet s'est terminé dans le calme, sans heurt ni agitation. Me voilà donc à Chennai (ou Madras), je m'attend à me faire sauter dessus, mais je descend du train, traverse la gare, le parking, on ne m'a pas encore interpellée. Je me demandais presque si je ne m'étais pas trompée, puis non, quelques mecs à rickshaws se manifestent, ils me disent que la station de bus pour Mamalapuram n'existe plus (elle était à 1km, elle serait maintenant à 15). Au début je ne les crois pas, puis comme ils me disent tous la même chose, je n'ai pas le choix, j'accepte la course à 80 roupies. La chance me sourit, quand j'arrive à la station, le temps que je trouve mon bus, il est en train de démarrer, c'est parti.
Et là je découvre le Sud, l'Inde comme je l'imaginais. Des fleurs, des fruits, des saris, des gens qui sourient, vision un peu idéaliste mais pas si loin de la réalité. Je suis collée à la fenêtre du bus (ou plus exactement à l'ouverture car il n'y a pas de vitre), et tous les gens me sourient, ce qui n'était pas le cas jusqu'ici. Je me sens exploser de bonheur, je suis bien, bien, bien...
Après une heure de route, la mer apparaît, je ne peux retenir la joie qui m'envahie, je ris toute seule, les larmes aux yeux.
J'arrive à Mamalapuram, qui m'a tout l'air d'une station balnéaire, je compare un peu les lodges du centre à 100 roupies, et on me propose une chambre chez l'habitant à 50 roupies. J'y vais et je suis bien heureuse de me retrouver là, entourée de femmes, dans cet endroit paisible où une petite chambre simple m'attend. Il y a là une jeune femme qui a l'air de s'ennuyer un peu, mais sympathique et bonne cuisinière.

Samedi 24 Janvier

Ce matin je suis allée prendre le petit déj' dans un bouiboui près de la plage. Puis je suis allée me poser sur le sable, en sirotant le lait d'une noix de coco fraîche, un délice. des touristes indiens sont arrivés en grand nombre, et ils étaient tout fou de se tremper les pieds, les hommes de se baigner, et je me suis retrouvée entourée d'indiens qui voulaient prendre une photo avec moi, c'est la première fois que ça m'arrive, c'était marrant. Ensuite je suis allée faire quelques achats, je pense pas avoir fait des affaires, mais je me suis fais plaisir. Ce soir, à la maison où je dors il y a conflit familial, c'est vraiment tendu.

Dimanche 25 Janvier

Hier soir j'ai rencontré Mia et Karolina qui sont respectivement finlandaise et allemande. Je suis allée manger avec Karolina, du bon poisson frais. C'était une agréable soirée. En rentrant, la belle-mère de la famille nous demande si on serait intéressées pour faire de la figuration le lendemain pour un film indien. On viendrait nous chercher, nous serions nourris toute la journée, et payées 500 roupies. Nous acceptons toutes les trois.
Nous sommes partis à une quinzaine de Mamalapuram, pour Chennai, où se trouvaient les studios. Nous étions tous de pays différents: Chili, Brésil, Italie, Israël, Allemagne, Finlande et France, c'était sympa. La bouffe était délicieuse, mais les attentes très longues, en plus j'étais un peu malade du bide, je me sentais très bien.

Lundi 26 Janvier

Journée pépère, à flâner sur la plage avec Mia et Karolina, à écrire des cartes postales, manger dans un sale resto à touristes dégueu, et finir par rater le plus gros du spectacle de danse. En rentrant je dis aux filles de partir devant, que je veux aller voir des sandales. Là je rencontre Christophe, il vit à Nice sur un bateau, et me fait beaucoup rire. On a plein de points communs, je me couche à 00h30, c'est la première fois que ça m'arrive depuis le début de mon voyage!


Mardi 27 Janvier

Christophe m'a emmenée aujourd'hui visiter les temples de pierres du village, car il connaissait déjà. Nous sommes quand même dans un village de tailleurs de pierres. C'est superbe: des temples sont creusés dans la roche, et à l'intérieur sont taillées de nombreuses sculptures. De plus en grimpant un peu sur les rochers, il y a des singes, et des vues splendides sur les environs: la mer, la végétation de palmiers, et beaucoup d'espaces sauvages.
Ensuite nous rejoignons Joëlle, une amie de Christophe. Elle a une cinquantaine d'année, a pris sa préretraite pour partir avec son sac à dos, on s'entend bien.

Jeudi 29 Janvier

Tous les trois on a pris nos petites habitudes: notre jus de fruits frais en apéro, avant la cantine de la station de bus, où on mange super bien pour trois fois rien, et en plus on se marre toute la journée, c'est très sympa.
Avec Joëlle nous sommes parties de bonne heure ce matin pour marcher sur la plage aux bonnes heures de la journée. Nous avons marché 7 ou 8 km, rencontré des pêcheurs qui sortaient les filets, c'était splendide.
Entre plage, balades, siestes et fous rires, la vie est belle.

Vendredi 30 Janvier

Journée de tournage. C'était sur un autre film que la dernière fois. Celui-là s'appelle Yuva (jeunesse), et les acteurs principaux sont apparemment très connus en Inde. Nous avons passé la journée dans un studio transformé en boîte de nuit, à danser à chaque "ça tourne". C'était plutôt drôle, mais il faisait environ 50 degrés dans le studio.
Le plus intéressant ça a été de passer la journée avec cette jeunesse dorée et branchée. Rien à voir avec la population que j'ai l'habitude de fréquenter. Les filles extrêmement sexy, limite vulgaires pour certaines. Les mecs, les danseurs, gonflés à la muscu, rasés sous les bras, tee-shirt en filet...
Les autres jeunes figurants indiens, à fond, qui répètent leur prestation entre deux prises alors qu'on apparaît un quart de seconde à l'écran. C'était une sacrée expérience! En plus 900 roupies, nourris, c'est toujours bon à prendre.

Samedi 31 Janvier

Journée repos pour mon genoux qui a vraiment fatigué hier. Christophe est parti cet aprèm et avec Joëlle nous sommes allées voir le spectacle de danses classiques indiennes qui malheureusement était un peu ennuyeux. Mais les costumes, la musique, et les décors étaient très beaux.

Dimanche 1 Février

Départ pour Pondichéry, en compagnie de Joëlle.
Pondichéry semble être très agréable, et très belle. C'est beaucoup plus grand que Mamalapuram, mais en même temps je préfère parce qu'on ressent moins le côté touristique.
La douceur des gens ici me surprend vraiment comparé au Népal. Qu'est-ce que je me sens bien!
J'ai marché pendant plus d'une heure toute seule en plein "bazar", et personne ne m'a sollicitée, c'est très agréable, c'était d'ailleurs pas comme ça à Mamalapuram.
Il y a un beau parc ombragé, la mer, les fleurs, les maisons coloniales. La ville semble riche, et en même temps beaucoup de gens dorment dehors, sur les trottoirs, mais je n'ai ressenti aucune agressivité.

Lundi 2 Février

Ce matin, après petit déj' français (on est quand même à Pondichéry!), nous sommes allées voir le marcher. Quelle merveille! C'est un grand marcher couvert, avec une partie poisons, une autre légumes, les deux séparées par des allées de fleurs, d'épices, de fruits secs et de sucreries.
Dans la partie poisson il se dégage une odeur très forte, la foule se bouscule, surtout les femmes, toujours aussi belles, dans leurs saris. Les étales sont extrêmement diversifiés: crustacés et poissons en tous genres. Au fond, des femmes vident et coupent, les pieds dans le jus et le sang, ça sent très fort! Les regards sont interrogateurs.
Puis nous longeons une allée de quincailleries, pour arriver aux fruits et légumes, où la coriandre, la menthe, et autres herbes aromatiques, nous transportent. Les couleurs sont incroyables, il y a une ambiance, un brouhaha, une vie, comme je n'ai vu nulle part ailleurs.
Tous mes sens sont sollicités, les gens sont souriants, s'amusent avec nous parce que nous sommes françaises, parce qu'ils aiment se voir sur l'appareil numérique de Joëlle, parce qu'ils sont simplement joviaux.
L'allée aux fleurs est une merveille, ils font des guirlandes splendides, les parfums nous enivrent! Je suis dans un état d'émerveillement total! Ouah...

Plus tard nous allons visiter un temple dédié à Shiva, une merveille de couleurs. Il est énorme, les gens sont en pleine prière matinale, mais nous pouvons visiter. Les murs et les toits sont couverts de sculptures très colorées et très kitch, mais c'est très beau.

Ensuite nous nous installons pour pique-niquer à l'ombre des vieux arbres du paisible Central Park. Nous y passons quelques heures, avant d'aller visiter la Cathédrale de l'Immaculée Conception où il est amusant de voir une none indienne qui nous accueille.
Ce soir, cinéma. Nous avons vu un film Tamul (du Tamil Nadu, nom de la région où nous sommes), en Tamul (langue de la région), non sous-titré. Le héro était un macho violent, il y avait quand même un peu d'eau de rose, pas génial, mais intéressant d'entendre le public acclamer ce héro quand il est saoul ou brutal...

Mardi 3 Février

Levée de bonne heure pour profiter des heures moins chaudes de la journée et des belles lumières. Nous allons visiter l’Ashram d’Aurobindo. Les gens se prosternent sur la tombe de ce dernier et de sa femme appelée La Mère. Les tombeaux sont recouverts de fleurs, les gens prient, méditent, c’est un havre de paix car on ne doit pas parler, il y a un jardin fleuri, mais ça fait limite secte ! Ensuite nous visitons une fabrique de papier. C’est surprenant, avec le jute, la laine, le coton, la canne à sucre, qui sont coupés, lavés, teintés, passés dans des tuyaux puis pressés par les hommes et enfin étendus et séchés, ils font toutes sortes de papiers, de différentes couleurs, épaisseurs. Ensuite nous visitons le jardin botanique, merveille de verdure, et l’église du Sacré Cœur, avec de beaux vitraux.
Demain ou après demain, je voulais aller à Auroville, mais en fait il y a eu un meurtre, apparemment, et ça resterait fermé pendant plusieurs jours, donc sans trop me sentir privée, je zappe Auroville et file demain vers le Sud, à Chidambaram. Mais on passe encore une journée à Pondy.

Mercredi 4 Février

Aujourd’hui nous avons visité encore une ou deux églises, dont une française, avec de beaux vitraux, face à la mer : Notre Dame des Anges. Aussi deux mosquées, dont une très belle. Nous avons passé un bout de temps à Central Park, à bouquiner, puis le long de la mer, et j’ai quitté Joëlle et Pondichéry vers 18h, pour Chidambaram.
Le chauffeur de bus était vraiment particulièrement taré, je suis heureuse d’être arrivée entière !
La seule chambre que j’ai pu avoir est une familiale, donc quand j’ai vu un hollandais se faire refouler à l’accueil, je lui ai proposé de prendre un de mes lits inoccupés. Après coup je me rend compte que j’avais vraiment envie d’être seule, mais bon ma générosité spontanée a pris le dessus (t’as raison ma vieille, envoi-toi des fleurs, personne ne le fera à ta place !!)
En plus je comprends pas grand-chose à ce qu’il dit, mais c’est pas grave.
Après mangé nous allons voir les temples de la ville. Par chance, ce soir se prépare la grande journée de demain, anniversaire du jour où Shiva a dansé ici. Ce soir c’est déjà très surprenant, il y a beaucoup de monde, en plein rituel. Pas mal de Brahmans sont là, ils sont torses nus, avec des chignons très haut sur la tête, en longui blanc, ils sont très beaux.
Demain, apparemment c’est la grosse procession.

Jeudi 5 Février

Je me suis levée de très bonne heure pour profiter de la matinée. Je suis allée marcher dans les alentours, en direction d’un temple dédié à Kali.
C’était génial de sortir des rues principales, très bruyantes. J’ai traversé des chemins de terre, avec des habitations de chaume et de terre. Les gens n’ont pas l’air habitués à voir des touristes, ils sont très amusés par ma présence et c’est très sympathique.
Ensuite je suis retournée au temple principal (Nataraja Temple), où se déroulait la même cérémonie que la veille. J’ai discuté avec un Brahman, qui m’a fait découvrir le temple en marchant sur les toits. C’était magnifique, le temple est énorme, avec quatre entrées, un temple principal entouré de plusieurs autres, il y a des sculptures dorées, des toits d’or…
Malheureusement j’ai senti que le gars n’était pas très clair, j’ai préféré partir. Mais c’était splendide, les indiens qui viennent à cette cérémonie sont, pour la plupart dans leurs plus belles tenues, très colorées, beaucoup de fleurs…
J’ai fini de lire « Je me suis assise au bord de la rivière Piedra et j’ai pleuré », c’est la plus belle histoire d’amour que j’ai lu. Histoire d’une évolution personnelle, humaine et généreuse. Merci Christophe de me l’avoir échangé.

Vendredi 6 Février

Je prends le bus vers 7h. Il fait déjà environ 35 degrés dans ce bus où clips vidéo et klaxons m’assourdissent. Je suis en route pour Madurai. J’ai peur que ce soit une grosse ville bruyante et polluée.
J’arrive à 17h. Je me promène autour du temple principal, mange un plat délicieux du nom de « chily paratha », je découvre des jus de sucre de canne pressé avec citron et gingembre, et la ville m’est très agréable. Les gens sont souriants, un peu racoleurs mais pas insistants. J’ai eu un plaisir fou à me balader et l’impression de connaître cette ville depuis longtemps tellement j’y suis alaise !

Samedi 7 Février

Première impression confirmée. Pour une grosse ville bruyante, Madurai reste un lieu où il fait bon vivre. A 7h ce matin j’ai visité le temple. Il est énorme, plus d’un hectare, et c’est toujours fascinant de voir à quel point les indiens sont pratiquants : les prières, les offrandes, il y a toujours un monde fou afféré dans les temples, il ne me voit même pas !
Ensuite je suis allée au marché, qui était aussi très beau, mais plus oppressant que celui de Pondy.
Puis j’ai marché un peu, visité une église. J’aime bien aller m’asseoir dans les églises, qui sont des endroits apaisants. Je me sens bien.
Je suis allée manger au même endroit qu’hier soir, puisque c’était très bon, et j’ai mangé le meilleur thali depuis mon arrivée, avec trois ou quatre sortes de légumes, trois ou quatre sauces, un verre de soupe, du jus de mangue, et deux desserts : un yaourt et un faluda (lait, noix, vermicelle, rose), avec le chapati habituel et même une boulette de légumes, tout ça pour trente roupies !
Ensuite j’ai pris un vélo rickshaw pour me rendre à Trirumalai Nayac palace, et c’est une merveille ! Vieux de quatre siècles, ce palais indo musulman est un mélange entre les palais de Maharajas, avec leurs voûtes sculptées, leurs colonnes, les belles fresques aux plafonds, et les sculptures hindous, qui rappellent celles des temples, très colorées et diversifiées.
Je me suis assise un moment et j’ai écris : « C’est très paisible, seuls les pigeons se font entendre. On peut vraiment imaginer la beauté de ce lieu, quand il était vivant. Il ne reste que la cours et la salle de bal, mais c’est déjà tellement énorme. Depuis que je suis en voyage, chaque fois que je m’extasie devant la beauté, les larmes me montent. C’est une sensation divine, qui me permet de savourer la totalité de l’instant, d’apprécier pleinement ce que je vis, car je ressens que tout mon corps se plaid à découvrir et admirer. Chaque fois, je réalise combien je suis petite et vulnérable face à la grande beauté du monde, du passé, de l’histoire, des cultures inconnues, de la nature et sa force. Je suis là parmi tout ça, petit être qui se promène, découvre…et retourne à son quotidien. Ce quotidien qui semble si grand, si important à l’échelle d’une vie, mais si petit, insignifiant à l’échelle du monde ! C’est troublant, c’est bon, je me sens bien. »

L’Inde c’est vraiment LA VIE, dans toute sa simplicité. Pas de chaussures, pas d’égouts, pas de couverts, et ça circule, ça s’agite. Il y a du monde partout, ça parle fort, ça interpelle…les rues sont vivantes, avec tous ces étales de tout et de n’importe. Il y a la religion aussi, qui prend une place très importante, avec ses temples, ses fleurs, ses offrandes, ses nombreux jours fériés.
Il y a tous ces rickshaws qui s’agitent. Il y a du bruit, des couleurs partout, des odeurs trop fortes, des parfums délicieux, le contacte quasi permanent des foules, les plats épicés à chaque coin de rue, et le thé, les fruits. Tout est partout, tout le temps. C’est parfois fatiguant pour nous, mais c’est surtout fascinant. C’est la VIE, on se sent vivant en Inde, tous nos sens sont sollicités, tout est nouveau, mais tout n’est pas beau. Il y a la misère, elle aussi à chaque coin de rue, il y a l’arnaque, qui nous guette, prête à bondir, au moindre relâchement, il y a les poubelles, les détritus non traités, mangés par les vaches, entre deux rickshaws, il y a la pollution de l’air et de l’eau, les plages-toilettes…c’est ça aussi l’Inde, bien sur. C’est sans doute ce qui fait fuir certains voyageurs. Tout ça qui en fait fuir certains, et il tout le reste qui rend les autres accros, qui nous poussera toujours à revenir prendre un bol de vie.

