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Aliénor Debrocq, - :
" Sylvestre par grand vent "
" On a arpenté Cadix sous la pluie, sous le vent, parfois le soleil pointait, ça ne durait pas. On a arpenté Cadix un 31 décembre, par un temps de fin du monde. Ça sonnait un peu comme une chanson, mais pas celle qu’on connaît.
On est arrivés vers midi, on a longé les remparts. On devinait la mer au-delà des vieilles pierres, on devinait les préparatifs du réveillon derrière les portes closes. Entre deux averses, de grandes trouées de ciel bleu, la fin du monde ajournée, l’espoir. On marchait courbés sous le vent, les églises étaient fermées, les boutiques aussi. Dévotion et shopping, même combat.
Sur la jetée, les gens jouaient à touche-touche avec les vagues, ça courait en tous sens, on s’est pris la main, on a foncé, la mer grondait, menaçait, j’avais presque peur. On est revenus sur la terre ferme pantelants, jeans trempés, pour s’abriter dans l’écorce douce des ficus géants du jardin public.
A 19 heures, plus un chat dans les rues, on a cherché un bar, n’importe quel bar, pour se réchauffer, faire un peu la fête. Tous étaient fermés. Les restaurants, pareil. Parfois, au détour d’une fenêtre entrouverte, on devinait les rires des familles et des amis réunis, mais on ne pouvait pas entrer, c’étaient des fêtes privées, on n’était pas invités. On a repris la route au beau milieu de la soirée, même le Burger King de l’autoroute boudait. De retour à l’auberge, on a dressé la table, la toute petite table de notre chambre. Du vieux pain, des sardines, des olives, deux bières tièdes achetées la veille au SuperSol. On a ri, à la lueur des bougies.
On a arpenté Cadix sous la pluie, sous le vent, c’était la veille du Nouvel An, on s’est dit que l’Espagne avait mille bons côtés mais là, sans doute, on s’était plantés. "
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