BILLET D´AVION CALIFORNIE
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Jakakou, 24 - Dordogne :
" Los Angeles,entre rêve et réalité. "
" C'est dès qu'il arrive à l'aéroport que le voyageur reçoit son premier choc !
Comme veulent bien le souligner les clichés des magazines, Los Angeles est autant la ville de la démesure, que celle des contrastes. Tout y est immense, en effet. Le nombre des rues et des carrefours est tel que le voyageur reste pantois.
Cependant, sa première surprise passée, il va se régaler, en allant de découvertes en découvertes. Cette métropole voit se côtoyer les traces de son passé et son désir d'y associer le futur. Certains quartiers de la ville sont le domaine des Chicanos, et sont rebâtis en un véritable petit Mexique, aux maisons blanches et aux murs peints de fresques immenses et multicolores. D'autres ont résolument des odeurs et des sonorités italiennes. Ailleurs, c'est un quartier juif qui se propose. Ici ou là, on peut voir des Indiens Navajos déambuler pour proposer au visiteur le produit de leur artisanat...
C'est dire que tous cohabitent avec ce naturel des peuples bousculés par l'Histoire, et qui se sont retrouvés là, prêts à construire un nouveau monde, tout en conservant ce qui fait la spécificité de leur culture d'origine.
Los Angeles reste en outre la ville du cinéma et fait rêver tous les comédiens : les lettres gigantesques qui dominent Hollywood, en affichant son nom, et la longue plage, rendue célèbre par les séries télévisées...tout évoque ce monde du septième art, à la fois magique et impitoyable, où le compte de fées existe, mais aussi la désillusion.
Il n'importe. Et même si les villas luxueuses s'affichent à côté de la misère, on pardonne à Los Angeles car c'est la ville des mirages, aux portes du désert. "
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Gabrielle Narcy, 78 - Yvelines :
" The fog - San Francisco "
Photo de Gabrielle Narcy
" Série : la découverte de San Francisco
The fog
Je revenais d’une après-midi à Ocean Beach, la plus grande plage de San Francisco. Il faisait très chaud et j’avais choisi de rentrer en marchant à travers le Golden Gate Park plutôt que de prendre un bus. J’avais envie de sentir l’air de San Francisco sur ma peau en me disant que peut-être je réaliserais enfin que j’étais arrivée en Californie en percevant une odeur inédite qui ne pouvait appartenir qu’à cet endroit.
J’avais une robe de plage, mon appareil photo autour du cou et ma serviette éponge sous le bras. Je prenais mon temps et je savourais le fait de marcher à l’ombre des arbres, sur des sentiers sablonneux, au milieu de cette odeur de forêt et de pin qui me rappelait un peu le sud ouest de la France.
Parfois, le soleil perçait légèrement à travers les branches des arbres et venait me réchauffer la peau. Il y avait des écureuils gris partout, je pouvais les voir courir le long de la route, grimper aux arbres, parfois même s’approcher des gens qui lisaient tranquillement sur un banc et fourrer leur petite tête dans un sac laissé sans surveillance pour voir si il n’y avait pas quelque chose de comestible à voler. Les gens du cru ne semblaient pas leur prêter la moindre attention tandis que les touristes, dont je faisais partie, s’approchaient d’eux en s’esclaffant et les prenait en photo tout en cherchant fébrilement dans le fond de leur sac à dos un bout de sandwich oublié qui pourrait faire le bonheur des écureuils.
Malgré ce spectacle distrayant, je commençais à avoir un peu froid. Je sentais le fond de l’air se rafraichir et je n’avais pas pris de pull avec moi. Je devais marcher dans le parc depuis environ 20 minutes lorsque je m’aperçus que de la fumée venait de ma gauche et courrait tout le long de l’allée dans laquelle je me trouvais. J’ai pensé que des jardiniers devaient faire brûler des feuilles dans un coin du parc non loin de moi. J’ai continué à marcher quelques minutes, toujours entourée d’une fumée que je percevais de plus en plus épaisse, me demandant naïvement si quelque chose n’était pas en train de brûler dans les alentours.