Les bruits : klaxons, voix fortes, chiens qui aboient, musiques trop fortes, superposées, cloches de prières, vieux moteurs de camions…
Les couleurs : saris, fruits, légumes, offrandes, temples, végétation, affiches de film…
Odeurs trop fortes : rues servent souvent de toilettes, pas d’assainissement, pots d’échappement, offrandes mélangées et trop vieilles (lait caillé), fritures…
Parfums : fleurs que toutes les femmes mettent dans leurs cheveux (jasmin), herbes aromatiques, fruits et légumes, épices, encens…
Contact : entre eux, les hommes se touchent beaucoup, et il y a tellement de monde partout qu’on se gène, on se bouscule, on se faufile entre deux vélos, trois motos, quatre rickshaws, une vache, deux charrettes et trente personnes ! La vie quoi !
Plats : des centaines de petits chariots jalonnent les rues, ils proposent tous ou des plats épicés, ou des fruits frais coupés près à manger, ou des jus. Des chariots, des étales à même le sol, les petites échoppes où chauffe également du tchaï en permanence.

Dimanche 8 Février

Départ pour Kodaïkanal. Musique à fond dans le bus, comme d’habitude. Il y a de superbes villages sur la route. Le grain est mis à sécher sur la route, et à certains endroits on doit rouler à droite pour éviter l’installation. Parfois j’ai l’impression d’être une pestiférée, quand ils préfèrent se tasser à trois sur une banquette plutôt que s’asseoir à côté de moi. J’aimerais savoir pourquoi, peur de me déranger, pas envie d’échanger avec moi, peur de l’inconnue ?

19h30
Kodaï est plutôt touristique, en plus il pleut, j’ai pas d’autres chaussures que des tongs, j’arrive pas à me repérer sur les cartes, ça me gonfle.

21h30
Allez, j’ai trouvé un chemin sympa. Je me suis fais un super resto, j’ai fêté les anniversaires de Maud et Niko !!

Lundi 9 février

Bon évidement j’ai pas pris le bon chemin, mais je suis quand même arrivée à la cascade que je voulais voir. Malheureusement elle n’a rien d’exceptionnel. En plus il n’y a vraiment aucune vue, tout est bouché par un brouillard épais. J’ai donc décidé de partir demain pour Munar, en direction de Kochin. J’ai essayé hier soir d’appeler Toulouse, je n’ai eu que des répondeurs, c’est super frustrant. Heureusement que le reste du temps on communique par internet. Rien ne se passe ici comme je le souhaite : demain je n’ai pas de bus avant midi, il faudra que je change en route, ce qui me bouffe une journée complète pour faire moins de deux cents bornes.
J’ai fais le tour du lac, qui fait dans les quatre à cinq kilomètres, mais ils ont clôturé tout le tour, comme l’accès à la cascade ce matin d’ailleurs, c’est dommage.

Mardi 10 février

Départ pour Kochin où Christophe m’attend, mais je suis pas sûre d’arriver aujourd’hui.
Le chauffeur est le plus compétent que j’ai vu. Très paisible, il n’utilise quasi pas le klaxon, et est très prudent.

14h45
Nous voilà arrêtés sur le bord de la route parce qu’un bus est renversé dans le fossé, et apparemment on peut pas passer.
Ce chauffeur dégage quelque chose de très particulier, un truc serein qui inspire respect.
Bon, je vais descendre du bus parce qu’on est plus dans les montagnes et il fait environ 40 degrés ! Mais je vais pas m’en plaindre.

22h30
Je me pose enfin à l’hôtel, mais je suis pas encore à Kochin ! Pourtant en descendant du premier bus j’ai eu directement la correspondance pour Munar, mais déjà ces deux trajets ont suffit à me faire arriver à Munar à 20h, donc plus de bus pour Kochin, obligée de dormir là et de chercher Internet pour prévenir Christophe que je n’arriverai que demain.
Quand je suis arrivée à Munar, j’ai demandé la direction de l’hôtel où je voulais aller, on m’a envoyé à l’opposer, j’ai visité des hôtels ou trop chers ou vraiment crados, et en plus je me suis cassé la gueule en descendant des escaliers, tombée à genoux, alors que mon épanchement de synovie est à peine remis, j’ai eu une sacré frayeur, mais ça l’air d’aller.
Je fini par aller dans l’hôtel où je voulais, où il devait y avoir Internet, il n’y est pas, il faut vraiment que je joigne Christophe qui m’a réservé une chambre. Donc je reprends un rickshaw, tous les ordis sont pris, je vais manger pour patienter, on me sert un thali dégueu avec un chapati moisi, je m’en vais, vraiment saoulée. Et là je m’arrête dans une échoppe de bord de route très vivante. Les serveurs courent dans tous les sens, il y a de longues tables où tout le monde mange ensemble. Ca sent bon, les gens sont amusés de me voir là, ça me met de très bonne humeur, c’est gai et convivial, je passe un super moment. Ensuite Internet, rickshaw, et dodo ! Ca fait trois jours qu’il fait froid là où je dors, et il n’y a pas d’eau chaude, pas envie de me laver, je pue.
Dans le bus il s’est passé un truc sympa. J’étais assise derrière une petite famille adorable. La gamine a vomi par la fenêtre, je leur ai donné ma bouteille d’eau, du coup la mère a discuté avec moi, c’était cool. Puis voyant les enfants trouver le temps long, je pense que j’ai dans mon sac à dos un cahier avec des autocollants, je le leur offre, ils sont tout contents, c’est cool.
Il y avait aussi une fillette avec un grand-père. Je les observais depuis un moment parce que la petite avait un gros bandage dégueu à la jambe. J’avais interrogé autour de moi pour savoir si c’était une plaie ou une fracture. Apparemment, c’est une plaie. Alors je leur donne une bande stérile et des compresses, en faisant expliquer de faire bouillir de l’eau pour le nettoyage…j’espère que ça aura servi à quelque chose. Du coup ils me regardaient d’un oeil un peu différent, et c’est bon d’avoir des échanges de cette nature, ne pas faire que prendre, profiter…
C’était le moment magique de la journée, ensuite il y a eu le couché de soleil sur les plantations de thé, et puis ce dîner dans la petite échoppe.
Je dis ça parce que Joëlle me racontait qu’à son stage de méditation, on lui avait appris à chercher en chaque journée le moment magique, et on se disait qu’en voyage c’est facile, mais que le but du jeu c’est de continuer en rentrant chez nous.

Mercredi 11 février

Quelle chance qu’il n’y ait pas eu de bus hier soir ! Ce matin au lever du jour, le soleil illumine progressivement la vallée. La rivière en contrebas laisse évaporer sa blanche brume, sur les collines de plantations de thé, à peine éclairées par la lumière naissante et rose du soleil matinal !

Un peu plus tard…
Nous sommes sortis des plantations de thé pour évoluer maintenant entre forêts de bananiers et de palmiers.
Le soleil révèle maintenant toute la couleur de ce paysage verdoyant. Dans les villages que nous traversons, c’est l’heure de l’étalage des grains au soleil sur les paillasses, et le tissage de paniers en osier, ce sont encore les heures fraîches dont il faut profiter avant de s’étendre sur un tapis de paille à l’ombre d’un bananier.

10h…
Changement de chauffeur, changement aussi de température, je vais pas tarder à coller au siège ! Ça y est, c'est reparti. Les rivières et les lisières se croisent sur notre route. Dans ce climat tropical, l'humidité permet chaleur et verdure, c'est magnifique ! Dans le bus je préfère encore après-midi, parce qu'on transpire et qu'on reste collé au sky du camion, comme Ringo (Bruno, chanson de Régis) alors que le matin on glisse à chaque virage, se fait écrasé par sa voisine ou son voisin contre la barre métallique qui sert d'accoudoir ! Mais les couleurs du Kerala sont magnifiques. Ah, maman si tu voyais ces fleurs fuchsia, rouges, violet foncées, jaunes... tu en rêverais pour ton jardin, mais les tiennes aussi sont belles !

1 2 h...
Arrivée à la gare des bus, j'apprends qu'il faut prendre un autre bus, je ne suis pas tout à fait arrivée.

13h…
Cette fois je suis arrivée, sur l’île même sans prendre le bateau, mon bus passait le pont, merveilleux. Mais j’ai pas le nom de l’hôtel, je ne trouve pas avec les explications de Christophe, et le cybercafé est complet. Je vais manger, le thali est dégueu, j’attends encore au cybercafé, puis je vois que le message de Christophe me donne le nom de mon hôtel, c’est cool, c’est à deux pas.
J’ai des mycoses et une sorte de kyste sur le sein gauche hyper douloureux ! Toute ma sexualité se rebife, que se passe-t-il ? Grâce à Internet j’ai trouvé le nom d’une crème ayurvédique pour les mycoses, il me faudra faire quatre kilomètres sous 40 degrés pour la trouver, mais ça l’air pas mal.

18h…
Je retrouve Christophe, on part voir le coucher de soleil sur la plage, trop tard, dommage se sera demain.
Tout le long du quai il y a des étales de poissons frais et des crevettes de toutes tailles. On les achète crues, et les bouibouis d’à côté nous les cuisinent à notre sauce pour 40 roupies, puis on mange sur la plage, à la bougie, mais sur une table nappée s’il vous plait.
Apparemment il y a plain de trucs à voir ici, et Christophe qui connaît me guide demain, c’est cool.
Mais primo, demain je vais à l’hosto pour mon sein. J’ai eu par la logeuse de Christophe le nom d’une femme docteur. Rendez-vous demain 8h, je suis pas très tranquille, ça empire chaque jour.

Jeudi 12février

Quelle riche journée! Soyons méthodique pour ne rien oublier.
Ce matin, 8h à l'hôpital. J'ai poiroté une heure parce que la doctoresse n'était pas arrivée. Je me sentais vraiment intruse, limite mal venue. J'ai quand même pris mon petit déj' au milieu des regards insistants, dans l'échoppe devant l'hosto. Puis elle est arrivée. J'ai expliqué mon problème, et si je ne lui avais pas demandé de regarder, elle ne l'aurait pas fait. Elle était accompagnée d'une infirmière et toutes deux étaient très douces et gentilles avec moi. La doctoresse m'a prescrit quelques anti-inflammatoires et antalgiques, et m'a dit que si ça n'était pas mieux dans deux jours, il fallait que je revienne. La consultation était gratuite, et les médicament également, mais j'étais vraiment male de profiter d'un service gratuit que je peux largement payer et doit servir à d'autres, heureusement on pouvait faire des dons, ça m'allait mieux comme ça.
Ensuite j'ai retrouvé Christophe pour aller visiter la ville. C'était très beau, très calme.
Puis nous avons bu des jus de fruits frais sur la plage, au moment de la levée des filets de pêche. Jus de melon, de papaye de citron, délicieux. Dans les filets de pêche (énormes structures de bois dans lesquelles sont suspendus des filets relevés par des hommes qui tirent sur une corde), il y avait plus de détritus que de poissons!
A 14h nous avons rendez-vous à l'agence de tourisme pour le départ pour les back waters. Un taxi nous y attend, ainsi que deux personnes qui partent avec nous. Nous sommes tombés sur deux" doux dingues". Une fille d'Afrique du Sud et un belge. Mina et J. Elle, exubérante au possible, limite vulgaire, mais j'ai appris à l'apprécier au fil de la journée. Lui, cherche une indienne à marier par petites annonces!! Je pense qu'il est très sensible et a une grande perception des gens et de leurs énergies mais est complètement paumé, et alcoolique.
Nous voilà sur une barque pour trois heures avec ce duo de choc!
Les paysages sont splendides, des palmiers, tout le long de la rivière, des bananiers, des bougainvilliers, différents arbres fruitiers, des martins pêcheurs...
Le circuit comprend la visite, avec le guide, de petits villages au coeur des palmiers. C'est ainsi que nous avons vu la fabrication de tout l'artisanat local à base de noix de coco (qui est une mine d'or).
Ils récupèrent le lait et la chaire, avec lesquelles ils font de l'huile, puis font tremper les coquilles, ce qui décolle la fibre extérieure. Celle-ci est séchée et récupérée pour en faire des cordes, avec une sorte de métier à tisser tout simple, mais épatant. Elles sont trois femmes à faire en moins de 3 minutes de solides cordes de plus de quatre mètres de long, avec une habileté incroyable.
Ils récupèrent également les coquilles, qui servent à la fabrication de divers objets destinés aux touristes.
Les feuilles de palmiers, elles, une fois séchées sont tissées en paillasses. Celles-ci, fixées avec les ficelles de coco à des bouts de bois, forment des habitations sur terre ou dans l'eau (les house-boat).
Les habitant de ces forêts se lavent à la rivière, travaillent dure, mais dans une atmosphère familiale et un cadre merveilleux, à l'abris de la chaleur écrasante: à l'ombre des palmiers. Et ça les rend beaux! Je suis stupéfaite par ce qu'ils dégagent, leurs sourires, leur bien-être se répandent autour de nous comme un rayon de soleil.
De retour à Fort Kochin après 19h, je décide de ne pas manger, et de rester dans ma chambre. Finalement je me souviens que j'ai vu des affiches pour un concert de violon pas loin de là. Quelle bonne idée! J'ai vu le plus beau concert de toute ma vie. Un violon, deux tablas et un petit tambourin (bois-peau-clochettes). Ils étaient incroyables! A l'écoute les uns des autres, des questions-réponses magiques d'échanges et de regards, de sentir de l'autre. Bien sûr mes larmes de bonheur étaient là, elles aussi, toujours aussi douces.
Mon corps entier vivait cette musique qui me transportait dans un monde que je ne connaissais pas, et qui me ravissait! Le décors aussi était parfait: lampes à huile, bougies, cahute en feuille de palmiers.
C'est incroyable l'intensité de bonheur que je me découvre capable de ressentir pendant ce voyage. Avant je ne connaissais des bonheurs aussi intenses qu'avec Niko, dans des moments de simplicité, de complicité et de communion qui me mettaient dans le même état (ou presque).Aujourd'hui je vis ça seule pour la première fois, et l'émotion est pour des lieux, des situations, des expressions de visages, des paysages, des musiques...et c'est extraordinairement bon, apaisant, je me sens vidée, et en même temps pleine, remplie. Rien ne manque dans ces moments, tout est là, magique, qui me transporte. Je n'ai qu'à laisser faire, me laisser porter, respirer à fond, et me dire "Mais oui, c'est bien vrai. Quelle chance j'ai!!"
Et contrairement au bonheur vécu à deux, ici rien ne vient le gâcher, pas de heurt, les difficultés extérieures me semblent insignifiantes, je me sens la force de les affronter, et elles n’altèrent en rien mon bien-être.

Vendredi 13 février

Ce matin nous avons visité une synagogue avant de nous faire une après-midi plage.
Nous nous installons à un endroit où il n'y a personne, et en quelques minutes, il y a déjà une bande de jeunes, ils marchent jusqu'à nous, et dix mètres plus loin font demi tour et repassent devant nous. je me suis bien sûr couverte sous mon paréo.
Trois nanas blanches débarquent, en petits maillots 2 pièces. A partir de ce moment là, nous aurons un défilé permanent, du genre "Quand Margot dégrafait son corsage..." vous connaissez la chanson? Pourtant je vous jure j’ai rien dégrafé du tout !
L'annonce a l'air d'avoir été passée dans le village!
Dans l'histoire, celles qui m'insupportent sont les trois poulettes de St-Tropez! Elles sont dans un pays où il n'y a pas de sexe avant le mariage, où les hommes sont frustrés et ne voit jamais leurs femmes nues, et elles, elles restent là, à se badigeonner de crème solaire, l'air de rien.
Aucun respect, aucune compréhension. Quelle image donnent-elles des occidentales?


Plus tard...
Je me suis acheté 300gr d'énormes gambas, que je me suis fait cuisiner à l'ail et au gingembre. Avec Christophe, nous avons été servis sur la plage, quasi les pieds dans l'eau, éclairés à la bougie, c'était très sympa.
Puis je suis de retour à la salle de spectacle, c'est sitar et tablas. Cet endroit est très paisible. Il y a toujours les lampes à huile, les bougies, et pour patienter, une douce musique traditionnelle indienne.

Après...
Fin du concert. C'était vraiment beau. J'adore les tablas, beaucoup plus que le sitar. Mais la musique classique indienne que je découvre me transporte.

Samedi 14 février

Ce matin je suis allée me balader sur la plage, au réveil. Les couleurs sont très belles le matin, et la ville touristique n'est pas encore réveillée. C'est l'Inde des indiens, à l'heure où ils préparent leurs échoppent, reviennent de la pêche, ou achètent le poisson à la criée.
Mais c'est aussi les gens qui dorment dehors, sur le trottoir, et ce matin, un homme s'est pendu, face à la mer. Je suis passée, il y avait un attroupement, la police...j'ai aperçu en premier la corde, puis le corps qui pendait au bout. Je pensais me tromper, je n'y croyais pas. Comme je me rapprochais, j'ai vu que je ne me trompais pas, c'était un homme, un indien, comme j'en croise tous les jours! Je me suis jusqu'ici contenté de croire en leur apparente jovialité permanente, et je me rends compte que je n'ai creusé, que cette surface, finalement qui ne peut être qu'une apparence, ça me semble maintenant une évidence.
Je les ai vu tellement gais, enfantins, joueurs, et maintenant je comprends qu'il y a une part immense de leur vie que je ne connais pas, et ne connaîtrai pas.
Ca m'amène à me questionner sur ce que je fais ici, sur ce que j'apporte ou justement n'apporte pas à ce pays, que je contemple, admire...mais finalement je prends tout et ne donne rien.
Je constate aussi de nombreuses incompréhensions entre les touristes et les indiens, et je trouve ça triste. Par exemple: sur les véhicules et sur des panneaux il est écrit "klaxonner SVP". Et en effet ils klaxonnent en permanence, pour saluer, pour s'annoncer, pour doubler, pour obtenir la priorité, pour interpeller...Ce qui pour eux donc est parfois un signe amical, est bien souvent vécu par l'occidental comme une agression. On va se retourner excédé alors qu'ils voulaient saluer...
Les notions d'espace sont différentes également. Ils sont très nombreux, vivent dans la promiscuité permanente, alors que nous sommes attachés à ce que l'on appelle notre "espace vital". C'est ainsi qu'un indien va venir s'asseoir tout près d'un occidental sans avoir l'idée qu'il peut l'importuner et que l'autre le jugera collant et ne comprendra pas pourquoi il n'a pas choisi un autre banc, une autre place puisqu'il y en avait d'autres...
Quand on mange dans des restos locaux, le service est très rapide et l'addition arrive avant la dernière bouchée. L'occidental se sent désagréablement mis dehors, alors que l'indien, qui lui ne vient pas au resto pour un moment de détente mais uniquement pour se restaurer, est satisfait de ne pas avoir à attendre, ni même à réclamer l'addition. Personne ne prend de dessert ni de café. Je sais que la première fois que ça m'est arrivé, j'ai râlé, ensuite j'ai compris. Je trouve que c'est à nous de nous adapter, de chercher à comprendre. Observer, pour comprendre et dons accepter. Si on en est pas capable, autant rester chez soi.

Plus tard...
Ce soir, après de nouvelles gambas sur la plage (on prend vite certaine habitudes!), je suis allée voir un spectacle de danse classique du sud de l'Inde. Une fois de plus je me suis régalée. Il y avaient trois danseuses différentes et quatre musiciens (deux percussions, des mini symbales-cloches, du chant).
Les danseuses ont des costumes magnifiques, très chargés, mais qui reflètent tout à fait la féminité indienne. Elles portent de nombreux bijoux, comme l'indienne classique. La gestuelle est très stricte, les mouvements ne sont jamais relâchés, fluides. C'est du saccadé, très rythmé. Les visages sont très expressifs, ils miment une histoire, qui est racontée par les chanteurs. Elles ont toutes le même sourire figé, qui a l'air de faire parie du costume. Elles ont de gros bracelets de chevilles, à clochettes, qu'elles font magnifiquement claquer en tapant du talon, sur le même rythme que les symbales-cloches, j'adore!
Un des percussionnistes avait un regard merveilleux sur les danseuses, un doux sourire paternel, très touchant. Ce qui m'a frappé aussi c'est l'absence de regard des danseuses pour le public au moment des applaudissements. Ca m'a fait penser que cette danse reflète bien l'aspect machiste de la culture indienne. Un peu l'équivalent de notre danse classique, très rigoureuse, qui ne laisse pas de place à l'improvisation, l'expression personnelle. Maquillage, costumes traditionnels, bijoux: reflet, ici comme chez nous de la femme stéréotypée, idéalisée. Ce qui n'enlève rien, pour moi, à la beauté de ces deux danses.

Dimanche 15 février

Levé 6h pour prendre le premier bus pour Ernakulam et ensuite Alapuza. Déjà, le premier bus ne me laisse pas à la gare routière comme je l'aurais cru, donc je prends un rickshaw jusqu'à la gare routière. Là, je mets mon sac dans le bus, et pars pour prendre un petit déj', je vois le bus qui démarre, il a failli partir sans moi, avec mon sac à dos!
Nous sommes en route pour Alapuzha, niquel. Puis au bout d'un moment, en répondant aux questions d'un indien, on s'aperçoit que j'aurais du descendre il y a un quart d'heure!
Il me laisse au bord de la route, je suis bonne pour reprendre un bus dans l'autre sens! Heureusement que j'avais prévu large en horaire, car mon bateau part à 10h30. Maintenant je suis à bord du bateau, c'est plein de touristes, mais c'est le paysage que je viens voir! Qui d'ailleurs est magnifique.
Nous sommes partis depuis une petite heure, et la vie des villageois défile au milieu des palmeraies. Ca respire la vie dans toute sa simplicité. Devant les maisons, quelques marches descendent à la rivière et là, les femmes lavent le linge, se lavent, ou lavent les enfants. Les hommes pêchent ou font également leur toilette. Les enfants jouent, on les entend rire, la plénitude, le calme, la simplicité et la beauté du paysage!
Une vache à l'ombre d'un palmier. Trois gosses qui jouent dans l'eau et nous envoient une bise.
Des fibres de noix de coco qui sèchent au soleil.
Un héron perché sur un tronc d'arbre.
Des cormorans, des aigles, un martin-pêcheur, des petites mouettes qui suivent le bateau pour jouer dans les embruns...

Plus tard...
Le soleil commence à décliner, et les oiseaux sont de plus en plus nombreux, et calmes, au bord de l'eau! Je me régale.
Les oiseaux chantent, le soleil est derrière nous et les couleurs sont splendides.
Seul un bras de mer nous sépare maintenant de la mer. Les vagues viennent claquer contre les rochers, et l'écume brille dans la lueur du soleil descendant. Les couleurs sont de plus en plus belles!
Un bateau de bois brun revient de la pêche, chargé d'une dizaine d'hommes qui nous saluent gaiement.
Jusqu'à l'arrivée, tout ne sera que merveille.
Le soleil couchant sur les palmerais, tous les bateaux de pêcheurs qui rentrent, la rivière qui s'ouvre sur la mer, puis nous débarquons au port de Kolam. Ce périple en bateau n'aura été que merveille du début à la fin.
Par ailleurs j'ai rencontré un gars (Werner), un suisse. Il vient de passer 2 mois dans un ashram pour se désintoxiquer de la coque et de l'héro.
Apparemment, il a l'air de s'y tenir. Mais il a été dedans pendant sept ans, et son cerveau en a pris un sacré coup. Il a l'innocence d'un gamin, on dirait qu'il apprend tout. C'était très touchant, parce qu'il avait conscience de s'être éteint pendant sept ans et aujourd'hui il redécouvre la vie, s'émerveille de chaque chose et se rend compte combien la came enferme l'esprit et enferme dans la solitude! J'espère vraiment pour lui qu'il va tenir bon. Moi j'étais très contente de le rencontrer.
J'ai également fait la connaissance d'un couple de français, dont le mari est médecin. Nous n'avons rien en commun, mais il a accepté de regarder mon sein qui est toujours douloureux et rouge.
Alors en descendant du bateau, j'ai pris un taxi avec eux jusqu'à Varkala. Il m'a auscultée et pense que j'ai un abcès. Je suis sous antibio pour huit jours.
Après ça, il fallait que je trouve un hôtel, il était déjà 21h, il faisait nuit.
La plupart des hôtels sont complets donc les autres sont hyper chers. Je demande alors une chambre chez l'habitant, un gars m'amène en moto, je lui demande où je peux manger chez l'habitant, il me dit qu'il m'y conduit. Me voilà dans une petite famille, où Kumari, la maîtresse de maison, fait le meilleur thali de toute l'Inde, avec plus de dix sauces et accompagnements.
Et demain matin : cours de cuisine. Le gars a été super cool, il m'a ensuite emmenée (pas d"e nouvelles de Jo), attendue, et ramenée dans ma famille, toujours en moto, et n'a rien voulu en échange!
Maintenant, 23h30 DODO!

Lundi 16 février

J'ai bien dormi. Je me suis levée à 9h, ça fait du bien. Je suis directement allée prendre mon petit déj' chez Kumari. Il y avait là des gens super sympas: Monica, qui prend des cours de massages ayurvédiques et à qui je sers de cobaye demain, Edouard, un suisse/allemand super.
Puis sont arrivés Guillaume et Gwénola, un frère et une soeur de Biarritz qui voyagent ensemble. Ils venaient pour les cours de cuisine. Les autres sont partis. Le cours était super et a duré 3h, puis nous avons mangé, c'était encore meilleur que la veille. Puis on a pas vu le temps passé, il était déjà 16h passé. Je voulais voir si j'avais un message de Jo, que je devais retrouver ici, en fait elle est déjà repartie. Internet était super lent, a perdu deux fois mes messages, quand je suis sortie, il faisait nuit et c'était la coupure générale d'électricité, et je ne savais pas où j'étais par rapport à la maison de ma famille. Je ne sais comment j'ai fini par la retrouver sur ces routes où je ne voyais pas à deux mètres devant moi. J'ai flippé, tout en me marrant de cette situation grotesque.
Kumari est une indienne qui porte toute la maison sur ses larges épaules, sûrement comme beaucoup d'indienne.
Son mari est malade et reste donc à la maison. Il donne un coup de pouce à la cuisine et se fait engueuler s'il met un peu trop de sel. Ca par contre, ça doit être typique de la famille indienne! De plus c'est elle qui parle anglais, couramment, alors que lui pas du tout.



Mardi 17 février

La femme de ma famille d'accueil est adorable! Lui, beurk, sa belle épouse n'a pas l'air de lui suffire...
Ce matin, levé 6h30, pour me balader sur la falaise. Le soleil se lève à travers les palmiers, les indiens font leur prière sur la plage, les oiseaux sautillent sur le rivage...j'aime le matin!
J'ai visité le temple de Janardhana, qui est splendide, des couleurs, des sculptures dorées, en bois, le tout entouré de palmiers et surplombant le bassin où les hommes font leur toilette.
Il y a cette atmosphère magique du matin.
J'ai rencontré Edouard qui prenait comme moi un thé dans une gargote, il me disait qu'il a vécu avec des indiens, comme pêcheur, et que derrière leur apparente jovialité, il y a un gros trou noir, le poids de traditions très lourd au quotidien, et il était comme moi révolté par les blanches en bikini.

Ma séance de massage avec Monica est terminée, c'était bien. Dans une sorte de string à la Tarzan, on m'a badigeonnée de la tête aux pieds d'une huile ayurvédique.
Dans un premier temps c'était des massages contre les douleurs dorsales ou d'épaules, donc assise sur un tabouret, massage du dos jusqu'au bout des doigts...
Puis massage de relaxation : face puis dos sur table. Plus de 2h à me faire malaxer, plutôt cool, même si la prof était un peu trop brusque à mon goût.
Ensuite douche chaude, on m'a frictionnée au savon, c'est la première fois que je me fais laver par quelqu'un. Je me sens douce et détendue. Elles ont encore besoin de moi pendant deux jours!
Après étirements, puis sieste. Au réveil, je suis allée sur la falaise, du côté que je ne connaissais pas encore : quelle horreur! Que des restos, des boutiques, des hôtels. J'ai marché jusqu'au bout, là ils passaient un reggae sympa, et des supers chaises longues étaient à l'ombre des palmiers, sur le rebord de la falaise, face à la mer et au soleil bientôt couchant.
Ensuite, royal thali chez Kumari.
Cet aprèm j'ai échangé le bouquin d'Aurobindo (parce que j'ai trouvé ça sectaire et endoctrinant) contre L'Alchimiste de Paulo Coelho, et ça me fait le même effet que Au bord de la rivière...: c'est magique.

Mercredi 18 février

Ce matin j'ai repris un cours de cuisine avec Kumari, qui est une femme exceptionnelle.
Ensuite je suis allée me faire masser par Monica, et la prof un peu brusque m'a fait super mal à mon sein malade qui ne va vraiment pas mieux! Pourtant j'ai pris les antibios avec sérieux. Je vais voir à Trivandrum si je trouve un endroit où me faire soigner.
Aujourd'hui c'est Shivaratri (jour de Shiva), il y avait un très beau festival à 2 km d'ici. J’y suis allée avec Monica. En route nous avons rencontré 4 ou 5 femmes, qui nous ont guidées dans les temples, offert du tchaï. Puis il y avait un spectacle de Katakali et j'ai adoré, la danseuse chantait et avait une belle voix roque et forte, s'en est suivi un défilé de musiciens, de chars, d'éléphants magnifiquement ornés de broderies dorées.
Le coucher de soleil est définitivement splendide.

Jeudi 19 février

Ce matin je m'apprêtais à partir pour Trivandrum, et allant prendre mon petit déj' chez Kumari, j'apprends que sa belle soeur est gynéco, et habite à deux maisons de là.
Je vais la voir, elle me confirme l'abcès et me prescrit un nouveau traitement antibiotique pour 5 jours.
Je décide avec Kumari de prendre une chambre chez elle, et de m'inscrire à un cours de yoga pour passer le temps dans cette station balnéaire sans intérêt. Heureusement la petite maison familiale est très conviviale et je m'y sens bien.
Mon sein est terriblement douloureux, de plus en plus, et ça m'inquiète un peu. Je compte sur ce nouveau traitement pour éviter l'incision.

Vendredi 20 février

Premier cours de yoga : super bien, mais je suis tombée amoureuse du prof, ça semble très stéréotypé, mais j'ai pensé à lui toute la journée. Demain c'est samedi, il n'y a pas cours, j’attends dimanche pour confirmation de mes émotions!
J’ai revu la gynéco et dois la voir dimanche. Si c'est pas mieux, elle me percera l'abcès dans son cabinet.
Ce soir j'ai vu un spectacle de Katakali, c'est vraiment impressionnant de les voir se maquiller et s'habiller. C'est très chargé, très coloré! La danse dans les films de Bhollywood est très inspirée des danses traditionnelles (classique, katakali), la façon de se mouvoir, les hochements de tête, les expressions faciales, j'adore.
Mais on ressent encore ici le machisme de la société indienne, dans le rôle de la femme limite mijaurée et l'homme agressif qui se fait obéir.

Samedi 21 février

Je vis au rythme de la maison de Kumari.
Elle aura vraiment été ma Maman indienne, à se soucier de savoir si j'ai bien pris mes médicaments, si j'ai mis ma compresse...je l'adore!
Aujourd'hui j'ai appris encore un peu la cuisine avec elle, elle ne veut plus que je la paie, mais moi j'y tiens car ils n'ont pas d'autres revenus. Puis je suis allée me balader, ai fais la sieste, suis partie avec Monica faire trois courses à Varkala City. J'ai pris mon eau au puit pour la douche, et suis toute fraîche pour le dîner! Le rythme kéralais quoi!

Lundi 23 février

Hier j'ai passé la journée avec Biju, le prof de yoga. Je me sens bien avec lui : comment fait-il pour sentir quand j'ai mal, pour deviner mes plus profondes émotions , comprendre déjà de quoi je suis faite et... faire déjà tant battre mon coeur...?
Aujourd'hui lundi je suis allée à l'hosto me faire inciser cet abcès, parce qu'en fait j'avais mal compris la gynéco, elle me disait qu'elle m'enlèverait les points à son cabinet et non qu'elle ferait l'incision. Je comprendrai même plus tard qu'elle ne parlait pas des points mais de la réfection du pansement...pas tous les jours facile de se comprendre!
Monica est venue avec moi, et m'a bien faite rire pendant les deux longues heures d'attente qui auraient été très dures toute seule, mais Kumari s'était proposée et Biju également...
Je suis rentrée (après consultation d'un docteur), dans un "bloc opératoire", avec différentes pièces. Juste avant moi, ils ont refait le pansement d'un demi pied, peut-être le lèpre!
Je me suis allongée sur cette table vraiment pas nette, mais le docteur a mis des gants, utilisé des instruments stériles, et désinfecté à plusieurs reprises.
HORREUR, il m'a d'abord piquée avec une seringue, mais n'a anesthésié qu'en surface pour inciser en profondeur. Quand il a sorti la matière, j'ai crié, pleuré, écrasé la main de la gentille infirmière, je n'ai jamais eu pareille douleurs de toute ma vie!! Maintenant c'est fini, je prie pour que ça cicatrise le mieux possible, je n'ai pas encore regardé la plaie, ni le nombre de points, mais je reste allongée sous le ventilo, dorlotée par Kumari, visitée par Biju, je devrais vite me remettre.





Mardi 24 février

Je ne ressens aucune douleur dans mon sein, garde bien le repos à la maison et vais faire le pansement chez la gynéco.