L’atmosphère avait changé du tout au tout en moins d’une demi heure. Lorsque j’avais quitté la plage, il faisait très chaud, le ciel était totalement bleu et dégagé. Maintenant, j’évoluais dans des allées sombres, le ciel était gris, et ce qui était auparavant une brise agréable s’était transformé en un vent qui me glaçait le sang.
C’est en sortant du parc et en m’apercevant que les rues de la ville étaient elles aussi envahies de cette étrange fumée que j’ai enfin compris. Il ne s’agissait pas de fumée, ni d’un feu, mais du fameux fog de San Francisco, son brouillard légendaire qui caractérise le micro climat de ce petit bout de territoire californien.
Jamais de ma vie je n’avais vu un brouillard pareil. Bien sûr, j’avais déjà vu du brouillard auparavant. Mais jamais je ne l’avais vu venir par nappes de fumées entières, envahissant une ville en quelques minutes. Je voyais ces trainées grisâtres et vaporeuses courrir doucement dans les rues, à travers les arbres, glisser devant les maisons, les voitures, les réverbères, et peu à peu tout envahir, silencieusement.
Toujours, avec le brouillard, vient le froid, parce qu’il est si épais que les rayons du soleil ne peuvent pas pénétrer à travers lui. C’est pourquoi il ne fait jamais très chaud à San Francisco. Les habitants des environs aiment répéter à qui veut l’entendre que Mark Twain avait écrit, à propos de la ville : « L’hiver le plus froid que j’aie jamais connu était un été à San Francisco ». Comme on le comprend. Lorsque le brouillard et le froid envahissent soudainement la ville, on peut voir les passants, surpris par la brusque chute des températures, se recroqueviller sur eux-mêmes, tenter par tous les moyens de se réchauffer en croisant les bras contre leurs poitrines et en en pressant le pas pour parvenir plus rapidement chez eux, à l’abri du froid et de ces épaisses nappes de fumée qui semblent vouloir les faire disparaître.
En règle générale, le fog est là le matin, puis disparaît parfois dans l’après midi pour revenir le soir. Mais parfois il reste sur la ville une journée entière et recouvre tout. Même la silhouette rouge du Golden Gate Bridge n’est pas visible ces jours-là, et les rues des quartiers résidentiels, parcourues de petites silhouettes fantomatiques noyées dans le brouillard, sont alors chargées d’une atmosphère mystérieuse, révélant alors l’autre facette de San Francisco la belle, la hippie, la marginale, la californienne. Dans le brouillard, la ville devient San Francisco la mystérieuse, la réservée, la mélancolique, coupée du reste de la Californie par cette baie qui lui fait subir un climat unique et l’isole. Dans le brouillard, peut-être redevient-elle alors un peu plus comme le territoire qu’elle devait être il y a quelques centaines d’années, lorsque les premiers colons ont pénétré sur ce territoire embrumé et venteux. Sans les buildings, les réseaux de bus, les magasins, sans la ville, avant qu’il n’appartienne à la civilisation occidentale et qu’il était alors la propriété des natives, des indiens, ce territoire devait être un endroit sauvage, soumis aux forces de la nature et au brouillard, pensais-je en pressant le pas pour être plus vite rentrée chez moi.
Je venais de faire la connaissance du fameux fog et n’oublierais pas la leçon. Je m’habituais à vivre avec, non sans rester pourtant fascinée par sa puissance et son mystère à chaque fois qu’il envahissait soudainement la ville. Je lui trouvais quelque chose d’excessivement beau et romantique, et me dit que décidemment, ce brouillard peu ordinaire allait bien à cette ville également peu ordinaire qu’était San Francisco, qui se drapait parfois dans des nappes de fumée. Cette ville là ne se laissait pas admirer si facilement, contrairement à tous ces paradis ensoleillés qu’abrite la Californie et qui détiennent des recors de beau temps. Pour admirer San Francisco, il fallait être patient et se plier au climat capricieux de la belle, et dans mon esprit cela lui donnait un côté presque rebelle qui me plut et que je trouvais aller parfaitement avec l’identité culturelle et politique de la ville, souvent décrite comme unique aux Etats-Unis. "
Les photos de Gabrielle Narcy
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