La vie des indiennes à Varkala : Kumari cuisine ou fait la lessive toute la journée. Si elle s'absente, c'est rarement plus d'une heure, et elle est ou chez la voisine, ou partie faire trois courses à Varkala City, ou à un temple pour prier les jours fériés ou en train de couper de l'herbe pour nourrir la vache.
Sur le chemin que je prends pour aller vers la plage, je croise des femmes qui tressent toute la journée des feuilles de palmier en prévision de la mousson, pour consolider les toitures de leurs maisons. Un jour j'étais arrêtée à discuter avec l'une d'elles et son mari qui sent l'alcool à un mètre arrive, et lui dit qu'elle n'est pas une bonne femme parce qu'elle ne veut pas lui donner d'argent pour aller boire. Quand il a essayé de me prendre à partie, je lui ai dis que pour moi c'était lui le mauvais mari.
Le mari de Kumari ne peut plus travailler parce qu'il est malade du foie.
Le mari de la jeune voisine (Jasmine) n'est jamais là, il est parti depuis trois ans. Elle a vingt ans, et ne s'absente pas plus d'une demi heure car il peut appeler à tout moment, et elle doit être là. Pour elle aussi les sorties sont : aller chez la voisine, couper de l'herbe pour la chèvre.
La jolie tresseuse de feuille a été mariée à quatorze ans, elle a déjà trois enfants, dont le plus vieux a quatorze ans, elle en a vingt-huit.
Jasmine a été mariée très jeune aussi, parce que sa famille avait des dettes que son mari pouvait payer.
Ces femmes se sont donc retrouvées, un jour avec un homme qu'elle ne connaissait pas, dans leur lit. Et les hommes, qui ne touchent pas une femme avant le mariage, et ne se marient souvent qu'à trente ans, sont frustrés et inexpérimentés, on peut imaginer le résultat! De plus hommes et femmes, garçons et filles, ne se fréquente pas, même en amitié, donc personne ne connaît rien de l'autre sexe. Même dans les transports en commun, les femmes sont à l'avant, les hommes à l'arrière. Ils sont séparés jusqu'au jour où ils se retrouvent sous le même toit, dans le même lit, sans rien savoir ni comprendre des attentes, des désirs, du caractère de l'autre. Je trouve ça très dure.

Mercredi 25 février

Mon sein va beaucoup mieux, ça commence à se refermer, maintenant je peux faire le pansement toute seule, je suis très contente.
Je suis dingue de Biju, il me fait perdre pied. L'amour a l'air si peu important dans sa vie (encore un!), je dois aimer les histoires impossibles et déchirantes...
Mais il est vrai qu'ici, on n’est pas autorisé à vivre une histoire d'amour hors mariage. Aujourd'hui on est resté une demi heure sur la plage, isolés, avant de voir débarquer les flics. On marche pas cent mètres sans qu'un indien lui demande qui il est, où il travaille, ce qu'il fait avec moi!
Kumari ne veut pas qu'il dorme ici, un soit disant pote à lui nous a refusé une chambre dans son hôtel par peur, dit-il des contrôles de police (je pense plus par jalousie). Jusqu'ici on pouvait se retrouver au centre où Biju travaille, le patron ne veut plus parce que ça ne se fait pas.
Cette Inde est folle et fascinante, et je n'ai plus envie de la quitter.

Jeudi 26 février

Nous nous sommes retrouvés ce matin chez son "pote" qui apparemment était prêt à nous louer une chambre. Quand on est arrivés, il n'était pas là, et en l'attendant nous avons discuté. Il ne cesse de me dire qu'il n'est pas une bonne personne, qu'il ne fait que mentir...et que d'ailleurs, quand il m'aura dit son secret, je fuirai en courant : je ne suis pas sa première femme, contrairement à ce qu'il me disait jusqu'ici.
Il me dit ça droit dans les yeux, en rajoutant que maintenant il veut plus qu'il y ait de mensonge entre nous, et qu'il sera toujours honnête et fidèle mais qu'il comprendra si je décide maintenant de le quitter. Il me dit que d'ici trois ans il pense avoir marié sa soeur et acquis une situation confortable (maison-voiture en Inde) pour que l'on se mari ensuite. On parle longuement de nos avenirs, de ce qui nous parait difficile d'accepter chez l'autre, je me sens heureuse.
Puis arrive son "pote", qui, me dit-il, a des doutes sur ma sincérité et a besoin d'être convaincu. Qui est-il pour me demander des comptes? Je tiens à Biju, à ce début de relation, et accepte de lui dire ce que ressens pour Biju. Pourtant il est tout ce que je déteste chez un homme, je me sens jugée, testée, méprisée, je suis très mal à l'aise. De plus il nous trimbale pendant une heure pour finir par nous dire qu'il ne nous louera pas de chambre. Je sens à des moments qu'il parle mal de moi, je sens Biju le cul entre deux chaises, à s'excuser auprès de moi de l'attitude de l'autre, et à s'expliquer avec lui, je me sens très humiliée par ce vaut rien. Biju me fait mille excuses, m'explique que ses autres amis ne sont pas comme ça, que lui manque d'éducation (ce qu'aujourd'hui 11 juillet 2004 j'interprète comme un commentaire détourné sur leur différence de caste, même si Biju n'est pas croyant, je me souviens aujourd'hui de ses jugements vis à vis de la maison de Kumari qu'il ne trouvait pas propre, ou pas assez bien pour moi, ni pour lui...)
Sur le moment je suis très atteinte, me mets à douter de notre avenir, je repense qu'il m'a menti, qu'il fait ça très bien, que je ne pourrai pas avoir confiance en lui, en même temps ses yeux me disent le contraire, que faire...
Le soir nous sommes allé manger avec Christine, Chantal et Manu et j'ai pas aimé la façon dont il a parlé de nous à table : comme si j'étais folle de lui et qu'il ne sache pas quoi faire, comme si c'était vrai, ah, ah, ah!
En fait je crois qu'il me teste vachement, me montre les plus mauvais aspects de sa personnalité, pour voir ce que je peux supporter. Mais ce soir ça m'a gonflé, en plus il devait nous trouver un endroit pour dormir, et en fait c'était la première famille où j'avais dormi, non seulement j'avais pas aimé le gars, mais en plus encore une famille, ça allait poser problème, j'ai dis non. Donc chacun chez soi, j'étais vraiment blasée par cette soirée, me disais qu'il valait mieux abandonner.

Vendredi 27 février

Je suis allée voir un super festival avec Manu et Chantal. Christine m'a prêté son scooter : un moment de liberté!
Il y avait un défilé énorme, avec plein de charres représentant plusieurs divinités, beaucoup de couleurs et de lumières. Des groupes d'hommes dans différentes tenues traditionnelles, des démonstrations de katakali, de kalaripayattu (art martial kéralais), des éléphants magnifiquement ornés de dorures, de la musique, plein de musiques, beaucoup de gens, de petits temples improvisés devant les maisons...Je suis partie avant l'alcoolisation de la population masculine. En rentrant j'ai mangé un bon thali de ma chère Kumari, en compagnie d'une nouvelle arrivée de Suède, qui nous a joué du Béribaü (instrument traditionnel d'accompagnement de la capoïera), et chanté en portugais, c'était super. Toute la famille et moi étions dans le jardin pour l'écouter, un moment privilégié, en compagnie de ma petite famille chaleureuse, que du bonheur.

Samedi 28 février

Bon anniversaire mon neveu préféré! Je pense à toi très fort!
Ce matin, levé 6h, pour prendre le train avec Manu, Chantal et Christine et rejoindre mon Biju à Trivandrum (la ville où il habite chez ses parents) pour aller voir un entraînement de Kalaripayattu. Nos trois français partent en rickshaw, et Biju, après m'avoir prise par la main en public! m’emmène avec lui sur sa moto! En route il me demande si je suis heureuse, si j'ai toujours les mêmes sentiments pour lui, et me dit avoir pris une décision dont il me parlera plus tard, au calme.
Nous traversons la ville en moto, je me sens prête à vivre là, à être sa femme, je me sens bien, je trouve la vie douce et belle, j'aimerais que le temps s'arrête, partir avec lui traverser l'Inde en moto. Je l'aime...qui? Biju? son pays? les deux ensemble? Les deux l'un sans l'autre, est-ce possible aussi?
Nous arrivons à la salle d'entraînement, mes rêves reprendront plus tard.
Je m'attendais bêtement à un gymnase, nous arrivons au bout d'un chemin étroit de terre à une cabane au sol de terre battue, aux murs de briques et toit de chaume. Une quinzaine d'hommes, jeunes hommes, garçons et deux fillettes sont adossés aux murs. Leurs corps sont enduits d'huile et vêtus d'une bande de tissu enroulée comme cache sexe. Les fillettes, elles portent des panjabis*, le maître un longui.
Dans un premier temps c'est l'échauffement, avec des salutations, des prières, des mouvements de jambes impressionnants, des sauts incroyables puis viennent les combats : aux bâtons, long puis court, à l'épée, à une autre arme blanche (sorte de poignard). On est resté sciés sur place, c'était très beau, fort et impressionnant.
Ensuite nous avons eu droit aux albums photos du maître, dans tous les pays, c'était drôle.
Puis direction la maison de Biju.
(Il fait parti de la caste des guerriers, c'est à dire la seconde caste la plus élevée, comme Anoz, le guide du Népal.
La maison de Biju est pourtant beaucoup plus luxueuse : il y a trois chambres, un séjour avec télé et lecteur DVD, salle de bain et WC dans la maison, cuisine équipée. Chez Anoz il n'y avait qu'une pièce en terre battue, une chambre pas vraiment séparée, pas de salle de bain, pas d'eau courante, les WC dans le jardin...je n'arrive pas à situer les niveaux de vie en fonction des castes.)
Nous avons rencontré ses parents, très gentils et sa soeur, qui apparemment était fâchée parce que Biju ne s'occupe pas assez d'elle, et est restée dans la cuisine. Je me suis mise à penser que c'était sa femme, du coup il nous a sorti les albums de famille pour me rassurer. Il a été aux petits soins toute la journée, nous a tous invité au restaurant, raccompagnés à la gare. Il m'a même envoyé des bisous par la fenêtre du train en s'excusant de ne pas venir avec moi à Varkala comme il me l'avait dit, mais je ne sais toujours pas de quelle décision il voulait me parler. Je l'ai senti prêt à faire des efforts, je suis très troublée par lui. Mais je me re-questionne au sujet des raisons de mon attachement. J'aime ce pays, cette culture, n'est-il pas juste le lien que je ne veut pas perdre, je trouve ça très dure, mais je préfère y réfléchir maintenant que...

J'ai acheté un lecteur de cassettes pour la famille de Kumari, et j'ai été émue de les voir si heureux de ce présent. Maintenant la maison est encore plus chantante, ils passent en boucle la chanson que je leur ai dit aimé (un mantra indien), ce soir tous nos coeurs chantent ensemble, je les adore!
Je vais me coucher, il pleut, pour la première fois depuis que je suis en Inde. J'aime le bruit de la pluie sur les larges feuilles de bananier quand je m'endors, ce soir j'aime penser que c'est un bon présage...

Dimanche 29 février

J'ai passé la journée avec Biju qui me dit être prêt à se lancer avec moi, qu'il m'aime...
Du coup je flippe. Je lui dis qu'il ne doit pas changer ses projets, qu’il doit partir en Australie, gagner de quoi payer la dote de sa soeur, de l'argent pour lui et sa famille. On passe une belle journée, puis soirée. Mais plus la nuit avance plus il est fou de moi, plus mon désir s'éteint. Il ne dors pas de la nuit, me regarde à la lampe de poche, me dit qu'il m'aime, me couvre de baisers, me dit qu'il ne veut pas me perdre, il sent qu'il m'a déjà perdue, et il a raison. Au petit matin ma décision est prise, presque inexplicable, cruelle, humaine...

Demain je prendrai le train pour Mysore. Il m'en veut, comprend, c'est déchirant...

Je quitte aussi Kumari, et sa petite famille, les voisines : j’ai le coeur gros et en même temps des ailes, j'ai tellement appris ici!
Ce soir Jasmine et sa soeur me font du henné sur les mains et les pieds, Kumari me fait plein de cadeaux, c'est trop, je suis comblée, plus que ça, c'est sans mot, c'est beau, je les aime tant...

Mardi 2 mars

Me voilà dans le train, je me sens forte, heureuse et enrichie de mon séjour à Varkala, de ce que j'y ai vécu de difficile et de bon, des rencontres que j'y ai faites.
Toute la famille ce matin s'est occupé de me préparer des vivres pour les 17h de train qui m'attendent : fruits, tchaï, upumaho, chapattis...
Malgré ça la nuit va être longue, car je viens de réaliser que je n'ai pas réservé, ce qui veut dire que je n'ai pas de couchette. Je vais donc passer 17h, (soit une bonne partie de la nuit) sur ce banc à lattes de bois, entourée d’une dizaine d'étudiants infirmiers qui me font la conversation. J'ai déjà le cul en compote, boh, plus que 12h!
Mais les paysages sont magnifiques, en roulant la douceur de l'air nous fait oublier les 35°C qu'il doit faire dans le wagon.
Les journées sont de plus en plus chaudes et lourdes, on sent que la mousson approche.
Quand je regarde défiler sous mes yeux les beaux paysages de cet enivrant pays, je me laisse submerger par mes émotions, mes douces et chaudes larmes me rappellent l'intensité du bonheur que j'éprouve, de l'émotion que me procure la contemplation de ce pays et de sa population.

Mercredi 3 mars

Les jeunes gars étaient super sympas, on a bien rigolé, mais la nuit a été longue parce qu'on était entassés comme des sardines, des gens dormaient par terre, et nous, assis sur les lattes, collés, au point de ne pouvoir bouger un bras, c'était drôle.
Arrivée à Bengalore à 5h du mat', correspondance pour Mysore à 6h30, le temps de prendre mon petit déj' et mon billet.
Là j'ai pu dormir un peu car le train était vide. J'ai rencontré un gars qui m'a conseillé des lieux à visiter, un bon hôtel. C'est un des moins chers du Lonely, mais pour moi c'est le grand luxe : placard, miroir, table et chaise et même le téléphone.
Il y a beaucoup à visiter dans les environs, la ville a l'air sympa, je suis bien.

Plus tard...
En effet la ville est agréable, je suis allée visiter le grand palais. C'est une merveille de mosaïques, fresques murales, portes en bois sculpté, voûtes, marbre, or...un peu trop à mon goût. J'ai préféré la simplicité majestueuse du palais de Maduraï qui m'avait touché. Ici j'ai davantage eu le sentiment de visiter un musée.

Jeudi 4 mars

Mysore est une ville très très agréable!
Ce matin je suis allée au marché : que de couleurs et de saveurs!
Les encens, les huiles, le bois de santal, les fruits, les légumes, les fleurs...J'ai du y rester 2h, à sillonner les allées dans un sens puis dans l'autre. Il y avait très peu de monde, c'était vraiment plaisant.
Cet aprèm j'ai visité plusieurs fabriques artisanales :
- de beedis : des vieux papis assis en tailleur qui roulent une soixantaine de beedis à la minute. Une feuille de tabac du Rajasthan qui s'enroule autour des fleurs de tabac du Tamil Nadu, un brin de ficelle, et le tour est joué
- de sculpteurs de bois : différents bois de différentes couleurs, découpés en petites pièces pour représenter différentes scènes religieuses, ou animaux, puis incrustées dans la grosse sculpture taillée pour recevoir la petite
- d'encens et d'huile naturelles. La plupart des encens sont faits de charbon, roulés dans la poudre de santal ou autre parfum, ils sont bon marché, mais se consument très vite, et ne sentent pas beaucoup. Ceux là sont 100% santal et lotus et se consument en une heure. J'ai bien retenu la leçon, hein!

Vendredi 5 mars

Quand je reste quelques jours au même endroit, j'essaie de prendre tous mes repas dans le même « hotel », ainsi s'instaure un rapport sympa avec les commerçants du lieux qui me reconnaissent (car souvent la seule touriste dans ces cantines indiennes) et apprécient que j'ai aimé leurs repas et revienne. Moi j'ai ainsi mes repères et me sens bien.
Après mon petit déj' dans "l'élu "de cette ville, je suis allée prendre un bus pour Chanundi Hill, un temple très beau sur une colline qui surplombe Mysore, et dont la redescente est agrémentée par une statue énorme du taureau- monture de Shiva.
Ensuite il devait y avoir des rickshaws, mais il n'y en avait pas, alors j'ai demandé à un indien en moto de me raccompagner, ce qu'il a fait avec beaucoup de gentillesse.
Ce soir j'ai relu mes aventures au Népal, et j'avais oublié mes questionnements par rapport à la bouffe, au manque affectif, au regard des hommes, au désir de plaire...Aujourd'hui pas mal de choses se sont clarifiées sans que je m'en soucis. Mon alimentation s'est réguler toute seule, la chaleur aidant peut-être, mais aussi et surtout, le fait de me sentir si bien dans ce pays. De plus je me sens en adéquation avec le fait de protéger mon corps du regard des hommes, ça me va très bien! J'ai succombé aux attributs de la femme indienne, tel que henné, bijoux, et autres ornements, par goût pour cette culture, par désir de leur ressembler et de le leur faire savoir. Elles semblent d'ailleurs très attachées à me voir ainsi.
Hommes et femmes sont heureux et curieux de reconnaître sur moi clochettes, bracelets de cheville, henné, boucle de nez, bagues d'orteils, bracelets de verre...
C'est aujourd'hui sans effort que je mange avec les doigts, uniquement de la main droite, ne me retourne pas sur quelqu'un qui rote ou crache, que je me mouche sans mouchoir, m'essuie sans papier, ne dévoile ni épaules, ni jambes...



Samedi 6 mars

Je suis allée visiter des ruines et temples au bord du Cauvery fleuve, c'était très intéressant.
Je me suis payé le luxe de faire la visite en rickshaw parce que les sites à visiter étaient sur plusieurs kilomètres.
Après une petite sieste, je suis allée visiter le musée du palais de Jaganmhohan. Il y avait des instruments de musique magnifiques, des sitars superbement scuptées.
Ce week-end c’est la célébration de la fin de l’hiver, les jeunes s’aspergent d’eau et s’envoient de la poudre de couleurs…c’est très gai, ils s’amusent comme des gosses.

Dimanche 7 mars
6h15

Réveil très difficile, je n’arrive pas à récupérer. Bon, je suis en avance à la gare donc le temps de boire un thé, manger 2 idlys. Puis je cherche mon quai, c’est le numéro 4, il est vraiment bien caché, pas indiqué, je suis fatiguée, j’en ai marre, je traverse toute la gare pour rien, je fini par le trouver.
Je m’installe. Une famille entière, avec 5 gosses hurlants prend place à côté de moi ! Les 3 femmes qui sont là parlent vraiment très fort, je change de wagon.
Je m’assieds à côté d’une jeune femme, qui m’éternue dessus une vingtaine de fois ! Sous ma fenêtre, je peux savourer la douce odeur des toilettes qui se déversent sur la voie. Y a des jours comme ça où tout semble beau !!!!!!!
Après 3 heures de train me voilà à Hassan, petite bourgade sans attrait, mais paisible. J’ai un hôtel très correct, et à midi j’ai mangé une merveilleuse masala dosa pour 10 roupies.
Je devais avoir un bus direct pour Sravanabelgola, mais il n’existe plus, tout est écrit en sanscrit, je crois sur parole. Je monte dans un bus, je ne sais pas où il va, mais je sais qu’à un moment il faudra que descende pour en prendre un autre. Cette situation est plutôt drôle et m’amuse.
J’arrive donc à destination sans encombre. Le site est très beau, il y a le village avec le bassin et de chaque côté, des petites montagnes. Sur l’une : le temple qui abrite la plus grosse sculpture de l’Inde, et sur l’autre : temples et monastères.
Pour monter jusqu’à la statue : 640 marches en plein soleil, et comme dans tout temple, il faut se déchausser à l’entrée. Bon business, ils vendent des chaussettes, car j’ai d’abord essayé sans : les marches en pierre sont bouillantes ! La vue en montant est très belle, le lieu fort paisible.
La statue est effectivement géante, elle est de granit blanc et raconte une histoire : celle de Bahubali, héritier d’un royaume, il devait se battre contre son frère pour le trône, mais au moment de remporter la victoire, il prit conscience de la futilité de cette lutte et renonça à son royaume. Il se retira dans la forêt pour méditer dans la solitude, jusqu’à l’Eveil. Des pampres de vigne s’enroulent autour des jambes de la statue, et une fourmilière se trouve à ses pieds, en signe de détachement total.

Au retour, dans le bus, un couple vient s’asseoir à côté de moi. Le gars est français. Sa façon de s’adresser aux indiens me déplaît, j’ai pas envie de parler avec lui, mais il amorce la conversation. Il vient en Inde chaque année depuis 10 ans (il en a 27). Il a tout vu, tout compris, les indiens sont des crétins à qui on fait bien de venir apprendre à vivre. On peut pas dire qu’on soit tombé d’accord !
C’est pas le premier que je rencontre qui vient régulièrement en Inde mais n’aime pas les indiens. Ca me rend folle !

21h
J’ai mangé ce soir dans la cantine qui fait les fabuleuses massala dosa.
Ici, comme dans la plupart des cantines, il y a presque autant d’employés que de clients. Biju m’expliquait que c’est si peu cher d’embaucher que les patrons peuvent prendre beaucoup de monde. Par contre chacun à un rôle bien défini :
- l’un prend la commande
- un autre sert
- un autre débarasse
- un autre nettoie la table
- un autre apporte la note
que l’on règle au comptoir, au patron qui tient le tiroir caisse.
Ici un jeune passe le balai (trois brins de paille sans manche), puis la serpillière, à genou, sans balai. Il reste plié en deux, à midi il était déjà là, ce soir il y est encore. Ca semble pénible. Ca me fait mal au cœur. Ici aussi le chômage fait des ravages chez les jeunes.
J’ai observé que les restaurants n’ont pas du tout la même fonction ici qu’en Europe. En effet, ici les indiens mangent au restaurant, mais c’est plus une cantine, c’est pas un lieu de plaisir où l’on vient partager un agréable moment. Quand ils arrivent, ils s’installe où il reste de la place, même si c’est avec des personnes qu’ils ne connaissent pas (par contre avec moi, il semble qu’ils évitent). Parfois, en couple ils s’installe côte à côte, ne parlent quasiment pas, commandent, mangent et disparaissent avec la note qui leur a été donnée en même temps que le plat.
J’essaie de suivre le rythme, de ne pas prendre trop longtemps, mais je ne peux pas manger aussi vite qu’eux. En plus j’aime bien boire un thé à la fin du repas, ce que eux font plutôt dans la rue. Mais dans les restos le thé est servi dans une petite tasse métallique, accompagnée d’une coupelle. Dans cette coupelle il faut verser une gorgée de thé, la faire tourner pour qu’elle refroidisse, ainsi, le thé bouillant se boit très vite. Pas bête hein ? J’adore.

Lundi 8 mars

Peut-être dans la vie il y a des quotas. Si t’es trop bien, il faut compenser au bout d’un moment, et avoir un peu mal. C’est vrai que dans l’ensemble j’ai vraiment à me plaindre, mais cette nuit j’ai eu une « tourista » de la mort ! Je me suis tordue de douleurs dans mon lit, je tenais difficilement debout. Vers le matin, alors que je titubais jusqu’au couloir, trouver quelqu’un qui m’achèterait de l’eau, je me suis évanouie. Comme j’étais debout, ma face s’est écrasée contre le mur de ma chambre, ce qui m’a ranimée, avant même que je ne tombe au sol. J’ai fini par atteindre le couloir, par trouver un jeune homme qui m’a acheté de l’eau. Puis j’ai dormi jusqu’à 10h. Maintenant ça va un peu mieux. Je n’ai plus que quelques coups de poignards dans le ventre, et une fatigue extrême. Je pense avoir bu de l’eau dans des bouteilles pas fermées, ou alors j’ai eu une insolation, je sais pas trop.

Mardi 9 mars, Belur

Merci la vie de m’avoir donné des yeux et un cœur pour apprécier tant de beauté ! Merci d’avoir inspiré les hommes pour faire de si belles choses. Le temple de Shannekeshava est une pure merveille. J’ai vu un paquet de temples, de sculptures, mais ici c’est incomparable. Une finesse, une délicatesse, un raffinement. On croirait des bijoux de mariage, des tatouages au henné. C’est la première fois que des pierres me parlent, et c’est une douce émotion. J’ai l’impression d’avoir vécue ici à l’époque de la construction de ces temples. Ca peut paraître con con, mais moi ça me plaît de penser ça, et pourquoi pas d’y croire…
A l’intérieur du temple principal j’entends de la musique. Il y un saxo et une sorte de grosse caisse. Je suis restée là un moment à les regarder jouer. Puis au bout d’une dizaine de minutes, l’un des musiciens m’a clairement fait signe de sortir. Sans comprendre je me suis exécutée. J’ai beaucoup rit toute seule, un peu dans ma barbe pour ne pas sembler irrespectueuse, sans doute y a-t-il une explication.

Helabid, le même jour
Ce lieu est à 15 kilomètres du précédent. C’est le temple Hoysaleshwara. Il est également finement sculpté, et se trouve dans un jardin ombragé, au bord d’une rivière. Dans les moindre recoins, dedans, dehors, tout est fait avec finesse et goût.

Mercredi 10 mars

Ce matin, départ de Belur à 6h30 pour Gokarna. J’ai un changement à Mangalore. Le chauffeur de ce premier bus est particulièrement serviable et prudent. Arrivés à Mangalore, il me recommande même le meilleurs itinéraire la suite de mon périple. Cette partie du Karnataka est très marquée par la religion musulmane : mosquées, burkas noires. Mais aussi grande modernité des voitures, magasins, téléphones portables, vêtements des hommes.
Je monte dans le bus qui doit me conduire à Gokarna. IL y a des dizaines de cafards qui courent autour de moi, sur, sous mon siège…bbrrr. Heureusement dès le départ du bus ils se sont tapis dans un coin, ils ne doivent pas aimer les courants d’air. Le trajet s’annonce long, il fait une chaleur terrible, un gars est resté le regard bloqué sur moi pendant quelques longues minutes, son air était vraiment désagréable. Je lui ai demandé de se retourner, j’aime pas faire ça, mais là j’ai cru qu’il ne bougerait plus. Une gentille petite famille, près de moi, semble acquissier.

Le soir
400 kilomètres, 12 heures de bus. Me voilà à Gokarna pour le coucher de soleil. Il y a des falaises et de jolies plages. L’hôtel est trop cher ici, je ne vais pas rester. Je crois qu’il y a des hôtels réservés aux indiens, ou des patrons d’hôtels racistes. Ca fait plusieurs fois que j’essaie des hôtels qui ne sont pas dans les guides, et que je me fais refouler. Pas assez cher pour toi mon fils !
Ce soir j’ai mangé dans un resto vraiment pas terrible, pour pas dire pas bon, mais ils étaient si aimables et serviables que je ne me voyais pas leur dire quoi que se soit de désagréable.
Cet aprem je me suis assommée contre un casier dans le bus, j’ai une belle bosse et une croûte sur le front.
J’ai sommeil !

Jeudi 11 mars
Karwar, la plage à 7h30…

La plage déserte des pêcheurs le matin, et la plage bondée des baigneurs l’après-midi…on croirait ne pas avoir à faire au même élément. Ce matin c’est une merveille de plénitude, de calme, 10 pêcheurs silencieux plient leurs filets, ramènent une première levée, 50 mouettes se font caresser par les douces vaguelettes de cette mer paisible. 5 ou 6 sportifs matinaux font leurs étirements ou prennent leur bain, ou courent sur la plage.
Face à moi, vers l’horizon, quelques montagnes-collines, à peine visibles dans la brume matinale. Et derrière, le soleil qui commence à chauffer mon dos au dessus des palmiers et des « maisons » de pêcheurs qui bordent la plage.
Il y a aussi les aigles et les corbeaux qui viennent manger les déchets de poisson, il y a ces petits oiseaux noir et blanc qui ont l’air de s’être trompé de moulinet sur leur VTT : ils battent des ailes à une vitesse hallucinante, mais n’avancent pas !
Il y a cette femme et cet homme qui viennent avec leur panier d’osier rincer les maquereaux. Ils posent les paniers dans l’eau, mélangent les poissons avec les pieds, et discutent en souriant. Elle est belle dans son sari rose, qu’elle relève sans pudeur, laissant dévoilées ses cuisses !
J’ai vu dans cette région, pour la première fois, des femmes qui portent le sari sans la blouse dessous, donc épaules nues, bras nus, leurs magnifiques dos noirs complètement dénudés.

17h
J’ai donc pris le bus pour Gokarna. Je pensais loger sur la plage, dans une paillotes, en fait je me rends compte que tous les touristes y sont, qu’il faut payer 150 roupies pour y aller en rickshaw (sinon demi-heure de marche avec sac à dos en plein cagnard), je décide de loger au village, et de demander une chambre chez l’habitant. Je me retrouve dans une cuisine qu’on me transforme en « chambre » : mon hôte enlève la vaisselle sale, et m’installe une paillasse par terre, et même si la somme qu’il me demande est un peu élevée pour la prestation, je ne me sens pas de refuser. Comme il n’y a ici que la plage et les touristes, je prendrai un autre bus demain matin.

Vendredi 12 mars

7h
Départ pour Hampi, 10 heures de bus en perspective, je ne suis plus à ça prêt.
J’ai vu un couple d’une beauté fascinante. Je ne sais pas leur donner d’âge : leurs traits marqués et leurs cheveux grisonnants me feraient dire une cinquantaine d’années. En même temps dans leurs yeux je lis la rudesse d’une vie de dur labeur, qui semble n’avoir pas laissé beaucoup de place au « divertissement ». Pourtant quelle douceur, quelle plénitude se dégage de leurs regards ! Cette beauté est inexplicable et fascinante. Ensuite 2 jeunes filles viennent s’asseoir près de moi, 2 sœurs jumelles, qui s’appellent pareil. L’une est voilée, de sorte qu’on ne lui voit que les yeux, l’autre pas du tout. Elles m’expliquent que c’est leurs choix propres à chacune. Elles sont très agréables, me font plein de compliments, m’invitent chez elles, je ne sais trop pourquoi j’ai refusé, j’ai regretté ensuite.
Plus tard une fillette s’assied à mes côtés, on discute, puis elle veut que je lui écrive quelque phrases sur son cahier, du coup les jeunes filles de derrière aussi. Puis elle me demande de lui chanter une chanson en français, ce que je fais, du coup elle m’en chante une en hindi, puis le gars à côté d’elle se met à chanter avec elle, c’est vraiment beau et émouvant, cette voix d’homme avec cette voix de fillette, dans cette langue chantante et mystérieuse, un pur moment de bonheur. Chaque jeune fille me salue une à une en descendant du bus, ravies de m’avoir rencontré, moi de même ! J’aime les transports en commun !

Arrivée à Hampi, en fin de journée, longue journée de transports, mais Hampi est une petite ville magnifique, séparée par une rivière.

Samedi 13 mars

Je rencontre Yvelines, Raphaël (de Suisse) et Sébastien (France-Inde). Nous passerons toute la journée à discuter sans voir le temps passer, c’était très cool. Puis en fin de journée nous allons nous baigner dans la rivière. Nous trouvons un coin où il n’y a que les lavandières, le coucher de soleil sur les rochers de la rivière et nous. On passe un très bon moment.
Ensuite nous allons à Hampi Bazaar pour boire un coup, donc nous passons la rivière. Là nous rencontrons 2 suisses qui font le tour du Monde et l’heure tourne vite, la dernière traversée (de la rivière) est à 22h.
Nous arrivons à 21h55, et là ce sont 2 gamins qui font la traversée, ils nous demandent d’attendre 10 minutes. Nous attendons innocemment, puis ils nous disent que c’est 22h passées, et qu’ils ne font plus la traversée à moins de 40 roupies par personne (au lieu de 5), on lui dit qu’il n’en est pas question.
Puis c’est parti complètement en vrille, il était hyper agressif, buté, pas moyen de lui faire entendre raison, il nous menaçait de sa rame en nous hurlant de faire demi tour, que c’est lui qui décide et qui parle. Il avait pas plus de 14 ans le gosse !
Nous finirons par devoir entreprendre de traverser à pied. Nous savons qu’à l’endroit où nous nous sommes baignés, il y a très peu de fond, mais il fait très noir maintenant, et il faut déjà retrouver le chemin jusqu’à cet endroit. En cherchant nous rencontrons 2 espagnols (un couple super gentil) qui ont eu les mêmes problèmes avec les jeunes qui font la traversée et qui viennent avec nous. Un indien nous indique un autre chemin, moins loin, mais plus profond. Nous écoutons son conseil. Après les abords vaseux dans lesquels j’ai bien cru laisser ma sandale, la traversée s’est faite sans encombre, mais ensuite, un second bras de rivière, pas prévu ! Il fait très noir, c’est marécageux, on ne connaît pas la profondeur de ce bras. On se fraye un passage grâce à quelques rochers, mais une fois sur l’autre rive, les abords ne sont faits que de ronces. On patauge un moment dans la vase avant que l’un d’entre nous ne se décide à arracher les piquants pour que l’on puisse franchir la dernière épreuve de ce parcours. Il est 23h, on a pas mangé, on a beaucoup ris.
Le soir au bord de la rivière, se croisent les feux follets, c’est magnifique !

Dimanche 14 mars

Nous avons loué 4 vélos pour aller au Monkey Temple (temple dédié à Hanuman, le Dieu Singe), à quelques kilomètres de Hampi. C’est fabuleux, la route est superbe, la vue, en haut des 600 marches, extraordinaire. Nous nous sommes promené autour du temple. Il y avait quelques femmes qui travaillaient sur un chantier, à porter des caillasses. Elles nous ont interpellé, nous ont coiffées (moi et Yvelines), nous ont ornées de sari et de bijoux, elles étaient très joyeuses et nous aussi. Je leur ai offert des boucles d’oreilles.
Sur le retour vers Hampi, nous nous sommes arrêtés au bord d’un lac. C’était grandiose. Baignade, séchage sur les rochers chauffés par le soleil…
2 jeunes indiens ont surgis, sortis de nulle part, ils vendaient des boissons. Seb leur demande une bière, ils lui disent okey, 80 roupies. Ce qui est très cher. Ils passent 1heure à négocier, c’était comme un jeu. Au moment où nous allions partir, ils acceptent pour les 65 roupies que Seb demandait. Et là, ils éclatent de rire, car ils n’ont pas de bière. Ils ont fait marcher Seb, ils ont négocié juste pour le plaisir, pour la blague, on a trouvé ça super, on s’est tous marré en cœur.
Nous voilà repartis pour Hampi, on s’arrête dans un village où une petite échoppe nous inspire. Nous ne serons pas déçus par l’accueil et le bon thali qui nous sera servi.
Le retour vers Hampi s’est fait dans la fascinante couleur des fins de journées. Puis, couché de soleil sur la rivière. Quelle magnifique journée !
Ce soir Sep et Raphaël s’en vont, on les accompagne à l’arrêt de bus, et on retrouve les 2 suisses rencontrés la veille, on passe le soirée avec eux, ils sont très drôles et complémentaires, les frères Dupont ! On a passé une très bonne soirée.

Lundi 15 mars

Ce matin on avait rendez-vous avec René et Daniel pour le petit déj. Moi j’avais prévu de prendre le bus en fin de matinée, et eux de louer un vélo pour la journée. Finalement, quand on a quitté nos coussins devant les plantations de bananiers, c’était pour aller voir le coucher de soleil !! On a passé la journée entière à discuter et surtout à se marrer. On a quand même réussi à aller voir le coucher de soleil sur les temples de l’autre côté de la rivière. Le soir on a regardé des DVD dans un resto à touristes. Le premier film : The Guru, était une co-production américano indienne, très drôle. Le second un film américain sans intérêt. Le jeune gérant du resto nous a montré ensuite ses clips préférés. Cette culture me fascine réellement, et je pense que je ne pourrai plus la quitter définitivement.
« Un indien dit à un suisse : vous, vous avez les montres, nous on a le temps ».

Mardi 16 mars

Les ruines d’Hampi. Au milieu des rochers, en pleine sècheresse. Ces ruines de temples joliment sculptés dégagent quelque chose de fascinant. Ces pierres respirent encore, on peut sentir leur âme. Les sculptures ne sont pas d’une grande finesse, mais c’est l’ambiance et les alentours qui rendent ce lieu particulier. Face à la grande porte sculptée, sous son arceau, je vois le Monkey Temple au loin, puis un petit écureuil qui s’arrête dans l’ombre, et dont l’ombre se découpe sur la terre claire. Des perruches vertes, lumineuses viennent loger dans les pierres, des chauves-souris, de beaux papillons. A 13 h je prends le bus pour Badami. Comme je suis un peu en avance, j’attends à la gare routière de Hospet, et une fois de plus, je suis sidérée par la gentillesse des indiens, tellement serviables avec moi. Ils me demandent où je vais, vont se renseigner pour me dire où arrivera mon bus, à quelle heure, sans que je ne leur demande rien. Ensuite ils viennent me chercher quand mon bus arrive. C’est chaque fois comme ça, partout !
Ce soir, arrivée à Badami qui pour l’instant me semble poussiéreuse et bruyante, mais c’est le quartier de la gare routière et des hôtels, je pense que vers le village se sera bien mieux.

Mercredi 17 mars

7h du mat
Le village, en effet, n’a rien à voir avec la route principale. Il est fait de petites ruelles animées par le quotidien des familles qui vivent là. Les enfants jouent, les femmes lavent linge et vaisselle aux fontaines des ruelles.
Les animaux aussi, font partie du décors : vaches, chiens, singes déambulent.
Puis au fond du village, il y a le bassin, surplombé de collines de gré rouge, sur lesquelles sont suspendus les temples sculptés, les grottes. Autour du bassin, le linge frappé sur les rochers claque et rompt le silence de ce lieu paisible. Le paysage est d’une grande merveille.
Les grottes sont sculptées avec finesse, il n’y a pas un touriste à l’horizon.
Je suis complètement enivrée par tant de beauté et de calme. Non, ça n’est pas calme, ça s’agite, il y a du bruit, mais dans une telle sérénité !
Je tourne la tête, 5 perruches vertes splendides volent et se posent dans une encoche de la roche rouge, roche dans laquelle sont creusées les grottes.
Merci la vie !
En fin de journée je vais voir le coucher de soleil du fort, au dessus du bassin.
Je retraverse donc le joli village de Badami. Les enfants, toujours, m’interpellent, les femmes aussi. Puis trois femmes s’adressent à moi. Elles veulent m’indiquer un chemin, mais ne parlent pas anglais. Alors je m’arrête un peu pour essayer de communiquer, et elles voient mes bracelets indiens, le jasmin dans mes cheveux, elles sont joyeuses.
L’une d’elles me prend par la main, et m’amène dans sa maison, me fait asseoir, et me sert à manger. Tous les enfants du village passent les uns après les autres, on se comprend très difficilement, mais les échanges sont très gais, je répète les noms de toutes les personnes qui sont là, qu’on me dit, on rie tous à cœur joie. Je reste là un moment, mon hôtesse me sert même un tchaï, puis un enfant qui parle quelques mots d’anglais arrive, et à la demande générale me prie de faire une photo, et de la leur envoyer, ce que je ne manquerai pas de faire. Super moment.
Puis je dis que veux aller au fort, le fils d’une des femmes commence à me montrer le chemin, et là un autre gamin dit qu’il m’accompagne, 3 autres le suivent. Je sens que ceux-là sont moins « innocents » pour ne pas dire mal intentionnés ou intéressés, mais je ne dis rien au début, puis au bout d’un moment, quand ils commencent à me parler de « school pen et roupies » je leur dis que je ne compte pas leur en donner, du coup, ils partent.

Jeudi 18 mars

4 heures de bus ce matin pour Bijapur. Il fait une chaleur à crever. A Badami déjà, pas d’air et vraiment super chaud, le ventilo ne fait que brasser l’air chaud, je n’ai aucune énergie. Pourtant, arrivée à Bijapur, il faut bien que je trouve un distributeur car je n’ai plus de travellers et seulement 100 roupies dans mon porte monnaie ! Le jeune de mon hôtel m’en indique un, après un quart d’heure de marche sous un cagnard incroyable j’en trouve un, mais il n’est pas international, et peu de gens parlent anglais dans cette ville.
Je demande dans une banque qui m’envoie à une autre. Je finis par prendre un rickshaw et me fais trimballer de banque en banque pendant une heure. Je me demandais déjà comment j’allais me faire envoyer de l’argent…finalement, je suis de retour à mon hôtel, scotchée sous le ventilo en attendant que la chaleur tombe en fin de journée.

Plus tard…
Je suis allée visiter les ruines à côté de mon hôtel, c’était beau car c’était le coucher du soleil, autour il y avait les jardins, lieu de détente de nombreuses familles en cette fin de journée.
Bijapur est une ville à grosse majorité musulmane, la plupart des femmes y sont voilées.
Je ne m’y sens pas tellement à l’aise. Les regards sont très insistants et les échanges verbaux rares.

Vendredi 19 mars

A 8 heures ce matin je suis allée voir le mausolée à l’Est de la ville, c’était très beau, puis j’ai pris un tonga pour faire le circuit de tous les monuments à voir dans cette ville (car ils sont nombreux et éloignés les uns des autres).
Ca a été très chouette, le vieux conducteur me semblait bon et honnête, puis quand on est arrivé au dernier monument à visiter, il me dit que c’est terminé, que si je veux retourner à mon hôtel ensuite, c’est 50 roupies supplémentaires ! Surprise un peu décevante mais compréhensible.

Le Golgumbaz est un endroit fabuleux. C’est un énorme mausolée. Il faut monter un certain nombre de marches, pour arriver dans le haut de la coupole et là, c’est fascinant, il y a une acoustique de dingue, avec un écho multiplié par 7, on entend à travers les murs, et les sons sont comme dans les films, quand les personnages rêvent. C’est complètement irréel. Le gardien s’est installé de l’autre côté, en face, peut-être 200 mètres de vide nous séparent. Il me parle et je l’entends comme s’il était dans le mur, mais je l’entends très clairement. Il me chante des chansons, me dit que je suis belle. C’est vraiment troublant, très beau. On croirait un rêve. Je viens de sortir de cet endroit et suis complètement bouleversée, c’est le moment le plus irréel que j’ai vécu, la chose la plus romantique qu’on puisse imaginer ! vraiment inexplicable, fabuleux. J’en chialerais encore !
J’ai l’impression d‘avoir été droguée, je suis assise sur un banc, face au monument, et je ne peux plus m’en décoller, j’ai peur de perdre cet instant magique.

Samedi 20 mars

Départ de Bijapur ce matin pour Kholapur. Ville de fabrication artisanale de chappals (sandales en cuir). Donc au programme, à part dormir, bouquiner, manger, je n’ai fait qu’acheter des sandales, car c’est une petite ville sans grand autre intérêt.
Mes dernières nuits ont été terribles, car il y a des coupures d’électricité, donc plus de ventilo : en 2 minutes on ne respire plus et les moustiques se vengent cruellement de toutes les heures où le souffle du ventilo les colle aux murs et les empêche d’atteindre leur proie. Chaque nuit c’est le même scénario.

Dimanche 21 mars

J’adore monter dans un bus à 7 heure du mat’ qui pu le vomi de la veille, dont le chauffeur se prend pour un pilote de formule 1, qu’on arrive en 2 heures au lieu de 4, et qu’on a failli mourir 10 fois.
Il faut sacrement se cramponner au siège en Inde, je me demande même comment mes organes sont encore à leurs places respectives.
Par contre je n’ai jamais attendu un bus. J’ai toujours pu aller où je voulais, quand je pouvais, parfois en changeant de bus ou d’itinéraire, mais les réseaux sont super organisés.
Je me sens de plus en plus le cœur vers Toulouse, j’ai la sensation plutôt agréable et légère de flotter entre deux horizons, de ne faire partie ni d’une terre ni de l’autre. Je me laisse porter, j’essaie de profiter encore, mais dans mon cœur mon parcours est quasi terminé, je suis à l’heure du bilan. Ce que je suis venue chercher je l’ai trouvé : l’ouverture de mon esprit sur d’autres façons de vivre, aller au quotidien vers l’inconnu, et ainsi me remettre en question. Petit à petit comprendre des différences et les accepter comme telle, ni meilleures ni moins bonnes. Aussi me prouver que je pouvais le faire, et plus que d’en être capable, j’ai aimé ça par-dessus tout. J’ai découvert des choses auxquelles je n’aurais même pas pu penser. Mon cœur s’est ouvert de telle façon que je l’ai connu sous un jour jusqu’alors inconnu. Toutes ces émotions ressenties face à la beauté du monde, mais surtout m’apercevoir de ma capacité à voir la beauté dans les choses les plus simples, mais une beauté vivante, vibrante !!
J’ai compris aussi que parfois les regards des gens semblent durs et froids, mais se ne sont que leurs interrogations, leurs craintes de l’inconnue, de l’étranger(e). Bien souvent face à des visages fermés, j’ai souris en saluant, et une lumière s’est éclairée dans des yeux surpris. Les gens (moi y compris), ont des préjugés à cause de l’ignorance. Face à la réalité, on est souvent capables de comprendre.
J’ai compris également une partie d’une culture qui m’était inconnue. L’Inde est en plein essor, la découverte des nouvelles technologies, et par ailleurs, dans d’autres domaines des pratiques ancestrales, dues au poids de la religion et des traditions. Les différences sont marquantes : entre villes et campagnes, riches et pauvres, nouvelles et anciennes générations, l’idéalisation et la diabolisation de l’occident.
La religion hindoue est patriarcale et machiste, comme la religion musulmane. Ces deux religions sont les religions majoritaires du pays. Autant à certains endroits j’ai écrit « les femmes sont partout » à toutes les tâches, autant à d’autres endroits j’ai écrit « où sont les femmes ? », ce qui expliquent plusieurs choses : d’une part la place non privilégiée des femmes qui se retrouvent aussi bien à porter sur leur tête les caillasses des chantiers que le poids complet du foyer, mais d’autre part un phénomène nouveau mais croissant, à savoir le manque de femmes, dû aux avortements sélectifs qui existent depuis la possibilité de connaître le sexe d’un enfant avant sa naissance (une fille coûte cher car le système de la dot est encore pratiqué bien qu’interdit par la constitution depuis plusieurs années). Mariages arrangés, cloisonnement hommes/femmes, pas de sexe avant le mariage, autant de coutumes qui favorisent les incompréhensions et donc les attitudes machistes des hommes qui ne connaissent rien aux femmes qui ne les connaissent pas non plus.
Il y a des familles qui vivent bien au-delà du seuil de pauvreté entendu chez nous (puisque 40% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour), beaucoup sont exilées en villes depuis que les paysans surendettés quittent en masse les campagnes pour les villes.
Beaucoup de problèmes qui me permettent de penser (avis personnel sans fondement) que derrière leurs sourires d’enfants, leur apparente joie de vivre peut parfois se cacher un profond désespoir, un refus de condition, de caste, malgré ce que la croyance en la réincarnation et le karma implique de résignation.
Malgré tout, ce côté joueur et enfantin a une réalité. Certaines de mes expériences le prouvent : tel que le marchandage de la bière au bord du lac, ou les divers questionnements dans la rue, les invitations spontanées dans les maisons familiales, le jeu d’habiller deux occidentales en indiennes…des moments où la spontanéité, le plaisir de partager un instant sans suite avec une inconnue sont des joies simples, enfantines.

Lundi 22 mars

Ce matin, 8h, j’ai loué un vélo pour aller voir les alentours. C’est vraiment magnifique : très vert, des collines boisées à perte de vue, une sorte de canyon au loin, le seul bruit est celui des mouches. 50 mètres plus loin, un autre point de vue ouvre sur une vallée, entre deux flancs de collines. La brume matinale est encore accrochée au fond de celle-ci, ce qui la colore d’un blanc/bleu rêveur, très apaisant. Les oiseaux cuicuitent entre deux rafales du vent qui siffle dans mes oreilles.
De retour en fin de matinée, je lis dans le Lonely qu’on peut visiter les plantations de fraisier alentour. Je choisi de prendre un bus, sans circuit organisé, des fois je ferais bien de vouloir faire un peu moins dans l’indépendance à tous prix !!
Le bus me laisse au bord d’une route, d’un côté il y a un hôtel, de l’autre un restaurant. Rien aux alentours ne ressemble à des plantations de fraises ! Je vais au resto pour demander. Personne ne parle anglais, mais ils comprennent que je veux voir des plantations de fraises et me font visiter leur jardin !! Je me retrouve là, face aux fraises, avec ce gars qui ne parle pas anglais et doit penser que c’est extraordinaire pour moi de voir des fraisiers. Je le remercie et remonte au resto manger quand même une glace à la fraise, à être là. Je m’écroule de rire toute seule. Tant pis pour la journée découverte, plus rien n’a d’importance. Ils ont, dans leur jardin, une balancelle qui m’ira parfaitement pour bouquiner une bonne partie de l’après-midi.

19h
Ce soir j’ai fais une balade à cheval pour aller voir le coucher de soleil près des cascades Chinaman. Au départ, le gars qui marchait à côté, me propose de faire du trot ou du galop, je lui dis non, je pensais qu’il allait lancer le cheval et nous rattraper plus tard, je me sentais beaucoup trop inexpérimentée. J’ai traversé les sous-bois, au pas, dans la lumière du soleil couchant, c’était déjà formidable.
On arrive aux cascades. Il n’y a pas beaucoup d’eau à cette saison, mais le paysage environnant est fabuleux. On est au-dessus d’une énorme crevasse qui s’ouvre plus loin sur une vallée. C’est grandiose, on est au dessus du vide. Le soleil se cache vite derrière une colline voisine, très boisée et laisse derrière lui sa chaude lumière. Je reste là un moment, ébahie, à contempler merveille nature et remercie toujours et encore la créatrice.
Nous repartons à cheval, et j’ai quand même bien envie d’essayer le frisson du galop, et en fait c’est cool parce que le gars monte derrière moi et mène. J’ai adoré.

Mardi 23 mars

9h
Premier bus direction Mumbaï. Stop à Mahad pour prendre un autre bus pour Murud.
11h : Mahad. Le bus pour Murud est à 15h30. Pas d’autre itinéraire ? Mais si, remonter dans le bus pour Mumbaï, s’arrêter à Raha. Ah, mais mon bus pour Mumbaï est en train de repartir ! Attendez-moi !! Ouff, je l’ai.
Retour à une chaleur minimale d’environ 40° C après 10h du matin.
12h30 : le gars du bus me dit que je suis arrivée. Je descends sur une route en plein cagnard, pas de station, rien qui ressemble à ce que je connais. Je demande la gare routière, on m’indique une direction, je ne trouve pas, on m’indique l’opposé de la première direction, j’ai toujours mes 12 kilos sur le dos, il fait toujours 40°, j’ai toujours mes manches longues…Je demande à nouveau, on va me chercher quelqu’un qui parle anglais, et qui m’accompagne jusqu’au mini bus qui me conduira au bled où je pourrai prendre encore un bus pour Murud. Heureusement que les gens sont serviables et qu’ils m’aident.
Arrivée à ce bled je suis regardée comme sortant de nulle part, (c’est un peu le cas vous me direz !)
Mon bus n’est qu’à 14h30. Je vais manger. Ici pas de « thali », pas de « meal ». J’ai l’impression qu’on ne se comprend pas, j’essaie « dosa », ça marche. Cinq minutes plus tard, des gars derrière moi mangent des thalis, mais je vais éviter les questions, c’est déjà assez difficile de se comprendre ou plutôt de ne pas se comprendre !
16h30 : Me voilà donc à Murud. Mes 3 derniers jours avant Mumbaï, j’ai décidé de les passer à la plage. Et oui, il serait temps. Non, mais ici c’est différent, il n’y a pas un touriste, donc pas un chat sur les plages. Je loge dans une case en bambous, au cœur d’une forêt de palmiers, sur la plage. Il y a des hamacs, et j’entends d’ici le bruit des vagues et les corbeaux. La vie est belle, toujours et encore.

Mercredi 24 mars

Hier soir, en mangeant, j’ai rencontré une fille super : Eurydia. On a beaucoup discuté justement de la tenue vestimentaire des femmes et du regard des hommes. Ce qu’elle me disait c’est qu’en se cachant, en se « protégeant » des regards, on rentre ans le jeu de la frustration, et on contribue à faire des hommes qui ne sauront pas se tenir face à une femme un peu dénudée. En effet je trouve ce point de vue intéressant, mais très occidental. A réfléchir.
Ce matin je suis allée me balader sur la plage, au bout d’environ une demi heure, je me rends compte que je n’ai pas été suivie. Observant qu’il n’y a personne, ni devant, ni derrière, ni en haut, j’ai beau me tourner, me retourner : personne, incroyable. Je ne résiste pas à une petite baignade et un coup de bronzette. Erreur, un jeune sorti de nulle part apparaît venant droit sur moi. Je me rhabille bien sûr, mais il vient se mettre devant moi, sans bouger, sans parler. Je lui demande ce qu’il veut et sans réponse de sa part lui demande de partir, je ne suis même pas sure qu’il me comprend. Il reste environ 1 minute, puis s’en va. La ville de Murud est un enfer pour une femme seule. Plus que le sentiment de sortir de nulle part, ici on a l’impression d’être un bout de chair fraîche présenté à des loups affamés. Il n’y a pas 1 ou 2 regards insoutenables, ce sont tous les regards qui me déshabillent, et me donnent envie de fuir en courant. Je partirai demain à l première heure.

Jeudi 25 mars

7h30 : attente à l’arrêt de bus d Murud, même là c’est insupportable. J’ai pris je ne sais combien de bus, 4 ou peut-être 5, pour arriver au bateau qui m’a conduite à Mumbaï. Avant de prendre le dernier, celui d’avant m’a laissé au bord d’une route, en plein soleil, en me décrivant le bus qui devait arriver et j’aller arrêter pour qu’il m’emmène au bateau. J’étais pas certaine de l’astuce, mais je leur fis confiance. Là, un gars descend en même temps que moi, m’explique un peu à quoi ressemble ce fameux bus, puis il reste. Je me dis qu’il doit prendre le même. Il n’ y a pas un brin d’ombre, on est en plein soleil, on dégouline, pendant un bon quart d’heure, avant d’apercevoir et le bus et que le gars ne me dise au revoir pour rentrer dans le jardin voisin. Il attendait juste pour moi, pour être sur que je prendrai le bon bus, c’est pas formidable ça? Moi je trouve !
Arrivée à Mumbaï, un gars à qui j’avais demandé la direction de on hôtel, m’a choppé un taxi et négocié le prix. Puis il m’a dit au revoir sans aucune attente.
Les vendeurs ici racolent sur chaque mètre de trottoir, mais je suis soulagée d’avoir quitté Murud, ici ne me regarde presque pas et ça fait du bien. De plus on m’avait parlé d’une ville terrible, insupportable de par sa pollution et son vacarme permanent. Pour moi, rien de plus qu’une autre grande ville. Je loge dans Colaba, dans un dortoir plein d’autres voyageuses sur le départ. Le quartier est commerçant mais plutôt tranquille, demain j’irai dans les quartiers des marchés. Par contre les prix ici sont plus élevés qu’ailleurs, les fruits par exemple, sont hors de prix !
Mumbaï (plus connue sous le nom de Bombay) est une mégalopole située en bord de mer, où se côtoient tous les niveaux de vies, des enfants qui dorment dans les rues, aux jeunes branchés qui sortent en boite de nuit, aux blancs touristes qui roulent en taxis et dépensent leurs dernières roupies. Ici tout semble possible, on est interpellé par un vendeur de chaussures, comme par un agent qui a besoin de figurants pour le dernier tournage, comme par un vendeur de tapis ou de drogues en tous genres. Ici on parle anglais, hindi, allemand, marathi, on s’habille en sari ou en jeans, on prie Shiva, Bouddha, Alha ou même Jésus Christ, on négocie, on rit aussi, on s’empifre, on meurt de faim, on donne, on demande…tout peut sembler possible, tout peut sembler perdu.
Un aveugle traverse, un homme accourt pour lui donner le bras.
Un enfant dort sur le trottoir, il sert contre lui son petit frère.
Un lépreux déambule sur une planche à roulettes, un marchand de fruits lui en offre un.
Un carrefour est bloqué : une vache a décidé de ne plus bouger.

Vendredi 26 mars

Journées cadeaux, achats : ruine.

Samedi 27mars

Comme hier. Aïe, aïe, aÏe.

Dimanche 28 mars

Journée de tournage sur « Soldiers », un film sur Gandhi. Je rencontre Stéphanie, puis Elise, puis Pascale et Eric. Relations vraiment sympas. C’est l’ambiance colo au dortoir, à la cantine, c’est rigolo, en plus on est tous sur le départ, c’est le compte à rebours général, l’heure des bilans…
Comme l’impression d’être dans une salle d’attente, on se marre bien.


Lundi 29 mars

Pascale et Eric partent tard ce soir. On passe la soirée tous les 4 avec Elise, puis Bye, bye…

Mardi 30 mars

Je me suis réveillée ce matin en me disant « C’était la dernière nuit », je ne réalise pas. Ces derniers jours j’étais impatiente, excitée, aujourd’hui je suis anéantie, et j’ai envie de pleurer. Je ne l’ai réalisé qu’en écrivant mon dernier mail. Ensuite en me promenant dans la rue, je regardais tout autour de moi, je me sentais aimer tout le monde, trouver tout beau. Je les regarde avec leurs peaux brunes, leurs moustaches, la circulation folle, les échoppes sur les trottoirs, les femmes en saris qui travaillent sur les chantiers, qui portent des paniers de caillasses sur leurs têtes, les vendeurs des rues qui m’interpellent 50 fois sur 15 mètres, les klaxons que je n’entends même plus, tout ça me manque déjà. J’ai le sentiment que je ne connais plus autre chose, que j’ai toujours été ici et que je pars vers l’inconnu ! Quelle drôle de sensation ! Je voudrais que les gens que j’aime et qui me manquent viennent ici, mais je n’ai pas envie de rentrer ! J’ai envie de pleurer, de pleurer !

Nous sommes montées dans le taxi à 15h30. Il faut 1h30 pour rejoindre l’aéroport. 1h30 pour me délecter une dernière fois de cette atmosphère, je souhaite que le trajet ne se termine jamais. Je les regarde tous comme si je n’avais jamais vu un indien…ou comme si jamais je n’en reverrai jamais.
A midi, je regardais deux indiennes qui mangeaient ensemble, et l’une d’elles a hoché la tête « à l’indienne », de gauche çà droite, ça m’a fait pleurer ! Combien ils vont me manquer !

Elise a son avion à 19h, alors à 18h30 elle disparaît pour l’embarquement. Il me reste donc quelques 8 heures à poirotter, je n’arrive pas à me concentrer sur une lecture, je suis scotchée, j’ai envie de pleurer.
Après 4 mois à découvrir chaque jour, à ne jamais savoir de quoi demain sera fait, à sentir la liberté du voyage en solitaire, le loisir des décisions de dernière minute…comment vais-je affronter le retour à ce que je connais, où les contraintes administratives, financières, de travail vont reprendre les rênes de ma vie ?
Peut-être toutes les belles choses que j’ai vécu m’auront donné une énergie nouvelle, et justement la force de passer ce retour, enrichie et sachant me servir de ces richesses. Je le souhaite.

J’ai appris la solitude, dans les bons et les moins bons moments. J’ai appris à savourer même seule, sans ressentir le manque du partage (peut-être d’ailleurs grâce à l’écriture).
J’ai appris la difficulté d’être l’étrangère et ce que ça implique de questions, regards, préjugés, arnaques.
J’ai appris à vivre dans un monde complètement différent, et prendre ce qui a priori me déplaisait comme des incompréhensions de ma part et j’ai réussi à faire le chemin qui mène à l’acceptation totale. Pour cela il m’a fallu passer par l’observation. En observant j’ai compris, et en comprenant j’ai pu accepter pleinement, sincèrement, paisiblement. Et en acceptant j’ai appris à aimer. A aimer cette culture avec la conscience de ces faiblesses et de ses manques.
Il est évident que les rapports à l’argent ont faussé les relations, mais comment je serais, moi, si j’étais un indien qui vit dans le rêve que les européens amènent avec eux (femmes sexys, libérées, argent à dépenser sans compter, pouvoir…)
Sûrement je chercherais le moyen ou de leur ressembler, ou d’en profiter. Je pense que c’est tout simplement humain et qu’il faut assumer ce que l’on apporte, et peut-être se demander si on fait les reproches aux bonnes personnes.

Les indiens sont toujours prêts à rendre service. Cela exaspère certains touristes, parce que bien souvent, on ne se sent même pas dans le besoin mais quelqu’un propose son aide, on a le choix entre se sentir harcelé ou épaulé. Personnellement, je me suis plutôt sentie épaulée.

Les indiens sont 1 milliard d’habitants. Soit un peu moins de 20 fois le nombre de français, sur un territoire qui fait « seulement » 5 fois la France. Autrement dit, la solitude physique, ils ne la connaissent pas. Une grande partie des gens n’a même pas de toit, donc la promiscuité, c’est leur quotidien. Ils sont nombreux, sur peu d’espace, tout le temps, partout. Les maisons sont le plus souvent petites et peu confortables, il n’y a pas d’intimité, de solitude, de silence. Ces notions ne peuvent pas être les leurs. En se questionnant, en observant, c’est une évidence. Ils ne sont ni « collants », ni « envahissants », ni « irrespectueux », ils ne vivent pas comme les occidentaux, c’est tout. Si on ne veut pas comprendre ça, on tombe facilement dans l’agacement, la critique, ce qui abouti au manque de tolérance et au manque de respect. Alors toutes mes théories sont très belles et idéalistes, et je les pense au plus profond de moi, ce qui ne veut pas dire que j’ai toujours su les appliquer. Je n’ai pas toujours eu une attitude réfléchie et intelligente. Déjà au début de mon voyage je n’avais pas pris le temps de comprendre ça. Puis plus tard, dans les moments de fatigue, ou après 15 heures de bus collée au sky du camion, dans 40° ambiants, quand je ne trouvais pas mon hôtel, il a du m’arriver de penser que les indiens ne mettaient de la bonne volonté à m’aider, c’est sur.
Il y a, ici comme ailleurs, des cons, des lourds, des intéressés, des arnaqueurs, mais aussi des généreux, des foncièrement bons, des bien intentionnés, des curieux, des blagueurs, des rieurs…

« Les européens ont les montres, les indiens, eux, ont le temps ». On peut trouver que c’est négatif, on peut se dire que prendre le temps rend fainéant, qu’on passe son temps à faire la sieste, à jouer, discuter, moi je trouve que c’est plutôt une chance et qu’on a de grandes leçons à prendre. Chez nous on juge l’importance d’une personne au nombre d’heures qu’elle passe à bosser dure, à prouver son courage, son acharnement, même si c’est ce même acharnement qui l’empêche de voir sa famille, de jouer avec ses enfants et qui le conduira à l’hôpital psy pour dépression, tentative de suicide, anorexie, boulimie, insomnie…
Ca devrait nous faire réfléchir, mais non c’est nous le pays développé, c’est nous qui avons tout compris et tout à leur apprendre !

Il est maintenant 1h30 du mat, tout s’est passé dans un calme typiquement indien, on ne s’affole pas inutilement.
Je suis à la porte d’embarcation, c’est pour dans une heure, je ne réalise rien du tout, je me laisse paisiblement porter…

Mercredi 31 mars.

Me voilà en Allemagne. Je n’ai pas vu passer le vol, j’ai pas trop trop mal dormi. J’avais de la musique indienne qui me mettait en joie, le lever du soleil au dessus des nuages…
Puis, l’aéroport allemand…je me suis assise, j’ai regardé 5 minutes autour de moi, et j’ai commencé à m’effondrer. J’ai vu un indien passer, puis deux indiennes en sari, j’ai cru que je ne m’arrêterai jamais de pleurer.
Bon voilà, j’ai traversé l’aéroport pour trouver ma porte d’embarquement, cet aéroport est vraiment très mal foutu.
Je me sens complètement intruse dans mes habits indiens, en sandales, mais je m’en fou.

Ah, soudain, quelque chose me donne du baume au cœur, me fait sentir une joie que je n’aurais pas pu avoir en Inde : un couple se saute au cou, ri fort et s’embrasse. Je me rends compte que je suis à nouveau européenne, que cette culture là est bien la mienne, qu’elle m’a manqué, je l’avais presque oublié.
Par contre cette culture là me laisse attendre des heures sans que personne ne vienne me parler, et ça aussi je l’avais presque oublié.

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Envie d'évasion, d'oxygène, de partir à l'aventure mais aussi d'agir pour son prochain, pour protéger la nature...des mots au rêve il n'y a qu'un pas à franchir, il faut être déterminé et savoir chercher au bon endroit. C'est là qu'à force d'errance sur internet j'ai trouvé le site de solidarités jeunesses, le concept était parfait : saisir sa destination, son type de chantier (rénovation, environnement, éducatif, social etc..)
Sur facebook j'ai juste demandé : qui est prêt à partir avec moi dans un pays lointain en volontariat ? mon meilleur ami du lycée : Vincent a répondu immédiatement "moi je suis partant!! Tu as juste à me dire où et quand!", que rêver de mieux ? C'est sûrement la meilleure personne avec qui je pouvais partager cette expérience étant déjà de grands voyageurs et ayant un caractère facile à vivre.

Nous avons choisi de partir à Dharamsala, ville du nord de l'Inde, située aux premiers contreforts de l'Himalaya, terre d'exil du Dalaï Lama ainsi que de nombreux tibétains. C'était autant un chantier-découverte que humanitaire car notre projet était double : rénover une école primaire indienne située à une heure de marche de la ville la plus proche, rares sont les véhicules motorisés qui peuvent y accéder, mais aussi s'immerger dans la culture tibétaine et diffuser ce que nous en avions retenu. Je n'ai jamais autant appris dans toute ma vie qu'en un mois là bas, autant sur moi-même d'ailleurs que sur les autres.

Après une nuit dans un coupe gorge de Delhi (oui...nous avions pris un "hôtel" à 3euros la nuit par personne, qui en fait se révèle être une chambre dans le bas d'un immeuble dans laquelle on accède en enjambant les personnes qui dorment sur des matelas par terre dans le hall...)nous nous sommes mis en quête d'un moyen de transport pour rejoindre Dharamsala : première galère, première arnaque...pas grave après 13h de taxi nous avons rejoins le "meeting point" à Mc Leod Ganj (ville haute de Dharamsala située à 1700m d'altitude).

De là partent nos 3 semaines de vie commune avec les autres volontaires et notre extraordinaire "team leader" Bala (pour faire court car les noms indiens sont trèèès longs). Nous étions 2 français, une allemande, un suisse, une russe, une coréenne et une chinoise. Nous nous sommes entendus à merveille et avons mis à profit nos connaissances respectives en différents domaines pour rénover au mieux l'école dans le temps qui nous était imparti (après nous, vont se succéder plusieurs équipes jusqu'à ce que le travail soit achevé, nous avions le privilège pour ce chantier d'apporter notre première pierre à l'édifice).

Les semaines étaient faites ainsi : un jour de travail à l'école, un jour de découverte de la culture tibétaine, et de leur tragédie il faut bien le dire! Pour l'école nous avons créé un escalier, déblayer les fils barbelés de la cour (pas terrible pour des enfants en récréation) repeint salles de classe, WC et cuisine et fais des croquis avec la directrice pour des futurs dessins dans les salles (alphabets, map monde etc, corps humain, système solaire etc) colmaté quelques arrivées d'eau, acheter et acheminer les fournitures nécessaires aux autres équipes.

Le premier jour nous avions fait le tour des classes pour nous présenter aux enfants et leur expliquer ce que nous allions faire, le dernier jour nous avons organisé des ateliers de jeux avec eux (mimes, chants, danses..) purs moments de bonheur et gros pincement au coeur devant leurs remerciements et leurs au revoir.
La seconde partie de notre emploi du temps était réservé à connaître l'histoire du Tibet. Nous avons visité des expos, fait un débat avec des membres du Parlement, rencontré et discuté avec des jeunes de notre âge qui ont traversé l'Himalaya à pied en bravant le froid et les balles chinoises pour être libres de continuer à parler leur langue et honorer leurs traditions, assisté en direct à un discours du Dalaï Lama, accédé aux archives nationales du Tibet sauvées de la destruction et rapatriées à Dharamsala, admiré les artistes tibétains préservant leur patrimoine dans un lieu magique dédié aux arts (peinture, sculpture, tissage, patchwork...d'une grande beauté et précision) visité le Tibetan Children Village, littéralement un village de bénévoles où les enfants sont pris en charge sur tous les niveaux de la naissance à la fin du lycée puis pour certains envoyés dans des facultés prestigieuses du monde entier...

Voilà tout ce qui nous a été donné de voir, autant dire que nous en avons eu plein les yeux, et de là est naît en nous une profonde amitié pour ce peuple, un sentiment de révolte quant à leur situation, et une sincère admiration pour leur courage, leur persévérance, leur respect des autres et de la nature et leur pacifisme même face à une telle situation.
Mais notre voyage ne s'arrête pas là, après toutes ces découvertes, une autre nous attendait, et de taille. Et je dois dire que nous n'étions pas tous très rassurés, car une fois notre chantier terminé, pour nous remercier de notre aide, Bala avait décidé de nous emmener faire un trekking dans l'Himalaya ! Mais ceci est une autre histoire ;)

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Juillet 2011.

Nous sommes à Bombay, l’une des plus fortes densités de population au monde : 17 millions d’habitants qui courent sous la pluie, une chape de plomb sur les épaules, trempés de la tête aux pieds, brandissant d’inutiles parapluies et pataugeant dans des eaux tièdes et sales.

Malgré la mousson, nous hâtons le pas vers Church Gate Station pour assister à un ballet unique au monde, l’arrivée à 11 h 30 des dabbawalas.

La gare est bondée comme toutes les gares de Bombay : six millions de passagers y sont déversés chaque jour. Monter et descendre de wagons devient un exercice extrêmement périlleux. Nous assistions, il y a quelques jours à un spectacle incroyable de voyageurs qui sautaient des wagons alors que le train n’était pas encore à quai ; d’autres couraient accrochés à ce qu’ils pouvaient avant de s’y projeter tels des acrobates au péril de leur vie.
On comprend alors que ces travailleurs qui utilisent quotidiennement le train comme un sport extrême ne puissent emmener avec eux leur panier repas.

Et pourtant, ils mangent chaque jour comme à la maison, la nourriture délicieusement préparée suivant leur caste et leurs habitudes alimentaires grâce aux porteurs de gamelles, les dabbawalas.

Ils sont 5 000 qui transportent 200 000 gamelles par jour, courant contre la montre pour satisfaire le client, question de vie ou de mort ! On ne plaisante pas avec le sens du devoir et chaque gamelle doit être livrée à 12 h 30 suivant un système tellement bien huilé qu’il n’a pas d’équivalent.

A 8 h le repas est préparé par la famille ; à 9 h chaque dabbawala en collecte une trentaine, puis le voyage se fait en train vers Church Gate Station où ils seront triés suivant des codes à 4 caractères. Le ballet des porteurs courant avec plus de 15 gamelles sur la tête est surréaliste...

Puis c’est la livraison au destinataire qui attend confiant ses samosas ou biryanis (pourcentage d’erreur : 1 gamelle sur 16 millions). Pour 6 euros par mois, il mange ce qu’il aime et permet de faire fonctionner cette structure unique au monde créée en 1880 puis rassemblée en association en 1956.

Chaque coopérative compte entre 20 et 30 dabbawalas, tous parrainés par un collègue et qui paient une cotisation annuelle de 0,30 euros pour un salaire mensuel de 100 euros. Un luxe !

Ils sont tous issus de la même caste originaire de Pûne au sud de Bombay, portant la toque blanche en hommage à Gandhi. Ils étonnent le reste du monde par la perfection de leur système.

Le spectacle a duré à peine 10 minutes à Church Gate Station, les dabbawalas se faufilant, rapides comme l’éclair dans une foule grouillante pour remplir leur mission sacrée.
Nourrir l’homme !

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Photo de visette Photo de visette Photo de visette Photo de visette Voyage pour mes 15 ans de noce : une pure merveille. A l'arrivée nous sommes envahies par des senteurs inconnues : toute une pléiades d'épices mêlées ! Un pur enchantement des gens fabuleux. D'une gentillesse incroyable serviables souriants un vrai bonheur ! Accueil fabuleux par la population toujours en mouvement, des femmes superbes et des gosses magnifiques. Une ville au delà de toute description ! Des endroits plus fabuleux les uns que les autres. A voir absolument! Même à re et revoir ! Allez y ! c'est un dépaysement total, un rêve à l'état pur. Des monuments d'une rare beauté des sculptures inconnues tout au moins pour moi. la richesse et la délicatesse des ornement est exceptionnelle. La liste des endroits fabuleux est longue, pour attiser votre curiosité il vaut mieux ne pas trop en dévoiler les détails. Sachez cependant qu'un seul voyage aux Indes et vous devenez accrocs de ce magnifique pays. Il me manque ! et je ne partirai pas de ce monde des vivants sans y retourner, c'est une promesse à moi même !

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Photo de Hélène Schneider Photo de Hélène Schneider Photo de Hélène Schneider Ce train me fait peur. Pourtant j’aime les gares, les trains, les individus qui avancent, muets : eux seuls savent où ils vont. J’aime les gares. Les gares que je connais. Etrangères à celles d’ici.
Sous ce train, des immondices, des rats, un cochon. Le train : un amas de métal sombre aux ouvertures grillagées. Par ses fenêtres, des femmes en sari jettent leur mouchoir sur une banquette. Ce petit bout de tissu leur garantit l’assise quand enfin, elles auront réussi à se frayer un chemin dans la cohue ascendante. Foule respectueuse d’une éphémère parcelle de propriété privée.
Un ciel de ventilateurs berce les passagers. Le vent du dehors aurait bien frappé à la porte s’il y en avait eu une. Il s’invite sur nos fronts mais nous abandonnent à chaque arrêt. Des enfants, de jeunes enfants, très jeunes, avancent à quatre pattes entre les rangées de sièges en nettoyant le sol d’un simple chiffon. Au premier garçon, au deuxième, je donne quelques roupies. Le troisième et ses frères n’auront rien…
Un mendiant mutilé entre dans le wagon. Il glisse comme une araignée d’eau, agile et tordu, à ras du sol. Comment le regarder ? Comment détourner les yeux ?

Les mendiants, sentinelles de l’improbable, je les retrouve aux abords de l’immense temple de Ram. Une muraille : pierres et briques rouges qui suintent d’énergie. Mysticisme rayonnant sur les pavés du marché. Les femmes achètent la poudre colorée ; elles traceront sur leur front ouvert le troisième œil de la prière. Des sadus orangés, hirsutes, décharnés : avatars de Shiva. Par eux, ce dieu, puissant, existe, marche et tend la main : les hommes couchés par terre embrassent le sol sous ses pas.

Du haut de la colline, de ma fenêtre, par-delà la jungle et la rivière, je les vois encore ces fourmis de la foi. Remplacées par d’autres sans doute. Mais toujours là. Gardiennes du temple.
Le Jahangir Mahal a cédé une de ses ailes de palais aux touristes que nous sommes. Des chambres illogiques. La mienne est minuscule : un lit une personne, une fenêtre et une grande porte de bois ouvragé. La porte est plus grande que mon lit. La porte ouvre sur une pièce trois fois plus grande que la précédente. Un évier s’y noie. Mes petites culottes vont sécher dans l’espace.
Le vide et le plein ?

A la lueur des torches, les fresques du Jahangir Mahal apparaissent, intactes et magiques, comme un secret. Qui est cette femme ? Ce n’est pas une déesse, pas la servante d’un dieu…Non… Serait-ce une histoire que Kipling a soufflée à mon oreille endormie dans son palais, dans sa jungle… ?

« Il était une fois un jeune homme, amoureux d’une princesse. Le jugeant indigne de prétendre à la main de sa fille, le roi, pour se débarrasser de lui sans heurt, lui confie une mission à l’issue de laquelle il pourrait épouser sa fille : trouver la Vérité. Le jeune homme se met donc en quête. Il voyage, erre, traverse des fleuves et des rivières, visite des villes et des villages. Mais sans résultat. Découragé, il prend finalement le chemin du retour.
Un soir, tout au fond de la jungle, il frappe à la porte d’une cabane. Il est épuisé. Voudrait quémander le gîte et le couvert. Là, tout au fond de la jungle, il n’y a que cette petite cabane. Il frappe à nouveau. Une femme, vieille, sale, et laide apparaît. Le jeune homme se présente à elle. Puis lui demande qui elle est. D’un sourire édenté, Je suis la Vérité, dit-elle.
Le jeune homme exulte : Enfin, je vous ai trouvée, je vais pouvoir rentrer au palais et épouser la princesse. Dites-moi, dites-moi quelque chose que je répéterai à la cour entière. Dites-moi, dites-moi quelque chose qui prouvera à tous que j’ai réussi.
Et la femme, vieille, sale, et laide répond : Dis-leur que tu as trouvé la Vérité. Dis-leur que je suis jeune et belle ! ».

Le vide et le plein ? Non, l’Inde, ce n’est pas le vide et le plein de l’Asie. L’Inde, c’est le plein, le rempli, le surabondant. Des pleins, des remplis, des surabondants. Des excès qui nous projettent aux parois des émotions les plus contrastées. Nous, petits occidentaux, sommes si peu faits pour cela que nous en sortons ivres et grisés. Encore ! Encore ! Et tant pis si ça fait mal ! Et tant pis s’il y a du fer rouge dans l’empreinte de ce voyage…

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En provenance de Kochi, ville balnéaire aux eaux de station d'épuration, direction les champs de thé, les terres du milieu. Munnar.
L'aller passé à grignoter des chips de tapioca se déroule gaiement. La longue montée est constante, douce, indolente... la face cachée du précipice.
Quelques jours passés sur place dans ces verts espaces nous ont permis de nous rafraîchir l'esprit, bien échaudé par cet hiver à l'air d'été indien. C'est le moment de reprendre la route, toujours en bus!
La Gourde du Routard donne une nouvelle fois des informations tronquées, peu importe, nous avons pris l'habitude d'improviser. Avec l'aide des locaux, nous voici partis pour le Periyar et sa réserve pleine d'animaux sauvages! Youhou! Ou presque.
Le départ est joyeux, insouciant, au milieu des fonctionnaires de la région et des cueilleuses de thé, se retrouver serrés dans un bus indien avec deux fois plus de passagers que normalement autorisé devient rapidement une habitude.
Tout le monde parle, rigole, déjeune, ce n'est pas qu'un simple voyage, c'est la vie.
Et forcément, la mort n'est jamais loin.
Au détour d'un virage, silence! Le bus plein de bruit devient en un instant d'un calme olympien, face à nous une montage ou plutôt son flanc. Deux kilomètres de dénivelé et tout ça au ras de notre roue.
Nous prenons la même position que nos hôtes, têtes baissées à regarder ailleurs que dans le vide et nous nous laissons guider par le chauffeur et son engin. Nous imaginons le tracé au gré du flottement de nos corps dans l'espace restreint qui nous est offert, la route et le volant suivent les courbes descente, dans des mouvements brusques, millimétrés. Le frein, lui, n'est pas de sortie. Le conducteur se borne à accélérer, chacun son style.
Le chemin est long et quelques regards fugaces nous permettent de constater que la hauteur ne semble pas diminuer, au contraire de notre peur, nourrie par les nids-de-poule, les véhicules arrivant en sens inverse et l'absence totale de protection sur le bord des routes.
Tous les scénarios passent par la tête. Un pneu explose? Un rocher tombe? On en vient même à se demander si un éléphant ne risque pas de venir nous couper la route...
Finalement, sans encombre, nous nous arrêtons... à un poste frontière entre deux régions. Tout en haut de la vallée, une toute petite bâtisse avec une vue magnifique sur la moitié du pays. Les passagers descendent et se ravitaillent, boivent et mangent comme si c'était là leur dernier repas.
Nous demandons au chauffeur s'il fait ça souvent, quatre fois par jour depuis vingt cinq ans... A la question de savoir si le chemin est encore vertigineux par la suite, il ne sait pas quoi répondre... Nous remontons dans le bus, résignés à en finir.
La deuxième partie du voyage est de même hauteur. Impossible de voir le sol, les nuages nous séparent. Les lacets ne se lassent pas de nous retourner les intestins et nous regrettons cette gourmandise qui nous a poussée à prendre du chaï et des gâteaux à la cardamome.
Autour de nous, les indiens sont tout aussi attentifs. En croisant leurs regards, c'est la première fois que nous nous comprenons aussi bien. Plus personne ne sourit, certains prient.
Un nouveau trou dans la chaussée et c'est l'accident. L'un de nos compagnons d'infortune de ce radeau des médusés est pris de hauts-le-coeur et son petit-déjeuner décide de nous quitter en route. Les rideaux métalliques se ferment pour que personne ne soit éclaboussés, les effluves commencent à remuer tout le monde, le chauffeur se tourne vers les passagers pour les calmer, il ferait mieux de regarder sa route!
Virage, virage, virages... sans discontinuer, cinq heures durant. Agrippé depuis le début au fauteuil qui me précède, je ne fais qu'un avec notre destrier métallique qui soudain touche la terre ferme.
Devant nous, des cocotiers, des bananiers, un camion calciné, nous nous en sommes sortis sans dommage et toutes les têtes se relèvent, gaies, souriantes, soulagées. L'ambiance est retrouvée et certains sortent des fruits secs, tout était prévu.
En fin de parcours, une nouvelle montée, mais rien de comparable. Face à ce nouveau précipice toutefois impressionnant, nous avons ri, comme quoi...
A la sortie du bus, tout le monde se quitte et part dans sa direction, conscient d'avoir vécu avec ces camarades de voyage quelque chose de grand, de magnifique, de vivifiant.
Alors que nous rêvassons sur nos sièges, le conducteur nous invite à descendre, il a encore trois voyages à faire aujourd'hui... à moins que nous voulions repartir dans l'autre sens? Non merci, on ne badine pas avec la mort.

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Photo de Hélène Schneider Photo de Hélène Schneider Photo de Hélène Schneider Photo de Hélène Schneider Si le voyage commence avec le rêve, je suis déjà partie. Si le voyage commence avec mes deux sacs pour gardes du corps dans un hall de gare, me voilà.
Je me sens toute petite dans le ventre de l’avion. Mes repères s’éloignent comme de fins élastiques géants. Bientôt, j’habiterai le quotidien d’un ancien songe.
Aéroport international ; à peine possible de réaliser là qu’on est ailleurs. Puis une chaleur moite, lourde. Du bus, peu de choses : des abords d’autoroute, des gens qui dorment partout, sur les toits des camions, dans les rickshaws, à même le sol.
Durant la nuit, à travers la ventilation, j’ai entendu des voix lointaines.
Le Qutub Minar, phare veillant sur un océan de colonnes martelées, m’ouvre la voie des émotions. La mosquée d’Old Delhi me condamne à la poisse du doute et de la peur. Au pied des marches, des mendiants difformes, noirs de saleté et de mon dégoût pour eux. Je sens leurs mains qui me frôlent. Puis, enlever ses chaussures pour marcher sur des dalles brûlantes et des tapis crasseux. Se couvrir le corps, pourtant si peu dévoilé. Tout cela brusquement. Et, à l’intérieur, parmi ces hommes qui se reposent ou prient, l’impression d’être de trop. Je suis l’intruse.
La consolation viendra d’où je ne l’attendais pas… du Taj… dont j’aurais cru la réalité usée d’avoir été trop photographiée.
Jusqu’au portique d’entrée, une longue allée scandée de vendeurs à la persévérance serpentine. Je me protège, je n’attends plus rien.
A l’intérieur, plutôt que la marche, je choisirai la contemplation. S’asseoir sur l’herbe sèche et accueillir la brise.
Les cris des perruches forment une voûte au-dessus de mon corps, reposé en ce jardin miroir de l’au-delà. Des saris rouges, oranges, jaunes se découpent sur le marbre blanc. Le soleil se couche loin derrière les frangipaniers voilés de brume. La lumière sur le tombeau devient moins crue, ménageant aux reliefs de la pierre davantage de possibilités d’être. Camaïeu de roses qui se rafraîchit de bleu avec la mort du jour.
Je me retournerai une dernière fois. Fais de doux rêves, princesse Mumtaz.

Sur le trottoir, un petit garçon aux yeux noirs vend d’horribles statuettes de Ganesh. Je ne marchande pas. Ganesh est le dieu des commencements : me voilà !

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